Ahmed Ben Salah révèle : «Bourguiba détenait les pleins pouvoirs par décret»





La première Assemblée nationale constituante établie en 1956 a permis à Bourguiba d’accaparer le pouvoir et la République par décret avant même l’adoption de la nouvelle Constitution.
Juste après l’indépendance de la Tunisie, les députés qui appartenaient en majorité au parti destourien ont été désignés par Bourguiba pour constituer la première assemblée constituante du pays. A ce sujet une rencontre-débat à l’espace El Hamra a été animée par Mme Noura Borsali, présidente du Forum des citoyens tunisiens indépendants. Des invités de marque ont été conviés à cette rencontre à savoir M. Ahmed Ben Salah, ancien ministre et vice-président de la première Assemblée constituante de 1956, et Mme Souad Moussa, universitaire et juriste. La rencontre a eu pour thème principal «L’Assemblée constituante entre hier et demain».
Au début, Mme Borsali a rappelé les péripéties historiques vécues par notre pays de l’indépendance en 1959, date à laquelle la Tunisie s’est dotée de sa première Constitution; l’oratrice a énuméré les principales décisions prises en cette période, à savoir l’abolition de la royauté, la proclamation de la république et de son président Habib Bourguiba.
M. Ahmed Ben Salah a axé son intervention sur sa propre expérience au sein de l’assemblée constituante de l’époque ( 1956), dont il était un des vice-présidents. A ce sujet, M. Ben Salah a fait savoir notamment que la plus grosse erreur commise par les députés de ladite assemblée était de laisser l’ancien président Bourguiba s’approprier le pouvoir sans élection, ni constitution mais uniquement par décret pendant plus de trois ans de 1956 à 1959, date à laquelle la Constitution fut proclamée. L’orateur a parlé aussi de la période sombre de l’après-indépendance causée par le différend politique entre Bourguiba et Ben Youssef.
L’universitaire Mme Souad Moussa, après avoir relaté à son tour les différentes péripéties de l’étape post-indépendance de notre histoire contemporaine, a précisé, que, durant cette période, un véritable Etat de terrorisme politique a été pratiqué par les membres de l’assemblée constituante de 1957 appartenant à la majorité destourienne, sur les autres factions de ladite assemblée afin de faire ressortir une Constitution faite sur mesure, qui répondait aux méthodes politiques de Bourguiba (l’instauration d’un régime présidentialiste beaucoup plus que présidentiel). Mme Moussa a souhaité que les futurs membres de l’Assemblée constituante qui seront apparemment élus le 24 juillet 2011 fassent tout pour éviter les erreurs commises lors de la 1er Assemblée constituante de 1956 afin de retenir les enseignements de ce qui s’est fait par le passé. Elle a suggéré aux futures membres de lire les procès-verbaux des commissions de travail qui régissaient les instances de la constituante de 1956.
M. Mohamed Salah Ben Aissa, membre du comité chargé de la révision du système politique du pays après la révolution, a mis l’accent sur les trois options sur lesquelles le comité est en train de se pencher, à savoir les régimes présidentiel, parlementaire et bicéphal, il a montré les dangers du régime parlementaire (l’exemple de l’Italie qui vivait fréquemment des périodes de crise politique dues essentiellement à ce régime), précisant que ce sont les grands partis politiques majoritaires qui bénéficieront certainement du régime parlementaire. Par contre, il a montré les bienfaits du régime présidentiel et ce, malgré les exactions commises sous le régime en question pendant les périodes de pouvoir des deux anciens présidents; car tous deux ont manifestement pratiqué la manière présidentialiste au lieu de la présidentielle prévue par la Constitution. Avant de conclure que le comité est en train de travailler sur le mode de scrutin qui convient le mieux à la nouvelle expérience tunisienne, car la possibilité est offerte entre le mode uninominal et celui des listes avec ou sans proportion.
Parmi l’assistance, plusieurs intervenants ont pris la parole pour exprimer dans l’ensemble leur soutien à l’élection de l’assemblée constituante annoncée pour le 24 juillet prochain. Cependant, ils ont émis beaucoup de doute en ce qui concerne la compréhension correcte des mécanismes de cette prochaine élection par la plupart des Tunisiens moyens, alors pour combler cette lacune il y a lieu donc d’organiser des campagnes de sensibilisation au fin fond du pays, afin que chaque citoyen soit muni de l’outillage et bagage nécessaires pour accomplir son devoir avec le minimum de maturité politique souhaitée dans cette nouvelle expérience démocratique que vit notre pays.


Mohamed Ali RHAIEM




Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com