Sadok Belaïd : «Pour un régime parlementaire tempéré et délibératif»





Le processus de la nouvelle Constitution et la nature de régime de la Deuxième République tunisienne étaient au cœur de l’entretien que le doyen Sadok Belaïd a accordé au «Quotidien».
Où en est le processus de la nouvelle Constitution tunisienne?
Actuellement, il est question de former une nouvelle Assemblée constituante qui sera chargée de rédiger la nouvelle Constitution de la Tunisie et qui sera aussi l’enjeu des prochaines élections en juillet.
L’établissement de cette Assemblée constituante représente un pas très important, car le choix de l’ancien gouvernement, parmi toutes les options qui ont été sur la table, n’était pas clair. Maintenant, on sait finalement quelle option a été retenue.
Les consultations sur la nouvelle Constitution prendront-elles en compte tous les nouveaux partis politiques?
Théoriquement, les quarante et un partis qui ont eu l’autorisation auront le droit de participer aux consultations sur l’élaboration de la nouvelle Constitution tunisienne, mais il est possible que certains partis ne puissent pas, matériellement, se préparer pour participer sérieusement à cet événement comme il est possible aussi que certains partis aillent former une sorte d’alliance pour gagner plus de sièges possibles sur la base de la nouvelle loi électorale.
Quel sera le régime de la Deuxième république tunisienne?
L’opinion publique en général est très hostile à l’idée de réédition du régime présidentiel, parce que nous avons vécu une très mauvaise expérience sur la base de ce choix. Le problème est qu’il n’y a pas de régime parlementaire au singulier, puisqu’il existe plusieurs formules pour ce régime et c’est comme les marques des voitures; on trouve par exemple la marque Peugeot qui dispose de centaines de modèles différents et il ne suffit pas de dire que je veux acheter une voiture Peugeot sans citer un de ses modèles. C’est exactement la même chose pour le régime parlementaire. Il y a, aujourd’hui, autant de travail à faire pour expliquer aux gens ce qu’est un régime parlementaire.
En vérité, cette question ne figure pas parmi les priorités de cette période transitoire. Les prochaines élections vont permettre de choisir des représentants du peuple à l’Assemblée constituante qui discutera le type de régime de la Deuxième république. Pour ma part, je suis pour un régime parlementaire tempéré et délibératif qui permet la discussion, le débat, la négociation et l’échange de points de vue, mais qui permet aussi aux différents partis politiques de s’équilibrer pour éviter la domination.
Le régime parlementaire peut aussi mal tourner et c’est pourquoi il faut instaurer les mécanismes qui vont le modérer. Ces mécanismes doivent être inscrits dans la nouvelle Constitution.
Que faut-il faire pour instaurer une culture politique dans la société tunisienne?
La maturité politique est nécessaire quel que soit le régime politique mis en place. En Tunisie, il faut intensifier les débats politiques et publics pour informer les gens sur l’enjeu politique que nous sommes en train de vivre. Progressivement, il va y avoir une sorte d’interactivité entre la société politique et la société civile et par la suite il y aura une culture politique. Je propose également que l’éducation politique soit introduite dans le système éducationnel pour expliquer la politique aux élèves.

Propos recueillis par Jalel HAMROUNI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com