Le Conseil national libyen à Kadhafi : “Quittez la Libye et vous serez quitte”





Crise libyenne : L’Orient et l’Occident mettent la pression sur Kadhafi
Le Quotidien-Agences
L’opposition libyenne a rejeté toute négociation avec le régime de Mouammar Kadhafi, exigeant que le numéro un libyen quitte le pays tout en promettant dans ce cas de ne pas engager de poursuites pénales contre lui.
«S’il quitte (...) la Libye dans les 72 heures et met un terme aux bombardements, nous nous abstiendrons de le poursuivre pour crimes», a déclaré à la télévision qatarie Al Djazira Moustafa Abdeljalil, ancien ministre de la Justice passé dans le camp des insurgés.
L’ancien ministre, qui s’exprimait hier à la mi-journée, a souligné que cet ultimatum ne serait pas prolongé au-delà des 72 heures. Le CNL a vu le jour à Benghazi, deuxième ville du pays et capitale d’une Cyrénaïque traditionnellement rétive au pouvoir central.
Des insurgés avaient annoncé un peu plus tôt voir reçu, et rejeté, une offre de négociation.
A Tripoli, un responsable gouvernemental a formellement démenti toute proposition de négociations de la part du régime.
Le président du Conseil national créé par l’opposition pour préparer la transition et basé à Benghazi (Est), Moustapha Abdeljalil, a précisé que Kadhafi n’avait pas envoyé d’émissaire mais que des avocats de Tripoli s’étaient proposés comme intermédiaires «pour arrêter le bain de sang».
Mise en garde
D’autre part, le président des Etats-Unis Barack Obama a mis en garde avant-hier les collaborateurs du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, les prévenant qu’ils devraient rendre des comptes pour les violences qui secouent leur pays, dans des déclarations aux journalistes.
Obama a également noté que l’Otan se réunissait à Bruxelles pour discuter d’une réaction à la violence en Libye, dont des options militaires, et a indiqué avoir donné son feu vert à une aide supplémentaire de 15 millions de dollars pour les opérations humanitaires liées à la crise.
«Je veux envoyer un message très clair aux collaborateurs du colonel Kadhafi. C’est à eux qu’il revient de choisir comment ils vont agir à l’avenir. Ils devront rendre des comptes», a souligné Obama dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, où il recevait le Premier ministre australien Julia Gillard. «Entre-temps, au moment même où nous parlons, l’Otan est en train de mener des consultations à Bruxelles au sujet d’une gamme étendue de possibilités, dont des options militaires potentielles, en réaction à la violence qui continue en Libye», a remarqué le président.
Zone d’exclusion aérienne
Après les monarchies arabes du Golfe lundi, l’Organisation de la conférence islamique (OCI) s’est déclarée hier favorable à une zone d’exclusion aérienne en Libye, pour empêcher les bombardements contre les insurgés, tout en réaffirmant son opposition à une intervention militaire directe.
L’OCI est formée de 57 pays comptant plus d’un milliard de musulmans.
La Ligue arabe a prévu une réunion de crise samedi pour évoquer les «mesures à prendre pour protéger le peuple libyen, en particulier l’établissement d’une zone d’exclusion aérienne».
La France et la Grande-Bretagne préparent un projet de résolution pour le Conseil de sécurité de l’ONU imposant une zone d’exclusion aérienne au-dessus de la Libye, qu’ils veulent présenter dès cette semaine. Son adoption semble cependant délicate en raison de la réticence de la Chine et surtout de la Russie, selon des diplomates.
Pilonnage intensif
Sur le terrain, un pilonnage intensif a été entendu hier à l’Ouest du port pétrolier de Ras Lanouf, base la plus avancée de l’opposition au dirigeant Mouammar Kadhafi dans l’Est de la Libye, selon un journaliste de l’AFP.
A environ 7 km à l’Ouest de Ras Lanouf, des dizaines de combattants rebelles pouvaient être vus se ruant sur une rue déserte à bord de pick-up, camionnettes ou même à pied.
Le journaliste de l’AFP a vu trois combattants conduits vers un hôpital, après avoir été blessés dans ce secteur situé entre Ras Lanouf et la ville de Ben Jawad, plus à l’ouest, reprise dimanche par les forces loyales au colonel Kadhafi.
Les rebelles ont dit que les troupes gouvernementales avaient déversé un déluge de feu à l’ouest de Ras Lanouf.
Plus tôt dans la journée, un avion a bombardé un immeuble d’habitation de deux étages près de Ras Lanouf soufflant la façade du rez-de-chaussée, selon ce journaliste.
C’était la première fois qu’un raid aérien touchait des habitations à Ras Lanouf, site stratégique à environ 300 km au Sud-Ouest du siège de l’opposition à Benghazi et contrôlé depuis vendredi par les insurgés luttant depuis trois semaines contre le régime de Kadhafi.
L’aviation libyenne vise quotidiennement les positions des insurgés dans l’est du pays, essentiellement sur la ligne de front mais aussi à Brega et Ajdabiya, verrous stratégiques vers Benghazi.
A l’Ouest de Tripoli, l’opposition contrôlait hier Zenten, à 120 km au Sud-Ouest de la capitale, mais la ville était encerclée par les forces pro-Kadhafi, selon un Français sur place. Il a affirmé que les opposants contrôlaient toutes les villes jusqu’à Nalout, près de la frontière tunisienne.
Avant-hier soir, l’opposition a évoqué de «violents combats» à Zawiyah, ville que les insurgés disent tenir à 60 km à l’Ouest de Tripoli.
Un médecin jordanien qui assurait travailler pour Médecins sans frontières (MSF) a été emmené sous la menace d’une arme d’un hôtel de Benghazi , selon des témoins. MSF a démenti que ce médecin fasse partie de son personnel.
Les Occidentaux, qui affichent désormais ouvertement leur soutien à l’insurrection, doivent se concerter jeudi et vendredi à Bruxelles au sein de l’Otan et de l’Union européenne, pour tenter d’aider l’opposition sans enfreindre le droit international ni déstabiliser la région.
Deux représentants du Conseil national de l’opposition se sont rendus hier au Parlement européen à Strasbourg, et devaient rencontrer le ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé.
La communauté internationale a accentué les pressions sur Kadhafi afin de mettre fin au bain de sang en Libye alors que l’opposition a lancé un ultimatum au guide pour quitter le pays.


Comment la Libye essaime ses pétrodollars
Le fonds souverain libyen, alimenté par les revenus du pétrole, détiendrait plus de 50 milliards d’euros, placés sur tous les continents. Dont sept milliards en Europe. Bruxelles s’apprête à décréter leur gel.
Les pétrodollars libyens ont longtemps transité discrètement de par le monde. Tout en étant toujours bien accueillis. Révolution arabe oblige, les Occidentaux regardent aujourd’hui d’un autre œil les milliards issus des exportations pétrolières du pays de Kadhafi.
Les 27 pays de l’Union européenne se sont mis d’accord hier pour décréter de nouvelles sanctions à l’encontre de la Libye, visant notamment un fonds souverain et la banque centrale, après le gel des avoirs du colonel Mouammar Khadafi et de 25 de ses proches fin février, selon des diplomates.
Cet accord doit encore faire l’objet d’une approbation formelle par les 27 gouvernements en vue d’une entrée en vigueur d’ici au sommet extraordinaire des chefs d’Etat et de gouvernement, prévu vendredi à Bruxelles, a précisé un diplomate.
Ces nouvelles sanctions concernent notamment les avoirs de la Libyan Investment Authority (LIA), un fonds souverain qui gère les revenus du pétrole libyen et détient des parts dans plusieurs grandes entreprises européennes, dont la banque italienne UniCredit, le groupe italien d’aéronautique et de défense Finmeccanica ou le groupe britannique d’édition Pearson.
La délégation maltaise, soutenue par d’autres délégations, avait formulé des réserves lundi à propos du gel de ces avoirs, redoutant qu’il n’affecte indirectement les activités des entreprises européennes dont une partie du capital était détenue par la LIA.
Le Royaume-Uni est déjà passé à l’acte, vendredi. Les Etats-Unis ont bloqué quant à eux dès le 1er mars près de 30 milliards de dollars appartenant indistinctement au clan Kadhafi, au LIA et à la Banque centrale libyenne. Et pour cause: ses principaux dirigeants, Mohamed Layas et Mustafa Zarti, font partie des cercles les plus proches de Kadhafi. Le fonds serait même «la réserve personnelle du clan (…), le bébé de Seif Al-Islam», un des fils du «Guide» libyen, selon une source interne au LIA citée par la britannique Radio 4.
«Bras politico-financier»
La très opaque Libyan Investment Authority (LIA) gérerait 75 milliards de dollars (53,8 milliards d’euros). Additionné aux réserves de la banque centrale de Libye, le pactole s’élèverait à 150 milliards de dollars (107 milliards d’euros). Sa mission est double. Il fait d’abord office de «bras politico-financier du gouvernement sur le plan national, régional et international», comme l’explique Ubifrance. Certains investissements sont stratégiques, comme ses 5% dans la banque italienne Unicredit.
Mais le Fonds doit, aussi, et surtout être très rentable. Il a pour objectif de «contribuer à la diversification des revenus de la Nation et réaliser les meilleurs retours sur investissement possibles tout en minimisant les fluctuations de revenus», détaille un document de présentation officiel. Où a-t-il investi? Difficile à dire. En 2009, la filiale purement financière du Fonds, le Long-Term Investment Portfolio, à savoir le portefeuille d’investissements à long terme, aurait investi près de 7 milliards d’euros en Europe, dont 5 milliards en France, selon un document publié en avril 2009 par Ubifrance. Il se serait agi notamment de prises de participations non stratégiques dans de grands groupes du Cac 40 comme Alstom, EDF, Total, ou encore France Télécom, d’après la même source.
1,2 milliard dans des banques françaises?
La LIA aurait également déposé 1,2 milliard d’euros à l’époque dans des fonds gérés par des grandes banques françaises. Société générale et BNP Paribas sont cités, mais aucun des deux établissements n’a souhaité commenter l’information. Le Fonds aurait enfin été propriétaire du prestigieux immeuble parisien de la FNAC Wagram, selon le document d’Ubifrance.
Ces chiffres, bien que vieux de deux ans, sont les plus précis disponibles à ce jour. Pour plusieurs raisons. Les experts s’accordent à dire que la LIA est un des fonds souverains les plus secrets au monde. D’autre part, il est difficile de suivre les investissements annoncés. «La LIA lançait beaucoup de projets et peu aboutissaient», note Jean-Marc Puel, associé du fonds d’investissement Sagitel Ltd et spécialiste du sujet. Enfin, ajoute-t-il, «le fonds libyen n’employait pas les équipes les plus professionnelles du secteur.» Paradoxalement, cela pourrait bien compliquer la tâche des limiers financiers qui devront geler les avoirs du Fonds.

D’après Le Figaro




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com