Vu en France : Le casse-tête de l’aide au peuple libyen





Il faut absolument soutenir les insurgés, empêcher les massacres. Mais comment ?
Il est facile d’appeler à une intervention, mais ne faut-il pas des bases légales?
De notre correspondant permanent, François Bécet
Voilà plus de trois semaines que le peuple libyen a lancé sa révolution, suivant vers la liberté les Tunisiens et les Egyptiens. Trois longues semaines qui voient Kadhafi tirer tous les jours, tuer et promettre le pire. Tous les jours aussi, les Occidentaux condamnent, déplorent, discutent de sanctions et d’intervention sans se mettre d’accord.
«On a sous-estimé ce qui s’est passé» a répété mardi à Strasbourg Laurent Wauquiez, ministre des Affaires européennes, parlant surtout de la Tunisie. Cette fois, on sait ce qui se passe mais on ne sait pas comment faire face, comment contraindre le «guide» fou à cesser ses massacres. Il est facile de dire que l’Occident a les moyens de chasser Kadhafi et même que ce serait son devoir, c’est tentant de pousser Américains et Européens à une intervention militaire directe au nom des droits de l’homme, de la liberté, de la nécessité morale d’aider ceux qui souffrent. Oui, c’est terrible de savoir que des gens innocents meurent tous les jours et de se contenter de discuter. Mais, a-t-on oublié l’Irak et son flot de critiques contre une guerre entreprise sans l’accord de l’Onu? Est-ce avoir des arrière-pensées équivoques que de respecter le droit international et de vouloir agir seulement avec le feu vert du Conseil de sécurité?
Une intervention militaire aurait «un effet totalement ravageur sur les opinions arabes» avance Laurent Wauquiez. Et hier, devant le Parlement européen, le Dr Mahmoud Jebril El Warfally, représentant le Conseil national de transition, a clairement dit qu’«il y a un consensus au sein du CNT pour refuser toute intervention militaire directe sur le sol libyen. L’histoire libyenne doit être écrite par des mains libyennes». Les insurgés demandent de l’aide médicale et alimentaire, une aide technologique pour «brouiller les communications» du régime et l’imposition d’une zone d’exclusion aérienne. Le colonel n’a pas les moyens de lancer une offensive terrestre d’envergure et se sert de ses avions et hélicoptères. Il faut donc les empêcher de voler.
Associer le monde arabe
Depuis plusieurs jours, la France et la Grande-Bretagne s’efforcent de rédiger une résolution en ce sens qui recueillerait l’unanimité au Conseil de sécurité. Outre le fait que la Russie et la Chine ne semblent pas encore d’accord, les pays membres divergent sur la mise en place de cette zone d’exclusion. Pour les uns, il faut d’abord détruire la défense anti-aérienne avant d’envoyer des avions patrouiller, pour les autres une telle destruction n’est pas nécessaire.
Il n’y a pas que l’Onu ou l’Otan – qui étudie diverses options — à être embarrassées. Les 57 membres de l’OCI sont divisés sur les actions à mener, la Ligue arabe ne se réunit que samedi. Si le conseil de sécurité décidait d’une intervention, les pays arabes et musulmans devraient impérativement y être associés afin de ne pas braquer les opinions arabes.
Certains experts se demandent si une intervention militaire ne risquerait pas de pousser d’autres peuples à la révolte, qui se diraient: on peut y aller, l’Occident viendra nous aider…
C’est sans doute pour tout cela qu’aucune opération, pour souhaitable qu’elle soit, ne peut être déclenchée sans base légale.
Plus regrettable est la réponse faite hier au Parlement européen par le chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton à la demande de reconnaissance du CNT libyen : c’est un «non» car, a-t-elle affirmé, «c’est au Conseil des chefs d’Etat et de gouvernement de prendre cette décision». Trop de prudence? La France a déjà reconnu le CNT comme représentant du peuple libyen. La société civile et l’opposition n’ayant pas eu la possibilité de s’exprimer pendant ces quarante-deux dernières années, on ne sait quelle légitimité à accorder au CNT qui est aujourd’hui en désaccord avec la rue sur le sort à réserver à Kadhafi.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com