Burhan Ghalioun au «Quotidien» : «Israël n’a plus d’allié au Proche-Orient»





Directeur du centre d’Etudes sur l’Orient contemporain à Paris et professeur de sociologie politique à l’Université Paris II, M.Burhan Ghalioun parle au «Quotidien» des révolutions
tunisienne et égyptienne et de leur impact sur le monde arabe et l’échiquier proche-oriental.
Que vous inspirent les révolutions tunisienne et égyptienne ? Comment les justifiez-vous?
C’est une grande ère de liberté qui s’ouvre devant le monde arabe après une longue nuit d’oppression et d’asphyxie.
La récupération par les peuples de leurs droits légitimes, leurs libertés fondamentales et le contrôle du pouvoir qui les a asservis ne demande pas de justification. C’est elle qui justifie le reste.
Pourquoi, d’après vous, ces révolutions avaient été le fait d’actes spontanés des peuples?
Parce qu’elles ne pouvaient pas être autrement. Dans des systèmes de dictature et de non-droit, il est impossible de compter sur des forces politiques organisées et puissantes. Par définition, une dictature signifie l’absence des conditions permettant l’épanouissement politique, y compris la formation de forces organisées. Devant la fermeture de toutes les portes du changement dans la légalité, il ne reste au peuple que de compter sur ses propres forces. Ces révolutions spontanées auxquelles nous assistons aujourd’hui dans le monde arabe attestent de la nature néofasciste des régimes arabes souvent installés, soutenus, armés et financés par les puissances occidentales pendant plus de quatre décennies.
Quel sera l’impact de ces révolutions sur le monde arabe?
Ces révolutions se traduiront certainement par le changement de l’ordre social et l’émergence d’un nouvel ordre régional garantissant aux peuples une participation qu’on leur a refusée jusqu’à maintenant. Elles reflètent déjà une profonde transformation des sociétés arabes sur le plan éthique et politique.
Quel sera leur impact sur le conflit israélo-palestinien?
Tout dépend de l’interprétation par les dirigeants israéliens de ces grands événements. Israël n’a plus, aujourd’hui, après les révolutions égyptienne et tunisienne, aucun allié dans la région. Il n’a jamais été aussi seul et étranger à la région. Il a perdu l’Iran, la Turquie et l’Egypte et il doit faire face non pas aux Palestiniens mais désormais à toute la région du Moyen-Orient. Sa situation stratégique n’est plus tenable. Logiquement, cela devrait l’inciter à chercher le plus rapidement possible un compromis politique avec les Arabes. Mais les Israéliens peuvent penser autrement et parier sur la période de désordre qu’accompagne toute transition pour achever la colonisation des territoires arabes. Cela sera un très mauvais calcul, car ce n’est vraiment pas le bon moment de mettre les Arabes devant le fait accompli. Le résultat en sera sans doute une nouvelle et peut-être dernière guerre israélo-arabe.
Est-ce qu’on s’oriente justement vers un changement majeur de l’équilibre des forces au Proche-Orient?
Sans doute. L’ancien rapport de force, largement en faveur d’Israël, était fondé sur la neutralisation des peuples arabes par des régimes liés à l’Occident et parfois à Israël même. Nous sommes aujourd’hui dans une perspective radicalement inverse.
La révolution égyptienne sert-elle l’Iran sachant que ce pays est sous la menace d’une frappe américano-israélienne en raison de son programme nucléaire controversé?
L’Iran n’a plus besoin de l’Egypte pour résister aux pressions concernant son industrie nucléaire. Il a gagné déjà son pari avant le changement égyptien. Les Américains, comme les Israéliens, ont compris depuis longtemps qu’ils ne peuvent rien faire contre l’Iran. Au contraire, l’amélioration des relations arabo-iraniennes pourrait mieux convaincre l’Iran de limiter ses ambitions nucléaires.
Quelles perspectives pour la Tunisie et l’Egypte à la faveur de ces deux révolutions?
De meilleures chances de se développer socialement, économiquement, politiquement, et une grande volonté de s’intégrer à l’histoire universelle et de participer à l’aventure de la modernité.
L’instauration de la démocratie dans le monde arabe peut-elle conférer à cette partie du monde un plus grand poids sur l’échiquier régional et international ?
C’est évident.

Propos recueillis par Jalel HAMROUNI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com