Utopia : Le temps de la proposition





Par Mohamed KOUKA (*)
Il ne fait de doute pour personne aujourd’hui que nous sommes les témoins d’une mutation fondamentale de notre pays. Le temps de la contestation est derrière nous. «A qui veut parler avec sens, dit Héraclite, il faut s’appuyer sur ce qui est commun». L’espace national est devenu l’espace commun de la politique. Mettre en commun, pour les Grecs, signifie déposer le butin au milieu de l’assemblée. De même l’affaire à débattre est portée au milieu. La parole- dialogue, celle qui est mise au milieu, traduit la coresponsabilité de tous pour le sens. Il s’agit de rendre visibles les comportements qui, désormais, accompagnent la parole-dialogue rendant par la même intelligible une situation de crise. Produire de la visibilité, de la lisibilité politique permettant à la société de se connaître elle-même.  La politique  a le plus besoin de complexité. Nous avons subi jusqu’ici les idées les plus simplifiantes alors que notre société est devenue plus complexe, comme par effraction. La politique suppose le désaccord, le conflit, la contradiction. La politique nous rassemble en nous opposant: elle nous oppose sur la meilleure façon de nous rassembler. Mais l’essence de la démocratie réside  dans l’acceptation de la concurrence pacifique. Il n’ y a de démocratie que lorsque les individus, les groupes les classes sociales acceptent les règles de cette concurrence. Sachant qu’il y a une différence de nature entre se disputer pour savoir ce que l’on fera en acceptant les règles de la concurrence et discuter pour savoir quelles règles  de concurrence appliquer. La bataille électorale aura pour enjeu historique la Constitution elle-même. Les partis politiques sont aux avant-postes, avec d’autres, pour exposer leurs visions, proposer  leurs programmes, expliquer leurs stratégies et expliciter leurs idéologies. Cela suppose un gouvernement, et des changements de gouvernements. Cela suppose des affrontements, mais réglés, des compromis, mais provisoires, sur la façon de trancher les désaccords. Il s’agit de savoir qui commande et qui obéit, qui fait la loi, c’est ce qu’on appelle ‘le souverain’, en démocratie, c’est le peuple. C’est une tâche essentielle. Allons-nous *nous* soumettre à la première brute venue? Au premier chef venu? Allons-nous laisser le  champ libre aux opportunistes, aux corrompus, aux bureaucrates et autres démagogues, décider du destin de la nation? Nous avons assez donné comme cela, depuis plus d’un demi siècle de pouvoir totalitaire. La difficulté *(est de concilier  la pensée)* et l’action. La nécessité  de corriger sans cesse une décision, et plus généralement la continuité même de l’action signifie qu’il n’y a pas de solution parfaite ni de solution imposée. 

(*) Homme de théâtre


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com