Libye: la précipitation de Sarkozy





En recevant les représentants de la révolution libyenne, le président a beaucoup promis avant de faire marche arrière sous la pression de ses partenaires européens. A quel jeu joue-t-il ?
De notre correspondant permanent, François Bécet
L’effet d’annonce : Nicolas Sarkozy aime et utilise souvent cette technique de communication. Il marque ainsi l’opinion et peut, ensuite, agir «à l’économie», en faire beaucoup moins. En retrait lors des révolutions tunisienne et égyptienne, le président a surpris tout le monde par ses positions de «pointe» à propos de la Libye. Alors que l’ensemble de la communauté internationale s’interrogeait, il a plaidé pour des frappes aériennes afin d’aider les insurgés qui n’ont pas de culture militaire et sont malmenés par les mercenaires de Kadhafi.
Mais voilà, une fois de plus, Nicolas Sarkozy a décidé seul, sans aucune concertation et ses partenaires européens ne l’ont pas suivi, sauf le Britannique David Cameron. Tout ce qu’il a obtenu, c’est que les 27 envisagent des «actions ciblées» contre les forces fidèles au dictateur «au seul cas où ce dernier ferait usage d’armes chimiques ou de l’aviation» contre les insurgés. N’a-t-il pas déjà envoyé ses avions et hélicoptères? Et pour intervenir, il faudrait une base légale solide, le feu vert de l’Onu et un fort soutien du monde arabe, des pays de la région. L’Europe tire ainsi les leçons de l’Irak et de l’Afghanistan. La Ligue arabe, l’Union africaine doivent être parties prenantes. Vendredi, un haut responsable de l’UA a déclaré que «le Conseil réaffirme son ferme engagement en faveur du respect de l’unité et de l’intégrité territoriale de la Libye, ainsi que son rejet de toute forme d’intervention militaire étrangère» dans ce pays…
Au plan national, l’initiative solitaire du président a surpris le ministre des Affaires étrangères qui n’avait pas été consulté. Alain Juppé a appris la proposition élyséenne alors qu’il s’entretenait avec son homologue allemand. Alain Juppé avait accepté le Quai d’Orsay à condition qu’il n’y ait pas d’interférence. En fin de compte, l’Elysée agit toujours comme il l’entend et passe allégrement au-dessus des ministres…
Le président n’a sans doute pas non plus procédé à une large concertation avant d’annoncer ce débat sur la laïcité – le 5 avril — qui sera consacré principalement à l’Islam. Après les nombreuses critiques du monde politique, c’est le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur qui est monté au créneau, entouré de responsables musulmans en colère. Le recteur a appelé Nicolas Sarkozy à annulé le débat car «les citoyens musulmans ne doivent pas être les boucs émissaires d’une situation de crise». L’aumônier musulman des hôpitaux a déchiré sa carte de l’UMP et Abderrahmane Dahmane, président du conseil des démocrates musulmans et conseiller à l’Elysée a demandé à ses coreligionnaires de ne pas renouveler leur adhésion à l’UMP. Sans critiquer le chef de l’Etat, il a dénoncé l’UMP de Copé qui «est la peste pour les Musulmans». Immédiatement démis de ses fonctions de conseiller en charge de la diversité, Dahmane a indiqué qu’il va se «mettre en campagne pour défendre la dignité des Musulmans de ce pays».
Loin de cette agitation, un véritable scandale a été dénoncé cette semaine, celui des loyers des micrologements ou «chambres de bonnes» à Paris. Alors que le prix moyen dans la capitale s’élève à 25 euros le mètre carré, celui de ces logements de moins de 13 m² peut dépasser les 40 euros et même atteindre les 80 euros sans les charges. Dans les régions, ces prix sont partout inférieurs à 40 euros, et le plus souvent largement. Ces micrologements sont principalement occupés par des étudiants ou de jeunes célibataires. «On ne peut pas continuer comme ça» affirme le secrétaire d’Etat au Logement Benoist Apparu qui propose de taxer les loyers supérieurs à 40 euros le m². Pas suffisant répliquent des associations qui demandent aussi un gel des loyers car ceux-ci augmentent plus vite que l’inflation depuis des années.
Ces prix ne veulent sans doute rien dire à ces milliardaires dont le nombre ne cesse d’augmenter. La crise profite à certains… Un cocorico avec le Français Bernard Arnault qui a vu sa fortune progresser de 13,4 milliards en un an et atteindre 41 milliards de dollars ! Le PDG du numéro un mondial du luxe passe à la quatrième place mondiale, sur 1210, et devient premier en Europe. Liliane Bettencourt gagne deux places et se classe 15e avec 23,5 milliards.
On suppose que ces braves gens ne se sont pas rendus compte que le prix des carburants atteint des sommets. Avant l’euro, on disait que le super à 10 francs provoquerait une «révolution». On y est, on se résigne ou on roule moins…


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com