En attendant l’Egypte de l’après septembre 2011…





Par Slim BOUAZIZ(*)
Ainsi donc, et en l’espace d’un peu plus de deux semaines, dix-huit jours plus précisément, l’Egypte a basculé, emboîtant le pas à la Tunisie dont le peuple a remporté, moins d’un mois avant, une éclatante victoire contre la dictature et le régime arbitraire et totalitaire du président déchu Ben Ali.
Or, si les similitudes sont nombreuses et frappantes dans la manière de mener les deux révolutions, il n’en est pas de même concernant les inévitables retombées de ces événements majeurs sur l’entourage immédiat, et ce de par la nature même du régime, du poids démographique et de la nature géostratégique du voisinage de proximité.
Il faut dire que l’Egypte, qu’on le veuille ou pas, est et demeure le pays arabe le plus important et le plus influent, et son poids est de taille dans la région névralgique du Proche-Orient où le conflit israélo-arabe, en général, et celui palestino-israélien, en particulier, pèsent sur les relations entre les pays de cette région, voire sur les relations internationales.
Il ne faut pas oublier, en effet, que le processus de Barcelone (le 5+5) et l’Union pour la Méditerranée (UMP), deux groupements impliquant les pays de la rive Nord de la Méditerranée, sont en état de léthargie à cause justement de ce conflit qui s’éternise depuis plus de soixante ans.
Il ne faut pas oublier qu’avec la Jordanie, l’Egypte est le principal pays arabe signataire d’un traité de paix avec l’Etat d’Israël. Et que depuis cette signature, l’Egypte a connu une stabilité de plus de 30 ans avec Moubarak, successeur d’Anouar Sadate qui s’était rendu dans un geste spectaculaire à la Knesset avant de signer les fameux accords de Camp David.
Il ne faut pas oublier que l’Egypte est le seul pays arabe de la région capable de faire un sérieux contrepoids militaire à la terrible armada israélienne.
Il ne faut pas oublier que l’Egypte détient les clés et le monopole du Canal de Suez, voie maritime stratégique pour le transport, notamment des pétroliers.
Il est donc légitime qu’un changement, aussi brusque comme celui intervenu récemment après la Révolution de la Place Tahrir – même s’il est salutaire et positif pour le peuple égyptien en vue de retrouver la liberté et la démocratie – suscite de sérieuses craintes et inquiétudes de la part des autres pays de la région, plus précisément d’Israël et de son allié stratégique, les Etats-Unis d’Amérique.
Mais les vraies craintes n’apparaissent pas dans l’état actuel des choses dans la mesure où les forces armées qui dirigent, temporairement, le pays ne touchent à aucun engagement international pris par Moubarak. Encore moins au traité de paix avec Israël pour la signature duquel l’institution militaire égyptienne était partie prenante et déterminante. En effet, l’incertitude pèse sur l’après septembre 2011 quand il y aura au Caire un nouveau président, un nouveau parlement et un nouveau gouvernement. Personne ne peut prévoir la nature des prochains gouvernants élus. Surtout si, comme le laissent entendre les analystes, les Frères musulmans auront leur mot à dire dans la future configuration géopolitique. N’en parlons pas s’ils parvenaient à obtenir une majorité, même relative, au niveau des législatives.
Sans oublier qu’un régime démocratique et transparent en Egypte aura, certainement, une influence autre sur le reste des pays arabes du Moyen-Orient et du Golfe. La nature des relations qu’aura Le Caire avec Téhéran sera décisive aussi pour les rapports entre les différents pays de cette zone.
C’est dire que, non seulement, rien ne sera plus comme avant à l’intérieur de l’Egypte, mais rien ne sera plus comme avant sur la scène arabe, voire internationale.


(*)Grand maître international d’échec




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com