Yassine Saâdi (Directeur du CERARC) : «Le génie de la démocratie est toujours réalisable en Tunisie»





Le miracle tunisien n’est plus une chimère et le pays est en train de franchir des pas énormes vers des lendemains qui chantent. M. Saâdi, le Directeur du Centre Européen de Recherche, d’Analyse et Résolution des Conflits, nous propose sa lecture de la situation actuelle.
Comment jugez-vous la révolution tunisienne ?
A mon avis, cet événement obéit à un principe très simple comme dans les domaines économiques : celui des vases communicants. Lorsque le pouvoir absolu engendre une frustration énorme avec des outils qui créent la répression : pression, injustice, népotisme…Ces facteurs structurels sont à l’origine de l’émergence d’un front de refus, puisque ce dernier ne trouve pas des voies pour s’exprimer. Donc, les gens commencent à évoluer dans les zones «grises» et s’accrochent à des moyens d’expression non-conventionnels puisqu’ils finissent par croire que tout ce qui vient du pouvoir n’est rien que de la propagande. Ces facteurs sont les facteurs déclencheurs d’un événement non contrôlable. Comme dans le cas de Bouazizi, au lieu de résoudre son problème et régulariser sa situation, il a été humilié et cela l’a poussé vers un acte de désespoir. Et c’est le fruit de l’absence de communication et l’absence de stratégie d’emploi à court, moyen et long termes. De ce fait, les gens ont commencé à contester et remettre en cause l’autorité publique, car il s’est avéré que cette autorité n’est pas sous la protection du droit et de la loi. Et ce soulèvement s’est transformé progressivement en une révolution pour mettre fin à ce régime.
Que pensez-vous de la situation actuelle de la Tunisie?
Je pense que la Tunisie est en train de vivre une période d’instabilité obligatoire. On ne peut pas déclencher un processus révolutionnaire sans remettre en cause tout ce qui avait un rapport avec le pouvoir qui était en place. Le plafond des revendications ne cesse d’augmenter, après 23 ans de silence et de censure les gens veulent récupérer leurs droits spoliés. Donc, c’est tout à fait normal de passer par cette période transitoire actuelle étant donné que le paysage sociopolitique de la Tunisie est encore indéterminé et flou. Donc le plus important c’est de savoir comment dépasser cette phase avec les moindres dégâts.
Quelles sont les solutions pour passer à la véritable démocratie ?
Je crois que les Tunisiens aujourd’hui ont besoin de dialoguer et communiquer plus souvent. En outre, la classe politique doit demander la création d’une commission des vérités et de réconciliation parce que bâtir sur les non-dits c’est comme bâtir sur le sable. Et on ne peut pas aller de l’avant si on ne se réconcilie pas avec un passé très proche. D’ailleurs, c’est la raison pour laquelle le climat d’instabilité est toujours présent. Si les Tunisiens arrivent à résoudre ces problèmes, les questions de la Constitution ou l’Assemblée constituante vont remettre le pays sur pied. Et cela nécessite l’élaboration d’une feuille de route qui détermine les objectifs et explique les étapes. Dire que le gouvernement organisera des élections présidentielle et législatives, c’est vraiment une chimère. Les élections ne sont pas la panacée, mais l’un des facteurs importants pour la nouvelle Tunisie. Il faut d’abord construire des institutions qui doivent être solides et confirmer l’indépendance des pouvoirs. Avant d’aller vers le projet, il faut faire un inventaire, parce que ce pays a une façade moderne, mais au sein de la société il existe toujours des problèmes, tel les régions de l’intérieur de la Tunisie qui manquent de développement de l’infrastructure.
A ce niveau, comment prévoyez-vous le rôle des pays alliés à cette phase transitoire?
Si on prend l’exemple de la Tunisie, qui est un pays arabe et méditerranéen, on peut confirmer que le miracle économique est toujours possible et le progrès des pays arabes peut voir le bout du tunnel un jour. L’Union européenne, la Banque Mondiale ainsi que plusieurs autres institutions et organismes savent que le vent de la démocratie qui souffle dans les pays arabes, va changer radicalement les relations et les consolider davantage. La Tunisie, étant donné que c’est le pays déclencheur de cette vague révolutionnaire, peut être le pays modèle et ses alliés vont le soutenir afin de démocratiser l’économie tunisienne et la remettre sur pied. Sans oublier la contribution des pays voisins qui disposent de richesses et peuvent, eux aussi, contribuer d’une façon positive à l’essor de la Tunisie. Je peux confirmer que l’instauration de la stabilité en ce pays va doubler et tripler les échanges entre ces pays et étoffer l’économie tunisienne.
Quelle est votre vision pour le futur de la Tunisie?
Moi, je suis très optimiste, je crois que l’avenir de la Tunisie sera radieux. Maintenant, les Tunisiens doivent s’unir pour le bien du pays et accepter l’autre tel qu’il est. La démocratie c’est de parler projet, contre-projet, pour éviter de créer des foyers de frustration et de faire naître des espaces d’expression violente. Il faut aller vers un projet de société tolérante où le gauchiste respecte tous les courants de pensée qu’ils soient libéraux, islamistes ou autres. Le plus important à ce propos est non point les personnes mais bel et bien les projets. Les Tunisiens doivent être libres dans leurs visions politiques et l’alternance. Le «génie» de la démocratie, c’est que aujourd’hui je vote socialiste, demain je peux voter libéral et après-demain je peux voter conservateur. Et c’est ce qu’il faut bien comprendre: liberté d’expression et diversité afin de construire durablement un meilleur vivre ensemble.

Walid BOUROUIS


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com