Dr Samir Abdeljaoued : «Nous pouvons traiter jusqu’à 30 mille personnes»





La situation actuelle à Ras Jedir et au camp de Choucha, les chocs et maladies auxquels le Poste Médical Avancé (PMA) fait face et le risque d’un tel afflux, tels sont les points abordés par le Dr Samir Abdeljaoued, médecin directeur des secours médicaux au PMA de Ras Jedir, lors d’une interview accordée au «Quotidien».
De notre envoyé Meher KACEM
Bien que le nombre des réfugiés qui rejoignent Ras Jedir ait diminué, vous devez faire face quotidiennement à une situation difficile. Arrivez-vous à gérer cet afflux?
Nous sommes entraînés pour faire face à ce genre de situation, en plus c’est toujours la même chose dans les camps des réfugiés. On a déjà un aperçu des pathologies qui peuvent exister ici et nous sommes prêts pour gérer n’importe quelle situation. Nous avons un peu peur, médicalement parlant, de ceux qui viennent des prisons libyennes vu les conditions sanitaires misérables là-bas, mais nous prenons en charge tout le monde, même ceux qui refusent de passer le contrôle médical. Personne ne dépasse le point frontalier de Ras Jedir sans être mis à des contrôles poussés. Entre le PMA et notre poste au camp de Choucha, notre staff médical et paramédical compte presque 300 membres, ce qui est largement suffisant pour l’instant.
Justement, c’est ce «pour l’instant» qui laisse à penser que ça peut dégénérer. Etes-vous prêts à accueillir d’autres réfugiés ?
Avec Kadhafi, et je tiens à signaler qu’il est, médicalement parlant, malade, on s’attend à tout. Nous pouvons traiter jusqu’à 30 mille personnes. Cependant, si Kadhafi décide d’ouvrir totalement les frontières, il y aura des centaines de milliers de réfugiés qui vont s’abattre ici et là, ça risque de nous déstabiliser. D’après nos sources sécuritaires, on ne sait pas quand tout ça sera fini et ça peut basculer d’un moment à l’autre.
Dans quel état physique et psychologique les réfugiés traversent-ils les frontières?
Les premiers jours ce sont plutôt les jeunes hommes célibataires qui ont pu quitter la Libye facilement. C’était un peu plus facile de les traiter. Actuellement (depuis deux jours), ce sont plutôt des familles entières qui débarquent ici et c’est un peu plus difficile à gérer. Nous avons des psychiatres qui travaillent avec nous pour accompagner les réfugiés, surtout les enfants, les femmes et les personnes âgées, beaucoup plus vulnérables. Nous avons accueilli des réfugiés complètement déshydratés et dénutris. C’est horrible, certains adultes pesaient uniquement 25 kg. La majorité des réfugiés qui viennent en famille ne répondent à rien, ils sont déboussolés et ils ont perdu toute confiance. Ce que fait Kadhafi est abominable.
Quelles sont les maladies contagieuses que vous avez enregistrées jusqu’à maintenant?
Il y a quelques cas de gale, mais c’est une maladie présente partout dans le monde entier. Nous avons géré la situation, et les malades étaient mis à l’écart et soignés. Sinon ce sont des maladies ordinaires dans ce genre de situation. Contrairement à ce qu’on raconte, il n’y a pas de catastrophe humanitaire.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com