Ahmad Abou Elghit, ministre égyptien des Affaires étrangères : «L’Egypte jouera un rôle majeur au P.O dans l’avenir»





La révolution égyptienne, l’Iran, la politique étrangère de l’Egypte après la chute de Hosni Moubarak et les relations américano-égyptiennes, tels sont les grands dossiers évoqués par M. Ahmed Abou Elghit, ministre égyptien des Affaires étrangères, dans l’interview qu’il a accordée au «Quotidien».
Interview réalisée au Caire par notre envoyée Samah Meftah
Des milliers d’Egyptiens affluent chaque jour au poste frontalier de Ras Jedir en Tunisie, dans un chaos indescriptible. Ces réfugiés sont toujours en Tunisie et plusieurs d’entre eux demandent votre destitution.
Nous comprenons la déprime et l’état d’âme de ces Egyptiens qui ont souffert des violences en Libye. Je tiens, à cet effet, à remercier la Tunisie et tous les Tunisiens qui ont beaucoup aidé nos concitoyens. Au fait, jusqu’à mercredi soir, 119 mille citoyens égyptiens ont été rapatriés de la frontière tuniso-libyenne avec des avions d’Egyptair. Aujourd’hui, (ndlr jeudi), nous avons programmé 21 vols pour Tripoli et 44 vols pour la Tunisie tant et si bien que le nombre des personnes évacuées atteindra les 141 mille. Nous travaillons 24 heures sur 24 pour rapatrier nos concitoyens le plus tôt possible, qu’ils soient, en Libye, en Tunisie ou en Algérie. Je tiens à noter également que plusieurs pays amis ont décidé de nous aider avec des moyens maritimes et aériens. A ce titre, 6 avions ont été envoyés par la France, 4 avions de la part de la Grande-Bretagne, trois de l’Espagne et 6 autres de Malte. Nous visons aussi à augmenter les vols d’Egyptair mais nous avons constaté plusieurs problèmes sur le territoire libyen, à savoir l’aéroport de «Mosrata» qui manque de cartes géographiques où les conditions ne sont pas favorables. Nous déployons aussi des efforts à l’échelle maritime. Nous remercions tous les pays qui nous ont aidés.
En Egypte, la sécurité n’est pas encore à l’ordre du jour. Nombreux sont ceux qui estiment que la Révolution n’a pas encore été concrétisée sur le terrain. Qu’en pensez-vous?
Evidemment, la Révolution n’a pas encore concrétisé ses revendications. Pour le moment, nous avons seulement «épilé» l’ancien régime. Il nous reste un grand travail à faire sur le terrain. A priori, la Révolution du Nil a d’ores et déjà réussi à offrir à notre pays des changements majeurs, mais il y a encore du pain sur la planche avant d’arriver à un passage concret vers une société civile démocratique basée sur la diversité d’opinions politiques et «l’avis et l’avis contraire». Le peuple égyptien doit participer à la vie politique et s’interroger sur les budgets et les dépenses de son pays. Pour le moment la Révolution est encore inachevée.
Quelles sont, justement, les priorités de la Révolution à votre avis?
Nous devons penser à l’avenir. Nous devons offrir une vie digne à ce peuple exceptionnel. L’emploi devrait constituer le premier souci de l’Etat dans cette période. Pour cela nous devons penser à notre économie tout d’abord. Par conséquent nous aurons à trouver les moyens adéquats pour drainer le maximum d’investissements étrangers et convaincre les investisseurs, qui sont déjà chez nous, de ne pas partir, car, malheureusement, plusieurs d’entre eux ont quitté le pays.
Quel sera le rôle du Ministère des Affaires étrangères à ce sujet?
Nous avons reçu plusieurs appels de la part de pays des quatre coins du monde à savoir les Etats-Unis et les pays de l’Union européenne qui se sont montrés disposés à offrir l’aide à l’Egypte. Nous leur avons répondu que notre pays n’a pas besoin de subventions, mais plutôt de subventions et de touristes pour remonter la pente. Nous leur avons demandé d’encourager leurs citoyens à venir chez nous au lieu de nous envoyer des subventions. Plusieurs de ces pays ont proposé de nous aider pour la concrétisation de la transition démocratique. Nous sommes convaincus que cette transition n’est pas du tout facile et que nous aurons évidemment besoin d’aide mais une démocratie sans pain ne nous sera pas vraiment utile. L’Egypte d’aujourd’hui n’est pas celui d’avant, l’Egypte a changé et nous devons s’attendre aux différentes conséquences de ce changement.
Que compte faire le Ministère des Affaires étrangères pour concrétiser ce changement au niveau diplomatique?
Durant cette semaine et celle qui vient, plusieurs responsables internationaux seront en Egypte pour discuter au sujet des investissements étrangers et de l’assistance économique et touristique. Concernant le processus démocratique, nous n’aurons besoin d’aucune aide étrangère pour le concrétiser.
Le Caire vient d’autoriser deux bâtiments de guerre iraniens à traverser le canal de Suez pour se rendre dans un port syrien. Cet événement aura sans doute des répercussions négatives sur les relations notamment entre l’Egypte et les Etats-Unis.
Franchement, les relations entre l’Egypte et les Etats-Unis n’ont jamais été stables. Durant la prochaine période, l’Egypte sera un pays démocratique avec un président élu, je pense que la relation sera d’égal à égal entre les deux pays. Concernant l’Iran, je pense que l’accord qui a été marqué entre ce pays et les Etats-Unis prouve que Téhéran veut d’abord sauvegarder ses intérêts. Il est vrai que la question qui se posait durant la Révolution était: quel Proche-Orient demain? A quoi ressemblera la région après Moubarak. La réponse entendue, parfois, à Washington, et, souvent, à Jérusalem: «Tout cela, n’est bon que pour l’Iran». Ce qui sous-entend que ce qui s’est passé n’est pas très bon pour l’Amérique et encore moins pour Israël. Je peux vous dire en ce qui nous concerne que l’Egypte ne sera du côté de personne.
Plus précisément, quelle sera la politique étrangère de l’Egypte durant la prochaine période?
Nous aurons certes un rôle majeur au Proche-Orient mais nous devons penser d’abord à notre économie.
Loin de l’économie, avez-vous peur des courants religieux et de leur prise de contrôle du pouvoir?
Je doute que les courants religieux puissent contrôler le pouvoir en Egypte. Ici, nous devons juger le courant religieux avec objectivité. Franchement, le poids de ces courants dans la société égyptienne ne peut pas permettre le contrôle politique. A mon avis, les différents courants politiques vont essayer de jouer la carte de la démocratie.
Maintenez-vous le contact avec le président déchu ?
La dernière communication que j’ai eue avec l’ex-président a eu lieu le vendredi de son départ. A ma connaissance, Moubarak ne veut établir aucun contact avec qui que ce soit. Il préfère rester seul.




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com