Réconcilier identité arabo-musulmane et ouverture sur le monde





Le Mouvement national pour la justice et le développement veut œuvrer pour la préservation de l’identité
arabo-musulmane sans pour autant renoncer aux valeurs républicaines et à l’ouverture sur les autres civilisations.
Les partis de centre-droit qui prônent la construction d’un Etat moderne et démocratique mais qui ne renie pas son identité arabo-musulmane se multiplient. Le dernier en date est le Mouvement national pour la justice et le développement (MNJD) qui a reçu le 2 mars son visa légal. Créé ex-nihilo le 22 janvier par un groupe d’universitaires et d’avocats, il ambitionne de créer une quatrième voie dans le paysage politique tunisien qui se dessine depuis la chute de l’ancien régime. «Le paysage politique tunisien ne compte jusqu’ici que des formations qui se revendiquent de quatre idéologies, en l’occurrence la gauche, le nationalisme-arabe, l’islamisme et le libéralisme. Or, force est de constater que le monde entier vit aujourd’hui à l’heure de la fin, ou du moins à l’heure de la régression des idéologies», affirme Mourad Rouissi, porte-parole du parti. Et de renchérir: «Les dénominations des partis existants aujourd’hui sur la scène politique ne reflètent pas forcément leurs idéologies. Mais toutes les formations défendent grosso-modo les mêmes principes comme la démocratie, les libertés et les droits de la femme. Il s’agit-là d’une tentative de sauver les idéologies et de les adapter aux réalités contemporaines. Et puis, l’humanité entière s’oriente aujourd’hui vers une revalorisation de certaines valeurs humaines suprêmes. C’est pourquoi nous refusons les classements courants comme ceux de la gauche-droite en France ou de conservateurs-libéraux dans le monde anglo-saxon».
Spécificité tunisienne
Le MNJD est-il pourtant inclassable ? «Nous laissons aux observateurs et à l’opinion publique le soin de nous classer», répond M. Rouissi. Ce détenteur d’un doctorat en sociologie décroché à l’Université Laval au Canada et qui exerce comme enseignant chercheur à la faculté des lettres et des sciences humaines de La Manouba précise, toutefois, que son parti «militera pour la préservation de l’identité arabo-musulmane sans pour autant renoncer aux valeurs républicaines et à l’ouverture sur les autres civilisations». S’agit-il dans ce cas d’un nouveau pendant tunisien de l’AKP turc ? Là aussi le cofondateur du parti reste évasif : «Nous sommes ouverts sur toutes les expériences réussies dans le monde, mais on s’attache à nos spécificités nationales. Dans le cas tunisien, les concepts de la justice et le développement ont une profondeur historique et civilisationnelle typiquement tunisienne et n’ayant pas de liens directs avec d’autres expériences politiques qui se fondent sur ces mêmes concepts comme celles turque ou marocaine».
En d’autres termes, l’appellation du MNJD est presque identique à celles du parti islamo-conservateur turc et marocain, mais ses programmes émanent de la réalité tuniso-tunisienne et tournent autour d’un développement politique économique et social basé sur la justice et l’équité. «Notre objectif est de préserver les valeurs de la république et notamment l’article premier de la Constitution tunisienne préconisant que la Tunisie est un Etat libre, indépendant, souverain dont la religion est l’Islam et la langue est l’arabe», tranche M. Rouissi.
Représentation proportionnelle
Se disant ouvert aux alliances avec toutes les forces politiques à l’exception de celles qui ont soutenu l’ancien régime, le MNJD ne cache pas sa préférence pour un régime parlementaire. «Même si on limitera les prérogatives du président, un régime présidentiel ne peut que s’orienter vers une personnification du pouvoir», précise M. Rouissi.
Selon lui, le régime parlementaire souhaité doit se fonder sur le principe de la représentation proportionnelle, qui est un système électoral accordant aux divers partis politiques ou listes candidates, un nombre d’élus qui est proportionnel au nombre de suffrages obtenus par chacune d’elles. Ce système proportionnel qui s’oppose au scrutin majoritaire permet d’obtenir une assemblée d’élus qui reproduit le plus fidèlement possible l’image de l’ensemble du corps électoral. Il se rapproche ainsi de l’idéal de justice électorale en permettant à chacun d’être entendu au plan politique et à chaque électeur de trouver un parti proche de sa sensibilité. En ce sens, la démocratie serait mieux réalisée puisque même les petits courants de l’opinion pourront se faire entendre.


Walid KHEFIFI




Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com