La Libye s’enfonce dans le chaos





Les insurgés progressent vers Tripoli, mais le régime de Kadhafi résiste encore. Au 19e jour du soulèvement populaire, la Libye donne l’image d’un pays qui s’enfonce dans le chaos et la guerre civile


L’opposition libyenne progresse vers l’ouest : La révolution fait tache d’huile
Les insurgés libyens, maîtres de l’est du pays, se sont lancés à l’assaut de villes contrôlées par l’armée régulière du colonel Mouammar Kadhafi, alors que le «Conseil national» mis en place par l’opposition s’est réuni hier pour la première fois.
Le Quotidien-Agences
A Benghazi, fief de l’opposition, le bilan des deux explosions avant-hier soir dans un dépôt d’armes est monté à au moins 27 morts et des dizaines de blessés.
Sur le terrain diplomatique, Tripoli a demandé à l’ONU de lever ses sanctions contre la Libye.
Avant-hier soir, un responsable gouvernemental libyen a affirmé que l’Ouest du pays était «totalement sous le contrôle» du régime, mais que l’Est restait «problématique».
A Benghazi, le «Conseil national» mis en place par l’opposition libyenne pour renverser Kadhafi et préparer une transition politique a tenu sa première réunion formelle hier dans un lieu tenu secret.
L’ancien ministre de la Justice, Moustapha Abdeljalil, qui a été l’une des premières personnalités importantes du régime à rejoindre l’opposition dans les premiers jours de la révolte, a été nommé président de ce conseil créé mardi et composé de 30 membres.
L’insurrection qui depuis plusieurs jours, avale les kilomètres et «libère» des villes à l’Ouest de Benghazi, affirme contrôler désormais Ras Lanouf après de violents combats avec les forces gouvernementales. Tripoli a démenti et assuré que la situation y était «normale».
Les combats d’avant-hier ont fait au moins huit morts et plus de 20 blessés, selon un médecin de l’hôpital d’Ajdabiya, à 200 km à l’Est de Ras Lanouf, où ont été transférés une partie des tués et des blessés.
Ras Lanouf est un port pétrolier stratégique à une centaine de kilomètres à l’Est de Syrte, ville natale et fief du colonel Kadhafi, qui fait face depuis plus de deux semaines à une insurrection sans précédent en près de 42 ans de règne.
Les rebelles gagnent
du terrain
Dans la ville, un journaliste de l’AFP a vu des rebelles positionnés à l’extérieur du complexe pétrolier d’Harouge, des casernes et du commissariat, mais il n’était pas possible de confirmer dans l’immédiat si les rebelles contrôlaient la totalité des zones résidentielles de Ras Lanouf.
En revanche, Zawiyah (60 km à l’Ouest de Tripoli), contrôlée depuis le 27 février par les manifestants anti-Kadhafi, pourrait avoir été reprise par les forces du régime. Des combats y ont opposé l’armée aux insurgés, faisant de «nombreux» morts et blessés, selon un témoin et l’opposition.
«A Zawiyah, tout est revenu à la normale», a déclaré le vice-ministre libyen des Affaires étrangères, Khaled Kaaim, affirmant que la population s’était soulevée contre «les terroristes» avec le soutien de l’armée.
Mais un militant politique de Zawiyah, Mohammad Qassem, interrogé sur la chaîne Al-Jazira, a assuré que la ville était encerclée mais pas prise.
A Tripoli, des affrontements ont opposé les forces de l’ordre à une centaine de manifestants scandant des slogans contre le régime dans le quartier rebelle de Tajoura. La police a fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser les protestataires, selon des témoins.
L’accès à Internet a été coupé jeudi dans toute la Libye pendant 30 minutes, pour la deuxième fois en deux semaines, a indiqué Arbor Networks, société spécialisée dans la surveillance du trafic.
Au 19e jour de révolte, les insurgés cherchaient à avancer le long de la côte après d’âpres combats.
«Le plan est d’avancer petit à petit dans leur direction pour les pousser à reculer. Nous ne voulons pas nous battre, nous voulons leur imposer une pression psychologique (...) Mais si nous devons tuer pour remporter cette bataille, nous le ferons», a assuré à l’AFP le colonel Bachir Abdelkader.
L’opposition a également manifesté à Benghazi, deuxième ville du pays. Quelque 5.000 fidèles ont prié après un prêche lors duquel l’imam a promis que «la victoire était proche».
Frappe aérienne?
Vendredi soir, deux explosions ont détruit un dépôt d’armes sur la base militaire Al-Rajma, à 20 km au Sud-Est de Benghazi, tuant au moins 27 personnes, selon des sources médicales. Plus de vingt personnes ont également été blessées, selon ce nouveau bilan.
«Nous ne savons toujours pas avec certitude si c’était un sabotage, un accident ou une frappe aérienne, mais personne n’a vu d’avion», a précisé Moustapha Gheriani, un porte-parole du Conseil national indépendant mis en place par les insurgés dans l’Est du pays qu’ils contrôlent.
«On estime à environ 40 le nombre de personnes qui se trouvaient à l’intérieur», a-t-il précisé, soulignant que le bilan pourrait encore s’alourdir.
Tripoli, qui a demandé au Conseil de sécurité de l’ONU de suspendre les sanctions adoptées samedi dernier contre Kadhafi, a en outre donné son feu vert au gouvernement vénézuélien pour une commission de paix.


Les journalistes étrangers enfermés
«Reporters sans frontières» condamne la manière dont le pouvoir de Kadhafi a empêché les journalistes de couvrir les manifestations antigouvernementales prévues après la prière du vendredi, à Tripoli. L’organisation juge inacceptable la multitude d’entraves au droit d’informer mises en œuvre par le régime depuis le début du soulèvement populaire à la mi-février afin d’imposer un black out médiatique sur les exactions dont est victime la population civile.
Le 4 mars, les autorités libyennes ont interdit aux journalistes étrangers présents dans la capitale libyenne de sortir de leurs hôtels, sans autorisation, les empêchant ainsi de couvrir les manifestations populaires à Tripoli. Des agents de sécurité ont barré la route aux reporters voulant sortir de l’hôtel Rixos, où sont logés les 130 journalistes invités par les autorités. Le porte-parole du gouvernement, Moussa Ibrahim, a déclaré que la présence de journalistes pourrait provoquer des violences, menaçant d’arrêter tous ceux qui sortiraient sans autorisation.
En outre, Internet est la plupart du temps coupé. L’application de cette mesure a pu compter sur la collaboration du principal fournisseur d’accès à Internet dont le propriétaire n’est autre que Mohamed Kadhafi, un des fils de Muammar Kadhafi.
«Reporters sans frontières» rappelle que le signal du satellite Nilesat, diffusant entre autres les chaînes Al-Hurra, Al-Jazeera et Al-Arabiya, est brouillé depuis le 23 février. Ces chaînes ont permis de couvrir en direct les récents événements et ont rendu possibles des témoignages par téléphone.
Les autorités libyennes continuent de pointer du doigt les médias étrangers. Le 21 février, Mouammar Kadhafi qualifiait les télévisions étrangères de «chiens errants”. Depuis, les professionnels de l’information, entrés «illégalement en Libye», sont considérés par les forces pro-Kadhafi comme des agents travaillant pour Al Qaida, a déclaré le ministre des Affaires étrangères.
Les insurgés abattent un avion
D’après Le Nouvel Observateur, un avion des forces spéciales de Kadhafi a été abattu en milieu d’après-midi par les rebelles à 20 km de Ras Lanouf. Les deux pilotes seraient morts. Ce serait la première fois depuis le début des affrontements, que des anti-Kadhafi parviennent à abattre un avion de l’armée libyenne.




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com