Tunisie, Tunisie, mon pays





Par Hédi ZAHAG (*)
Hier à l’aube de l’indépendance, j’ai écrit:
«Tunisie, Tunisie, mon pays
Que de sang a coulé sur ton sol
Tout l’arsenal destructeur du colonisateur
N’a arrêté ton peuple épris de liberté»
Aujourd’hui après la révolution de la dignité retrouvée j’écris:
«Pour toi Tunisie mon pays
Hier ils ont tant combattu
Pour te rendre maîtresse, ils ont perdu la vie
Aujourd’hui, d’autres de tes chers enfants ont sacrifié
Leur vie pour te rendre ta dignité
A jamais, à jamais
Leur héroïque souvenir tu glorifies
Martyrs d’hier, martyrs d’aujourd’hui
Dans le cœur de votre peuple
Vous voilà à jamais réunis
Dans la page glorieuse de l’histoire
Vous voilà inscrits
Et de génération en génération
Votre héroïsme se perpétue»
Pour marquer notre fidélité à leur mémoire dans la continuité historique de notre pays, nous nous devons de construire, ensemble, dans la sérénité et la cohésion cette Nouvelle Tunisie qui nous est si chère; soyons donc ses bâtisseurs car en aucun cas la révolution et ses nobles idéaux ne signifient anarchie, désordre, déraison, ambitions démesurées, exclusion et haine de l’autre et règlements de comptes étroits, autant de virus qui minent la révolution et la font dévier de ses nobles objectifs.
Le peuple tunisien, héritier de civilisations millénaires a su cultiver la sagesse et la clairvoyance pour asseoir les bases d’une véritable démocratie, et mettre le pays sur les rails de la liberté, de la dignité, de la justice voire de la prospérité.
Soyons optimistes, car la démocratie après des dizaines d’années de tyrannie et d’injustice, ne se construit pas du jour au lendemain ; c’est un processus lent et patient qui exige le concours de tous les jeunes et moins jeunes, femmes et enfants, tout ce peuple qui porte la Tunisie à bout de bras.
Il faut dès lors appeler tous nos concitoyens à s’unir, à s’entraider, et à travailler d’arrache-pied, à sauvegarder notre cohésion, à conjuguer nos forces pour que notre révolution atteigne son but et soit un exemple édifiant pour tous.
Comme tout être sensé ne peut renier ses parents et ses arrières-grands-parents, aucune révolution ne peut et ne doit tourner totalement le dos au passé et encore moins le renier dans sa globalité.
Réellement que peut-on espérer de ceux qui se proclament justiciers et détenteurs de toutes les vérités ? Ils s’improvisent, liberté d’opinion et d’expression oblige, politologues, spécialistes en économie, en sécurité, en lois etc.….
De grâce, perturbateurs de tous bords, leaders politiques ou syndicaux en mal de célébrité ou de revanche, anciens profiteurs du régime déchu, détracteurs systématiques ne prenez pas le tremplin de la révolution pour assouvir vos propres et égoïstes intérêts, ayez au moins l’humilité de vous taire et de «dégager» volontairement sans vous faire prier ou forcer.
Laissons les sages et les compétents, les honnêtes gens et ils sont, Dieu merci, nombreux, entamer la reconstruction du pays sur des bases réellement démocratiques avec et pour le peuple.
Assez de grèves sauvages, assez de doléances, certes souvent justifiées mais le moment est inopportun, assez d’invectives, de vociférations, voire d’insultes sur plus d’une antenne et d’un media ! Assez de dilapidation des biens publics et privés et de non-respect de la loi, stop aux hordes de pilleurs, voleurs, incendiaires et assassins, que la main de fer des agents de sûreté et de l’armée s’abatte sur eux sans pitié. Qu’il soit bien clair, que toute liberté débridée ne peut conduire qu’au désordre et à l’anarchie ! Est-ce de cela qu’a besoin notre digne et pacifique révolution??!!!!
Toutes les rumeurs, ragots, interprétations tendancieuses touchant à notre quotidien, à travers les médias, facebook et internet, frisent le mauvais goût et la vulgarité! Tout cela ne concourt-t-il pas à ternir l’image de cette belle révolution qui a constitué le souffle salvateur de la liberté dans le monde!
Aujourd’hui, la priorité de la parole doit être donnée à ceux et à celles qui ont réalisé la révolution, et en particulier à leurs têtes pensantes, aux dirigeants honnêtes et intègres, aux gens aguerris en matière de politique, d’économie et j’en passe, à nos hommes et femmes de loi pour asseoir une justice indépendante capable d’extirper les mauvaises graines et les hors-la-loi, en un mot tous ceux qui sauront, mieux que d’autres, trouver les voies et les moyens d’asseoir la démocratie et l’Etat de droit.
A cet effet, le débat auquel nous assistons quotidiennement ne doit plus refléter le langage de sourds ou ordurier comme nous le constatons, et c’est navrant sur des écrans, internet ou les colonnes des journaux. Ce fait est navrant et ne correspond nullement à la culture et à la personnalité du Tunisien, ces discours ne reflètent pas la réalité de notre appartenance à l’islam, la meilleure école de la tolérance et de l’acceptation de l’autre.
La démocratie est un fondement de notre religion, elle est confrontation pacifique des idées et des programmes, elle est échange fécond qui a pour finalité essentielle le bien d’autrui et par là-même le bien de tous.
Une fois les nouvelles lois justes et équitables établies, une fois que le peuple a choisi librement ses nouveaux dirigeants et leur a confié l’appareil de l’Etat débarrassé de toutes ses mauvaises graines et que ses rouages fonctionnent normalement dans la clarté, donnant leur chance à tous sur un pied d’égalité et de justice, nous pourrons fêter la naissance de notre nouvelle démocratie.
En conclusion, j’adresse aux jeunes des 4 coins de la Tunisie un immense bravo pour le tournant historique et, j’ose espérer, salvateur que vous avez réalisé pour une Tunisie nouvelle, nous vos aînés, vos parents, et peut-être aussi vos grands-parents que Dieu leur prête vie, nous avons appris à l’école de la vie que celle-ci est à la fois rose et morose, noire et blanche, parfois grise, et que surtout l’honnête homme, l’homme de bien est celui qui privilégie la raison sur les sentiments et qu’à partir de là, notre espoir le plus profond est que cette révolution bénie porte aux postes de commande de l’Etat et de ses multiples appareils et institutions des hommes honnêtes, qui donnent à chaque citoyen tous ses droits en lui rappelant ses devoirs. Dans une véritable démocratie les deux vont de pair.
N’oublions pas enfin que la Tunisie, en tant qu’Etat, existe bien avant l’indépendance et que son parcours historique a vu se succéder des civilisations et des dirigeants que l’histoire juge et jugera certains pour le bien et d’autres pour le mal qu’ils ont fait à leur peuple.
Aujourd’hui, la Tunisie, grâce à vous entame un nouveau parcours, conjuguons nos efforts pour qu’il soit parsemé de bien, de dignité, de justice, d’équité et de prospérité.
Au lieu d’occuper les places publiques, on est beaucoup plus utile à son pays en garnissant les bancs de l’école, de l’université ou dans les usines les champs et les administrations, car ne l’oublions pas la liberté et la dignité ne s’acquièrent que par le travail.
Trêve de grèves et de blocage de l’appareil économique. Par les temps difficiles que traverse notre pays on se doit de sacrifier ses exigences personnelles étroites pour le bien général de la nation toute entière.
Rappelez-vous les exemples édifiants de l’Allemagne et du Japon, dévastés par la guerre, et dont les peuples ont vaillamment retroussé leurs manches et se sont mis au travail en donnant le meilleur d’eux-mêmes pour devenir aujourd’hui des puissances économiques indiscutables. Alors chacun à son poste et au travail, pour que vive la TUNISIE.

(*) Journaliste


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com