Mourad Rouissi (Secrétaire général du MNJD) : «Il ne faut pas craindre la profusion des partis politiques»





Docteur en sociologie et fondateur du Mouvement national pour la justice et le développement (MNJD), Mourad Rouissi estime que l’abondance des partis est le résultat logique du climat de «sécheresse politique» dans lequel vivait naguère la Tunisie.
De nombreux partis naissants, dont le vôtre, ont choisi des dénominations proches de celles de l’AKP turc. S’agit-il d’une tentative de surfer sur le succès de l’expérience de ce parti qui a largement réussi à montrer que l’Islam est soluble dans la démocratie ?
La dénomination du MNJD se compose de quatre termes. Par le mot mouvement, nous voulons montrer qu’on vise l’action. En plus, le terme parti a été galvaudé. Il évoque le souvenir du système du parti unique sous lequel la Tunisie a vécu pendant plus de 50 ans. A travers le terme national, nous cherchons à mettre en exergue le fait que nous nous attachons à protéger l’identité nationale sans s’isoler par rapport au reste du monde. C’est dire qu’on peut enrichir nos idées à partir d’autres expériences internationales réussies sans se fondre et perdre nos spécificités nationales. Les mots justice et développement reflètent, quant à eux, notre attachement aux valeurs d’équité et de développement qui dépassent le domaine économique.
Nous sommes ouverts à l’expérience turque, mais sans oublier que les concepts de justice et de développement ont une profondeur historique et civilisationelle typiquement tunisienne.
Quel est le référentiel idéologique de votre parti et quel régime politique défendez-vous ?
Nous ne sommes pas des islamistes, mais des musulmans qui respectent les minorités et rejettent catégoriquement les méthodes d’action politique prônant le recours à la violence. Au niveau des libertés individuelles, le parti ne met aucune ligne rouge, mais dès qu’on sort dans les espaces publics, c’est le peuple qui doit choisir librement et démocratiquement les restrictions qui doivent être mises en place. On est favorable à un régime parlementaire républicain qui repose sur le principe de la représentation proportionnelle. Ce système proportionnel qui s’oppose au scrutin majoritaire accorde aux divers partis politiques ou listes candidates un nombre d’élus qui est proportionnel au nombre de suffrages obtenus par chacune d’entre elles.
Où se situe exactement le MNJD sur l’échiquier politique national ?
Nous voulons dépasser les classements traditionnels comme ceux de la gauche-droite en France ou de conservateurs-libéraux dans le monde anglo-saxon. Ces classements ne sont pas transposables dans notre société qui appartient historiquement à une civilisation autre que celle occidentale. Il ne faut pas oublier également que la culture démocratique reste embryonnaire. Bien que notre peuple se soit montré digne d’une vie démocratique évoluée, les institutions sur lesquelles devrait reposer cette vie démocratique évoluée sont en lambeaux. D’autre part, les idéologies sont, partout dans le monde, en régression. Bien qu’ils tentent aujourd’hui de sauver leurs idéologies ou, du moins, ce qu’il en reste, les partis se rejoignent, d’ailleurs, sur la défense de certains principes humanistes tels que la dignité, la liberté, la démocratie, la justice et le développement équilibré.
Le paysage politique national est en train de passer de l’indigence à l’abondance. Comment les électeurs pourront se retrouver face à cette profusion de partis politiques ?
Il ne faut pas craindre la profusion de partis politiques. Elle est le résultat de la «sécheresse politique» dans laquelle vivait la Tunisie. Certains partis vont finir par disparaître. Au final, il ne resterait qu’une quinzaine ou une vingtaine. Mais on peut contourner ce nombre déjà élevé par le recours à un seul bulletin de vote où l’on peut mettre tous les partis suivant l’ordre alphabétique ou l’ancienneté… L’électeur aura à cocher une case vide devant le parti qu’il choisit au lieu d’avoir à choisir entre plusieurs bulletins de différentes couleurs et représentant tous les partis. Ce système aura, par ailleurs, le mérite de minimiser le risque de fraudes.

Propos recueillis par Walid KHEFIFI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com