Honorer nos martyrs et ceux qui ont marqué notre histoire





Par Khaled Mongi TEBOURBI (*)
L’ancien président déchu, le Général Zine El Abiddine Ben Ali, avait proclamé «2010: Année de la Jeunesse». Nombreux sont les Tunisiens qui n’ont pas manqué de voir de la démagogie dans cette initiative qui a été adoptée par les Nations Unies. Fait paradoxal, c’est cette même jeunesse frustrée le plus souvent en chômage, particulièrement des régions les plus déshéritées et marginalisées, qui ont allumé le feu de la fantastique Révolution tunisienne du 14 Janvier 2011, délivrant l’ensemble du peuple tunisien de la peur, de l’oppression, de la soumission, de l’injustice, du favoritisme, du désespoir et de la fatalité. L’ancien Premier ministre du Gouvernement provisoire, M. Mohamed Ghanouchi, avouant le mois dernier, au cours d’une interview télévisée, qu’il avait peur de l’ancien président déchu est à la fois pathétique et tragique. Il en est de même de l’ancien Premier ministre du dictateur déchu, M. Hédi Baccouche, qui a rédigé la fameuse Déclaration du 7 Novembre 1987, déclarant dans une interview qu’il avait pour compagnon la peur durant le «règne» du Général Ben Ali.
Une autre illustration de cette triste réalité est la persistance de la pensée unique, la monopolisation et le maintien des symboles du bourguibisme et du 7 «Novembrisme» et ses séquelles, s’identifiant au Président déchu mafieux Ben Ali que nous retrouvons, hélas encore aujourd’hui, dans la vie de tous les jours des Tunisiens. Il est, en effet, regrettable que les plus grandes artères de la Capitale et de toutes les grandes villes, les villes moyennes et les petites, ainsi que les villages, communes et autres portent exclusivement le nom de Habib Bourguiba, mais plus grave, hélas, le maintien des avenues et de boulevards du 7 Novembre 1987, célébrant le Coup d’Etat «médical», qui constitue un hommage regrettable rendu au président déchu, le Général Ben Ali, qui a été au pouvoir durant 23 ans, avec sa détestable dictature oppressive et sanglante à l’encontre du peuple et de sa jeunesse.
Avec toutes ces rues qui portent encore aujourd’hui dans notre pays le nom de Habib Bourguiba et du 7 Novembre, on dirait que la Tunisie n’a connu au cours de sa longue histoire que deux périodes seulement. On dirait que seules deux personnalités politiques ont émergé à travers la longue Histoire de notre pays, à savoir le Président Habib Bourguiba à qui l’on rend certes hommage pour une série de raisons qu’il serait long de reprendre dans le cadre de ce modeste article, mais sans oublier aussi le passif de ce grand homme d’Etat. Il est, en effet, difficile de nier les mérites et l’apport de Bourguiba, ce grand visionnaire ayant en effet jeté les bases d’un Etat moderne, qui a contribué à l’émancipation de la femme tunisienne et qui a opté pour l’éducation, l’enseignement et la santé pour tous les Tunisiens…
On peut s’interroger cependant pourquoi le Président Habib Bourguiba doit effacer tous les autres éminents et grands hommes de notre pays à travers tous les siècles de notre longue et riche Histoire, plus de trois fois millénaire? Rien ne justifie aujourd’hui cette multitude d’avenues et de boulevards aux noms exclusivement des présidents Bourguiba et du 7 Novembre 1987 partout dans notre pays, dans toutes les villes, communes et autres...
Nous devons nous réconcilier avec notre passé prestigieux et avec nos martyrs, qui y ont grandement contribué, à faire de la Tunisie un pays de démocratie et de liberté. Il doit s’agir de réconcilier les Tunisiens avec leur prestigieux passé, pour mieux nous situer dans le cadre de l’après-Révolution du 14 Janvier 2011 et nous projeter sur l’avenir. Dans ce contexte, il serait souhaitable que des plaques commémoratives honorent ces hommes célèbres, nos martyrs de la lutte de libération nationale ayant abouti à l’Indépendance et à nos martyrs de la Révolution du 14 Janvier 2010 morts pour la liberté, tous ces hommes hors pair ayant marqué notre Histoire. La Tunisie traverse une étape très importante de son histoire. Dans ce cadre, il serait judicieux d’attribuer à nos grands boulevards et grandes avenues les noms de tous les grands hommes, qui ont pleinement mérité de la patrie.
Une multitude d’hommes d’exception qui ont fait le génie de la Tunisie: des hommes d’Etat, de lettres, érudits, penseurs, philosophes, savants, médecins, scientifiques, conquérants et autres…
Pourquoi devrions-nous complètement oublier ou reléguer au second plan les prestigieuses figures historiques et nationales de notre pays, des génies comme Hannibal, grand stratège politique et militaire inégalé de l’Antiquité, dont les théories sont encore enseignées dans les plus grandes académies militaires occidentales, Amilcar, Hasdrubal, Saint Augustin, philosophe et un des plus grands théoriciens du christianisme qui enseigna à Carthage, à Rome et à Milan, les Berbères érudits en langue latine: les érudits Apulée de Madore, maîtres à penser Tertullien, Cyprien qui nous ont légué une brillante littérature berbèro-carthago-romaine en langue latine, presque inconnue par les Tunisiens et dont les pays latins, essentiellement la France, l’Italie, l’Espagne, le Portugal et autres pays européens et autres se sont hélas approprié, Jugurtha, Massinissa, qui sont des rois berbères? On cite aussi six de nos compatriotes carthago-berbères qui sont devenus des empereurs romains: Gordien I, Gordian II, Gordian III, tous les trois nés à Thysdrus (El Djem) Claudius Albinus (né à Hadrumète, Sousse), Caius Trebonianus et son fils Vibius Vebduminimus tous les deux natifs de Meninx (Djerba). Magon Barka-auteur du premier Traité (encyclopédie) de l’Agriculture qui figurait parmi les ouvrages exposés dans la Bibliothèque de Carthage plusieurs siècles avant Jésus Christ, étant à noter que le premier historien grec Aristote qualifiait Carthage comme étant «une des premières républiques du Monde, avec son Sénat, sa Constitution et son écriture héritée des Phéniciens», étant à noter aussi que Carthage était dans l’Antiquité la première ou la seconde cité de la Mer Méditerranée durant quatre Siècles avant J.C, le grand navigateur Hannon, qui sillonna la Mer Méditerranée et l’Océan Atlantique jusqu’en Angleterre, alla jusqu’en Afrique centrale, rencontrer les Pygmées plusieurs siècles avant J.C…
D’autres hommes illustres de notre pays méritent d’être honorés: Okba Ibn Nafaa fondateur de la Vème ville sainte de l’Islam Kairouan en l’An 670, Hassan Ibn Noaâman qui bat les Byzantins et s’empare de Carthage en l’An 695, El Kahena dont les deux fils se convertirent à l’Islam et s’engagèrent avec les troupes musulmanes, Ibrahim El Aghlab, Hassan Ibn Noaaman, le conquérant, Tarek Ibn Zied qui se lança avec ses troupes à la conquête de l’Espagne médiévale, Oubéid Allah El Mahdi, qui instaura l’Empire fatimide avec pour Capitale Mahdia et la doctrine «Echiaâ», avant de conquérir l’Egypte, fonder Le Caire et la célèbre Mosquée El Azhar avec son université la plus célèbre du monde arabo-musulman, Mohamed Ibn Abi Hafs, qui instaura un empire berbéro islamique au sein de l’Yfriquya, avec Tunis pour capitale, Abou Zakaria El Hafsi, Hammouda Bacha qui jeta les bases de l’Etat tunisien.
Il y a aussi Abderrahmen Ibn Khaldoun, le grand historien précurseur de la sociologie, le brillant médecin Ibn El Djazzar, qui rédigea 27 ouvrages scientifiques médicaux dont s’inspira le Perse Ibn Sina (Averroès) auteur de la première encyclopédie mondiale de médecine, Sidi Mahrez, Ben Ghadayem, Jarbouaa, Sidi Ben Arous, Brahim Riahi, Mahmoud Kabadou, Ben Dhiaf, Salem Bouhajeb, Mohamed Senoussi, le grand réformateur Khair-Eddine Pacha. Parmi les militants de la première heure figurent aussi les nationalistes: le valeureux combattant Mohamed Khélifa qui résista farouchement à l’occupant dans le Sud tunisien, refusant inlassablement l’occupation française, Béchir Sfar, Abdelaziz Thâalbi, Mohamed Ennaceur Bey, son fils Moncef Bey, Salah Farhat, qui succéda à Abdelaziz Thaalbi à la tête du Destour, Mohamed Salah Khatteche, M’hamed Ali El Hammi, Farhat Hached, Docteur Mahmoud El Matéri), Tahar Sfar, Salah Ben Youssef, Hédi Chaker, Maître Chadly Khalladi avocat et éminent journaliste, Taieb Radhouane, Ali Bach Hamba, Habib Thameur, Chadly Khairallah, Farhat Ben Ayed, Habib Achour, Ahmed Tlili, Tahar et Fadhel Ben Achour, Mongi Slim et son frère Taieb Slim, Djellouli Fares, Mahmoud Messaadi, Beyrem Ettounsi, Slaheddine Tlatli, Hechmi Sébai, Moheddine Klibi. On note aussiHédi Nouira, Cheikh Mohamed EssadoK Ennaifer, Cheikh Mohamed Salah Ennaifer, Cheikh Chadly Ennaifer, Ahmed Mestiri, Ali Belhaouane, Taieb M’Hiri, Mohamed Masmoudi, Docteur Ahmed Ben Miled, Docteur Sliman Ben Sliman, Bahi Ladgham, M’Hamed Chénik, Tahar Ben Ammar, Abdallah Farhat, Ahmed Noureddine, Mohamed Badra, Rachid Driss, Maître Fathi Zouhair, Habib Boulares, Béchir Ben Yahmed, Ahmed Ben Salah, le scientifique M’Hamed Ali Annabi, Azouz Rébai, Habib Boulares, Dr Sadoc Mokkadem, Tahar Haddad, Aboul Kacem Echhabi, Ahmed Mestiri, Docteur SadoK Boussofara, Ezzeddine Abassi, Habib Chatti, Ahmed Noureddine, Hédi Khéfacha, Hassan Hosni Abdalwahab, Docteur Hamed El Karoui, Mongi Kooli, Hédi Baccouche, Ahmed Ben Salah et bien d’autres encore…, la liste étant longue de patriotes qui ont mérité de la nation, qui ont combattu pour l’Indépendance et pour l’émancipation du peuple tunisien.
N’avons-nous pas un devoir de mémoire vis-à-vis de tous ceux qui ont fait la grandeur de notre pays, ainsi que nos martyrs? C’est faire en sorte que nos enfants et nous-mêmes puissions bien connaître notre Histoire et les hommes qui l’ont marquée depuis l’Antiquité à nos jours. Une telle opération ne manquera pas de mieux faire découvrir le prestigieux passé de la Tunisie, à travers son Histoire, aux touristes qui visitent notre pays…Honorer ces grands hommes qui ont glorifié la Tunisie, ne serait que justice faite dans ce pays plus de trois fois millénaire, avec 10 000 ans environ avant J.Christ, comprenant six civilisations préhistoriques et une longue et riche histoire incomparable. C’est sans doute la meilleure façon de valoriser notre glorieux passé, une culture inestimable et une des plus brillantes civilisations du monde, pour mieux nous projeter dans l’avenir et faire un «bond en avant» de l’après Révolution du 14 Janvier 2011.
(*) Universitaire


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com