Béji Caïd Essebsi : «Rupture définitive avec l’ancien régime»





M. Béji Caïd Essebsi, Premier ministre du gouvernement provisoire, a souligné que le programme du gouvernement pour la période à venir et les mesures prioritaires annoncées jeudi par le Président de la République par intérim, Foued Mebazaa, consistent à restituer le prestige de l’Etat qui s’est détérioré sensiblement ces derniers temps.
Il s’agit encore, a-t-il dit, de rétablir l’ordre et la sécurité dans toutes les régions et institutions «parce que le pays est aujourd’hui au bord du gouffre», de rompre définitivement avec l’ancien régime et de suspendre la Constitution de 1959.
S’exprimant au cours d’une conférence de presse, hier à Carthage, en présence des membres du gouvernement, le Chef d’Etat major de l’armée de terre et de nombreux représentants de la presse nationale, arabe et internationale, M. Caïd Essebsi a indiqué que le Président de la République par intérim et le Premier ministre du gouvernement provisoire ne se présenteront pas à la prochaine élection présidentielle, précisant que les ministres désireux de le faire doivent se retirer de l’actuel gouvernement.
«Nous veillerons à ce que cette élection se fasse pour la première fois dans l’histoire de la Tunisie en toute crédibilité et transparence, ce qui constitue un pas important vers la démocratie», a-t-il dit.
La suspension de la Constitution donnera lieu à la dissolution de toutes les institutions qui en relèvent, et ce, jusqu’à l’élection d’une Assemblée constituante qui répond aux revendications du peuple.
Le Président de la République par intérim et le gouvernement provisoire se retireront alors, «après que le peuple a retrouvé sa confiance en lui, en les institutions de l’Etat et en l’avenir du pays», a-t-il encore précisé.
M. Caïd Essebsi a affirmé que toute personne rendue coupable sous l’ancien régime sera jugée, à commencer par le chef de l’Etat, qui a commis le crime de la «haute trahison», ainsi que tous les ténors du système déchu.
M. Béji Caïed Essebsi a relevé que la rupture avec l’ancien régime «n’est pas une affaire si simple», soulignant que tout constitutionnel démocrate ou celui qui a occupé un poste de responsabilité, sous le régime du président déchu, n’est pas nécessairement un corrompu ou sujet aux reproches.
Il a ajouté que les critiques adressées par certains aux ministres de l’Intérieur et de la Justice et aux structures de sécurité ne sont pas fondées, parce que les décisions et les jugements équitables et responsables «exigent du temps et de la patience et ne doivent léser personne ni la dénigrer, de même qu’il est nécessaire de préserver la dignité de l’individu».
Il a, en outre, exprimé sa satisfaction de l’amélioration de la situation, «grâce aux efforts des membres du gouvernement provisoire, leur bonne gestion ainsi que leur esprit de responsabilité», faisant remarquer que l’établissement de la sécurité et la sauvegarde de l’intégrité du pays exigent, aussi, beaucoup de temps et de grands efforts.
Le Premier ministre a déclaré comprendre les participants au sit-in à la place de La Kasbah, et qu’il partage «leurs souffrances, leurs revendications et leurs préoccupations», étant donné que «passer plus de vingt ans sous l’injustice et la privation ne peut qu’engendrer la colère et la frustration.
Il a indiqué que les mesures annoncées par le Président de la République par intérim sont de nature à calmer les jeunes participants au sit-in, ce qui permet de passer à l’étape de la construction et du développement avec tout ce qu’elle exige au niveau de l’établissement de la sécurité, particulièrement en ce qui concerne le secteur du tourisme.
M. Caïed Essebsi a affirmé que la mission du gouvernement provisoire est de «gérer les affaires courantes du pays, son salut et l’éclaircissement de la voie». Il a indiqué, dans ce sens, qu’une feuille de route a été établie pour la prochaine étape, à travers l’élection d’une Assemblée constituante, dans un délai ne dépassant pas les quatre mois, après l’adoption d’une loi électorale offrant les garanties nécessaires pour les prochaines élections.
Il a, par ailleurs, souligné que le pays est entré dans une nouvelle étape, grâce à ce qui a été réalisé par le peuple tunisien dans sa révolution qui a été «spontanée et dont personne ne peut revendiquer le leadership».
D’autre part, il a annoncé que la composition du nouveau gouvernement provisoire sera annoncée dans deux jours, après son approbation par le président de la République par intérim.
Il a affirmé, à cet effet, que le nouveau gouvernement «va assumer la responsabilité avec loyauté, pour l’intérêt de la Tunisie et son progrès» de même qu’il sera guidé par les nobles valeurs humanitaires et l’intégrité, afin que le pays réussisse à dépasser cette étape.
Après avoir relevé que la Tunisie est parvenue, depuis son accession à l’indépendance, à accomplir de nombreux acquis, s’agissant notamment, de l’émancipation de la femme et de la généralisation de l’enseignement, le Premier ministre a souligné que le défi majeur lancé au gouvernement provisoire est de créer des postes d’emploi au profit des diplômés de l’enseignement supérieur que l’économie nationale est en mal de résorber.
Il a fait remarquer qu’en dépit des acquis enregistrés sous l’ancien régime et le rayonnement international dont bénéficie la Tunisie, «les deux dernières décennies ont été une ère d’obscurité à cause des pratiques malsaines d’une bande de malfaiteurs» qui ont pillé les biens du peuple.
Il a indiqué que la période à venir commande de faire preuve de labeur et de persévérance en vue de sortir de cette situation, à travers la cohésion du peuple, toutes catégories confondues, autour du gouvernement provisoire, afin que chacun contribue, de sa propre position, à assumer la responsabilité commune dans la transition de la Tunisie vers une nouvelle étape, fondée sur la démocratie et la transparence.
M. Caïd Essebsi a appelé les Tunisiens à placer leur confiance en ce gouvernement et à lui accorder le temps nécessaire afin qu’il puisse accomplir au mieux sa mission, faisant observer que la voie est ouverte aux avis de tous, dans la pleine et entière liberté d’expression.
Répondant à une question sur la situation des journalistes de «Dar Al-Amal», le Premier ministre a affirmé que les médias assument un rôle majeur dans le processus démocratique, en ce sens qu’ils contribuent à mieux faire connaître l’activité du gouvernement, à épauler ses efforts et à consacrer l’union nationale, mettant l’accent sur le souci du gouvernement provisoire d’accorder toute l’attention requise à ce secteur afin qu’il soit transparent et responsable.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com