«Le Quotidien» au camp de Choucha : Colonel médecin Fathi Bayoudh (coordinateur du camp des réfugiés de Choucha) : «Il faut installer un pont aérien et ramener tout le monde chez lui»





De notre envoyé Meher KACEM
La situation actuelle au camp de Choucha, la capacité de la Tunisie à accueillir davantage de réfugiés et la façon avec laquelle on gère le camp, tels sont les points abordés avec le colonel médecin Fathi Bayoudh, coordinateur du camp des réfugiés de Choucha, lors d’une interview accordée au «Quotidien».


Colonel, quelle est la situation actuelle au camp de Choucha?
Les réfugiés ont commencé à passer les frontières au niveau du point frontalier de Ras Jedir depuis le 21 février. Nous étions présents ici pour les accueillir depuis le 22 février. Notre rôle est d’apporter le soutien nécessaire au niveau de la région de Ras Jedir (à partir du point frontalier jusqu’au camp de Choucha). Sur le plan sanitaire, je peux affirmer qu’il n’y a aucune épidémie et que la situation est sous contrôle. Nous avons un stock stratégique de médicaments qui peut suffire pour des mois et des mois. Côté nourriture et couvertures, l’élan de solidarité des Tunisiens a surpris tout le monde et nous n’avons aucun problème de ce côté. Nous sommes prêts à faire face à n’importe quelle situation et à affronter toutes les éventualités. Actuellement, nous travaillons sur l’amélioration des conditions de vie afin de rendre le séjour des réfugiés plus acceptable.
Côté effectif, est-ce que vous arrivez à tenir le coup?
Les moyens de l’armée tunisienne, que ce soit en termes de personnel ou de matériel, sont plus que suffisants pour tenir le coup. Nos moyens en termes d’effectif sont constitués de 20 médecins, toutes spécialités confondues, 25 paramédicales, 5 cadres logistiques et de maintenance (les consultations et la préparation des évacuations) et une unité de soutien. Côté matériel, nous avons une unité médicale mobile (salle d’opération, réanimation, hospitalisation et pharmacie) et une pharmacie. Nous sommes prêts à affronter n’importe quelle situation, aussi critique qu’elle puisse être.
Quelles sont les communautés les plus présentes ici?
Depuis le début du conflit en Libye, nous avons accueilli ici au camp de Choucha 65 mille réfugiés. A Ras Jedir, on en a accueilli 106 mille, mais certains étaient directement pris en charge par leurs ambassades et délégations. Au camp de Choucha, et jusqu’à hier (NDLR avant-hier), nous avons 15330 réfugiés. Les Bangladais constituent la communauté la plus importante avec 13.537 réfugiés (88%), suivis par les Somaliens, avec 702 réfugiés (5%), les Maliens, avec 578 réfugiés (4%) et les Nigérians, avec 255 réfugiés (2%).
Selon les ONG présentes sur place et même les réfugiés, ce sont les Bangladais qui causent le plus de problèmes. Qu’en pensez-vous?
Pour moi, ce ne sont pas les Bangladais qui nous causent du souci, mais plutôt les Somaliens et les Erythréens (il y en a 88). Les Bangladais finiront par rentrer chez eux grâce aux interventions de l’ONU et des ONG, mais on ne peut pas rapatrier les Somaliens et les Erythréens puisque leurs pays sont en guerre.
Vous avez évoqué les ONG, présentes en masse ici. Comment vous vous organisez? Et, plus important encore, qui chapeaute les opérations?
Ce sont les militaires qui chapeautent l’ensemble des opérations ici. Nous sommes en Tunisie et personne ne doit se substituer à la souveraineté de notre pays. Nous avions eu quelques petits conflits avec les ONG puisque chacun travaillait comme bon lui semble, mais là, nous leur avons expliqué que nous, les militaires, avons le dernier mot et qu’il faut toujours passer par nous avant de faire quoi que ce soit. Ils sont nos invités, ils nous aident, mais ils doivent respecter le fait qu’ils sont sur le sol tunisien. Nous collaborons ensemble et nous tenons chaque jour une réunion, présidée par moi-même, à 17 heures pour faire le point. Il y a également un officier de liaison qui coordonne avec les ONG. Si les pays européens, les USA et les ONG veulent réellement nous aider, il faut qu’ils rapatrient tout ce beau monde. Ça ne sert à rien de rapatrier mille réfugiés par jour, alors que deux mille d’entre eux entrent ici. Il faut installer un pont aérien et ramener tout le monde chez lui, sinon on finira par avoir des camps permanents, ce qui ne nous arrange pas.




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com