La Ligue 1 doit-elle rependre ? : Des avis partagés et rien que des demi-solutions





La décision est déjà prise. La reprise de la compétition est reportée pour diverses raisons, dont essentiellement l’absence de sécurité.


Les dernières réunions entre la FTF et les présidents des clubs n’ont pas résolu le problème. Ces derniers tiennent à reprendre la compétition en présence du public afin de renflouer des caisses vides alors que d’autres parties estiment qu’il n’est pas encore temps de prendre un tel... risque! Qui a raison et qui a tort? La réponse demeure très vague dans la mesure où chacune des deux parties a ses propres raisons.
Entre fric et sécurité, les avis demeurent par­tagés et on a même vu des présidents réclamer une saison... blanche pour éviter à leurs clubs le purgatoire! Pour en savoir plus, nous avons fait parler quelques figures marquantes du foot­ball tunisien. Othman Jenayeh, Zied Tlemçani et Zied Khiari ont étalé leurs points de vue, et chacun d’eux y est allé de sa propre vision des choses...

K.Z.


La balle est dans le camp des supporters
 Les Tunisiens adorent le football et en font même leur principale passion. Au stade, les sup­porters ont souvent respiré beaucoup plus d’air de liberté que dans la rue ou dans les coins du café. Avant le 14 janvier, les supporters avaient du mal à endurer le traitement agressif et peu accueillant. Après la Révolution, les rôles semblent curieusement inversés, mais cet «affronte­ment» doit cesser et donner droit à une relation moins tendue, plus respectueuse et plus civile. La présence des policiers au stade est indispensable alors que la dignité d’un supporter est également sacrée. Le public doit le comprendre et «changer» d’attitude en se responsabilisant davantage. C’est à ce prix que la compétition puisse reprendre dans les meilleures conditions.
K.Z.


Le non-sens !
 La F.T.F. veut faire reprendre le championnat de la L1 à huis clos, mais les clubs ont, pour une fois, haussé le ton pour dire «Non». Car le football est un spectacle qui doit nécessairement se produire devant le public.
Sans son acteur principal, il perd de son charme et de son goût. Comme un repas sans sel!
Et puis ceux qui veulent imposer un huis clos injustifié et injustifiable ont oublié que notre pays n’est pas en guerre. Ils ont oublié aussi que le report ne rime à rien dans la mesure où il ne fait qu’empirer la situation financière déjà précaire, de la majorité des clubs. Ces clubs, quoi qu’on en dise du profes­sionnalisme actuel du foot tunisien, sont des sociétés qui ont besoin de recettes pour pouvoir payer leurs employés (joueurs).
En s’entêtant à faire reprendre la compétition à huis clos, la FTF, le ministère de tutelle ainsi que le ministère de l’Intérieur, pour des soi-disant raisons de sécurité, risquent de pousser les clubs à la faillite et leurs joueurs au chômage!

K.D.


Le fait : Le professionnalisme en question
Enième report de la date de reprise du championnat national de football et toujours les mêmes raisons évoquées et les mêmes demandes renouvelées, à savoir un manque manifeste de moyens et un besoin urgent de soutien matériel pour pouvoir redémarrer. Cette crise vient donc à point nommé pour mettre à nu toutes les carences d’un professionnalisme imposé à des clubs amateurs non seulement par leur statut juridique, mais aussi et surtout par leurs structures trop dépendantes du monde extérieur, à savoir des institutions de l’Etat et des mécènes. Or, un club professionnel c’est d’abord un statut propre et c’est aussi des structures fiables et des ressources propres. A l’heure actuelle, nous sommes encore loin du strict minimum requis pour jeter les bases d’un professionnalisme réel et, par conséquent, il serait plus sage de retrouver les vertus de l’amateurisme si chères à Pierre De Coubertin. Revenir en arrière n’a rien d’humiliant surtout quand on sait que le professionnalisme avait été imposé aux clubs sans même un simple sondage.
Le sport en Tunisie a longtemps été asservi et exploité pour servir des causes «roturières», à présent on doit l’aider à se débarrasser de ces séquelles très douloureuses pour qu’il puisse repartir du bon pied et nous valoir de nouvelles satisfactions sachant que les sportifs tunisiens ont réalisé leurs plus beaux exploits à l’heure de l’amateurisme.

M.A.F.


Zied Tlemçani : «Reprendre, oui... mais qu’a-t-on fait pour responsabiliser le public?»
«Je n’ai pas été présent à la réunion des présidents des clubs et je ne suis pas au courant de leurs propositions. A titre personnel, j’apprécie de voir la compétition reprendre car, qu’on le veuille ou pas, lorsque le foot reprend, c’est l’activité de tous les jours qui lui emboîte le pas. Je comprends la prise de position des présidents qui tiennent à une reprise en présence du public, car les finances des clubs vont très mal et le retour de la compétition va résoudre en grande partie ce problème.
Toutefois, si le ministère de l’Intérieur estime que le retour du public aux stades comporte des risques et que la sécurité n’est pas encore assurée comme il se doit, on ne peut que lui donner raison car, franchement, préserver les acquis de la révolution et protéger les citoyens contre toute atteinte à leur sécurité demeurent une priorité absolue. Nous devons tous penser à ça et consacrer tous nos efforts à aider le pays à se relever. Nous aimons tous le football, mais la préservation des vies et des biens est, de loin, plus importante. J’aime également mentionner que la sécurité dans les stades est l’affaire de tout le monde. Or, je constate aujourd’hui que la FTF, qui fait tout pour le retour à la compétition, n’a rien entrepris pour sensibiliser le public et responsabiliser toutes les parties prenantes de ce problème.
C’est un peu curieux de voir les gens de la fédération discuter avec les dirigeants et programmer pour la reprise sans penser au moins à émettre des messages appelant à une présence responsable et positive des supporters dans les stades. Concernant le huis clos, il s’agit là d’une solution discutable dans la mesure où elle aide progressivement à un retour à la normale, mais elle ne fera qu’enfoncer les finances des clubs, déjà en crise».

Kamel ZAIEM


Othman Jenayah : «Opter pour le huis clos en attendant...»
«Je dois reconnaître que la situation actuelle de notre football est à la fois simple et difficile. La responsabilité de sécuriser joueurs et supporters est grande et ne peut être assumée uniquement par les dirigeants des clubs. Je comprends donc leurs hésitations et leur refus. Dans la vie, il y a des priorités et la sécurité des gens est primordiale.
Je pense aussi que le huis clos est une première solution à adopter en attendant que les choses rentrent dans l’ordre. Il faut aller d’une manière progressive. Il y a eu un précédent dans les années 70 et cette solution a été adoptée sans grands dégâts. Bien sûr, la situation est bien différente et les finances jouent un rôle possible de la part de tous. L’autorité de tutelle, la télévision, etc., peuvent consentir certains efforts pour assurer un minimum pour les caisses des clubs d’autant plus que le CHAN remporté par la Tunisie a été négocié par les joueurs locaux et le côté sportif ne doit pas être négligé.
C’est dire qu’une solution momentanée est possible, à savoir le huis clos en attendant mieux lors des prochaines semaines quand une solution d’ordre financier sera trouvée et la sécurité retrouvera ses lettres de noblesse dans nos murs».

J.B.


Zied Khiari : «Des craintes injustifiées»
«Je pense sincèrement qu’il faut d’abord reprendre la compétition pour tenter par la suite de chercher des solutions aux anomalies actuelles; sachant qu’on ne peut résoudre les problèmes pécuniaires qu’en reprenant la compétition. En effet, seule la reprise des activités peut entraîner à nouveau les sponsors et par ricochet drainer de l’argent et résoudre les problèmes qui entravent à l’heure actuelle la marche de nos clubs. Ceci dit, je ne vois pas de raisons pour retarder encore cette reprise d’autant plus que le ministre de l’intérieur en personne a tenu à rassurer les présidents des clubs quant à la sécurité dans les stades, or, il se trouve que certains de ces présidents ne l’écoutent pas de cette oreille et tiennent au renvoi de la date de la reprise tant attendue. On parle d’ailleurs dans les coulisses que ce sont les présidents des clubs appartenant au ventre mou et à la queue du classement qui «militent» pour remettre en cause la reprise des activités. Cette démarche s’explique à mon humble avis, par le fait que ces présidents craignent plutôt pour leur propre sort; ils craignent que leur public ne scande à leur encontre le fameux slogan «dégage» sachant que la quasi majorité sont des présidents désignés d’où la précarité de leurs situations.
En conclusion je dirai qu’il faut impérativement reprendre la compétition et que l’instance fédérale doit assumer ses responsabilités, car il est vraiment inadmissible que les clubs dictent leur loi au bureau fédéral».

M.A.F.




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com