Vu en France : Le Pen devant ou le sondage qui dérange





Pour la première fois, Marine Le Pen arrive en tête des intentions de vote pour la présidentielle de 2012. L’UMP et le PS s’interrogent et s’inquiètent. Critiqué, le sondeur recommence…
De notre correspondant permanent, François Bécet
Aucun rapport avec la journée internationale d’aujourd’hui, mais depuis quelques jours, une femme tient la vedette politique. Et inquiète. Jamais une femme n’avait atteint un tel sommet et devancé tous les hommes. Elle s’appelle Marine Le Pen, fille et successeur de Jean-Marie Le Pen à la tête du Front national. Un sondage Harris Interactive vient de la placer en tête du premier tour de la présidentielle de 2012 avec 23% des voix devant Nicolas Sarkozy et Martine Aubry, 21%.
Si toute la classe politique répète qu’il ne s’agit que d’un «instantané» à plus d’un an du jour «J» et que les électeurs changeront d’avis, elle est perturbée par ce choc politique qui provoque chez elle deux réflexes.
Côté majorité, le réflexe unitaire joue à fond. Ainsi, François Baroin et Marie-Anne Montchamp appellent Dominique de Villepin à rejoindre la famille UMP qu’il quitte et à ne pas se présenter. Les sarkozystes souhaitent aussi convaincre les centristes de ne pas participer à la présidentielle qui s’annonce serrée afin de préserver les chances de la «famille». Deuxième réflexe: la justification du débat sur la laïcité et la place de l’Islam voulu par Nicolas Sarkozy car il faut porter le combat sur le terrain de l’adversaire, prouver aux Français que si le FN pose de vrais problèmes, il n’apporte que de fausses solutions.
Le parti socialiste en appelle aussi à l’esprit d’unité après ce sondage qui «interpelle», selon l’expression de François Hollande. L’homme qui monte au PS estime qu’il y a «une nécessité pour la gauche d’être au rendez-vous de 2012», de «répondre aux inquiétudes des Français» et d’«être capable d’être forte au premier tour». Une manière de dire à Mélenchon et consorts de ne pas diviser la gauche afin qu’elle soit au second tour. Le mois dernier, le Vert José Bové avait flairé le danger et déclaré que «s’il y a un risque de reproduction du 21 avril 2002, il faut que notre candidat se retire».
Les socialistes, à l’image de Martine Aubry, accusent le président d’être responsable de la montée du Front national qu’il avait su affaiblir en 2007. En s’emparant des thèmes de prédilection de l’extrême droite à un moment où les Français s’inquiètent pour leur avenir, il leur laisse croire qu’il n’y a plus de véritable différence entre sa politique sécuritaire et les thèses de Marine Le Pen. D’où la montée du FN qui attire les déçus du sarkozysme.
Il y a une autre cause à cette percée : Marine n’est pas Jean-Marie. Au contraire de son père, elle veut, demain, gouverner et sait qu’il faudra nouer des alliances. Donc, elle abandonne le registre de la provocation et défend les valeurs libérales, ou, du moins, en donne l’impression. Comme le président, elle joue des peurs des Français. Espérant sans doute qu’ils n’iront pas regarder plus loin dans son programme, synonyme de catastrophe pour une France qui abandonnerait l’euro…
Et puis, au moment où des peuples arabes ont arraché, ou tentent d’arracher, leur liberté et marchant vers la démocratie, quelle image de la France donne un tel sondage ? C’est peut-être pour cela que Harris Interactive a déjà lancé une nouvelle enquête testant aussi DSK et Hollande comme candidats du PS. Plusieurs professionnels doutent de la fiabilité du sondage de samedi, réalisé uniquement sur internet sans recoupement par enquête téléphonique. Certains vont même jusqu’à avancer que le choix était fait de placer Marine Le Pen en tête.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com