Révolutions arabes – Israël – Proche-Orient : Le temps des grands bouleversements





Le vent de liberté qui souffle sur le monde arabe est non seulement générateur
de profonds changements, mais va également provoquer des bouleversements majeurs au Proche-Orient. Avec à la clé, l’émergence d’un nouvel ordre régional.
Par Chokri BACCOUCHE
Tout ce qui est bon pour les peuples arabes ne l’est certainement pas pour tout le monde. En Israël, en tout cas, le succès retentissant des révolutions tunisienne et égyptienne a fait l’effet d’une bombe. Inquiétude et peur caractérisent, en effet, la réaction de la rue israélienne face à cette déferlante démocratique qui a également pris au dépourvu l’establishment de l’Etat hébreu. Même le Mossad n’y a rien vu venir. Au point que le chef des services secrets israéliens, le général Aviv Kochavi, verse dans des interprétations fallacieuses de la situation qui n’ont rien à voir avec ce qui se passe réellement sur le terrain.
Cet expert galonné des affaires arabes a, en effet, affirmé avec force à la Knesset que le régime de Moubarak était «aussi solide et fort que jamais». Il est passé bien évidemment à côté de la plaque, puisque le raïs était renversé peu de temps après sous la pression des foules.
Cet échec cuisant du renseignement israélien n’a d’égal que les sentiments de frustration et surtout de crainte éprouvés par les dirigeants de l’Etat hébreu. Les propos d’un ancien ambassadeur d’Israël en Egypte résument d’ailleurs et de manière éloquente le tempo israélien: «Tout ceci est mauvais pour les Juifs, très mauvais», avait confié récemment, Zvi Mazael, à la chaîne 2 de la T.V. israélienne.
Doute
Cet alarmisme est assez justifié en fait, car avec la chute de Hosni Moubarak, l’Etat hébreu perd un allié fidèle qui a servi les intérêts israéliens avec zèle au détriment des causes arabes. Tous les observateurs avertis s’accordent à penser que la révolution égyptienne a plongé dans le doute Israël, un pays hanté par la crainte d’une poussée de l’islamisme radical et par le spectre de l’encerclement. Le scénario noir d’une Egypte gouvernée par les Frères Musulmans est une perspective que les responsables israéliens portent en horreur. Ils sont d’ailleurs convaincus que si des élections libres étaient tenues au pays du Nil, la Confrérie l’emporterait avec une majorité suffisante, car elle constitue, à l’heure actuelle, la force politique la mieux organisée et qui rassemble le plus de sympathisants.
De la façon la plus manifeste et en tenant compte de l’éventualité de cette hypothèse, les stratèges israéliens craignent, en fait, que leur pays ne soit davantage isolé. Et surtout que la situation ne profite à l’Iran de Mahmoud Ahmadinejad qui est «en train de casser une par une les alliances qu’Israël a scellées patiemment avec des pays arabes et musulmans limitrophes, notamment l’alliance israélo-turque».
Jamais, en fait, l’Etat hébreu n’a été aussi seul et étranger à la région et sa situation stratégique accuse immanquablement le coup. Car en perdant tour à tour l’Iran, la Turquie et l’Egypte, il va devoir faire face non point aux seuls Palestiniens mais désormais à l’ensemble du Proche-Orient.
Des changements radicaux
Pour tout dire, le vent de la liberté, qui se répand comme une traînée de poudre à travers le monde arabe, souffle pour l’Etat hébreu dans la mauvaise direction. Il est non seulement porteur de changements radicaux dans les sociétés arabes, mais également il va opérer des bouleversements profonds sur l’échiquier proche-oriental. L’équilibre des forces qui était largement en faveur d’Israël par la grâce, notamment, des régimes arabes dociles et intimement liés à l’Occident qui ont tenu en respect leurs peuples durant des décennies, ne le sera plus dorénavant. Et c’est ce qui inquiète le plus et justifie les appréhensions des dirigeants israéliens.
Quelle sera la réaction de l’Etat hébreu face à cette nouvelle donne qui va précipiter, en toute logique, l’avènement d’un nouvel ordre régional? La réponse à cette question n’est pas du tout évidente, car elle dépend de la manière avec laquelle les gouvernants israéliens vont instruire ce dossier extrêmement sensible.
En tenant compte de l’idéologie extrémiste qui anime l’actuelle équipe au pouvoir du côté de Tel Aviv, il est fort possible qu’Israël poursuivra sa politique du fait accompli et continuera à imposer son dicktat. La raison en est que dans la logique d’un Avigdor Liberman entre autres, le chef du parti d’extrême-droite israélienne, tout fléchissement dans ce registre pourrait donner un mauvais signal du côté de la barricade arabe. Il se pourrait, également, que les Israéliens, à la faveur d’une nouvelle manœuvre dilatoire dont ils ont le secret, chercheront un compromis politique avec les Arabes pour sortir avec le moins de dégâts possibles de cette situation intenable.
Idée mensongère
Une chose est sûre, en tout cas: les révolutions arabes, en même temps qu’elles ont précipité la chute de régimes despotes et corrompus, vont également sonner le glas à l’idée mensongère selon laquelle «Israël est le seul îlot occidental stable et civilisé perdu dans une mer de barbarisme islamique et de fanatisme arabe».
Le «danger» pour l’Etat hébreu est que la carte ne change pas, mais que la géographie change, c’est-à-dire qu’Israël demeurera toujours un îlot, mais un îlot de barbarisme et de fanatisme dans une mer d’Etats arabes démocratiques et égalitaires.
Cette tournure des événements ne peut, bien évidemment, que donner des cauchemars aux dirigeants israéliens qui voient ainsi l’un de leur prétexte favori, justifiant à tort leur politique expansionniste et agressive, voler proprement en éclats. La nouvelle donne réduit, en fait, la marge de manœuvre d’Israël à sa portion congrue.
Et la politique de non-concession et de la fuite en avant privilégiée jusque-là par les gouvernants israéliens risque d’être désastreuse pour le proche avenir. Dans une région du Moyen-Orient où, de toute façon, plus rien ne sera plus comme avant...


C.B.




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com