Social : Un Centre tunisien d’études stratégiques





De quel apport sera le système khaldounien classique dans une approche moderne d’étude de l’actuel Tunisien?  Un nouveau Centre d’études stratégiques, encore en gestation, se propose de suppléer à un «ariditisme» cognitif fomenté.
Des «griffes» généralement confirmées dans un certain nombre de domaines de la connaissance et de l’académisme en Tunisie sont en train de jeter les jalons d’un organisme de recherche pluridisciplinaire qui aura pour objet l’étude du fait tunisien en devenir.
C’est un projet de création d’une association au dénominatif de Centre Ibn Khaldoun de recherches et d’études stratégiques (CIRES) qui est actuellement en discussion. Une liste non exhaustive comprend d’ores et déjà Abu Yarub El Marzouki, éventuel futur directeur de cette institution, Abdelfattah El Kaseh, Mouldi Yousfi, Abdelmajid Klaï, Mahmoud Dhaouadi, Habib Khedher, Naceur Mokni, Farhat Drissi, Sami Brahem, Mohamed Dhifallah, Fakher Aïssaoui, Hassan Chaâbani, Mouldi Yousfi et, last but not least, Kamel Ghozzi et Tarek Kahlaoui, enseignants aux USA.
La plupart de ces personnalités sont des enseignants et des chercheurs universitaires; les champs d’investigation étant la sociologie, l’histoire, la civilisation, les sciences politiques, le droit, la géographie, sans restriction. Dr Mouldi Yousfi, professeur de sociologie à l’Institut supérieur des sciences sociales et humaines de Tunis, a bien voulu, pour «Le Quotidien», lever quelques pans de ce projet a priori prometteur.
Indépendant et identitaire
Mouldi Yousfi, un des instigateurs de ce Centre, tient d’emblée à le faire démarquer du «Centre d’études stratégiques» accolé à l’ancien régime «et dirigé par Sadok Chaâbane et sa soi-disant Révolution tranquille», prévenait-il, ainsi que de tous les organismes similaires qui étaient à la solde de l’ex-RCD. Indépendant de toute obédience politique, idéologique ou financière, le CIRES se voudra «un lieu commun de science et de quête de savoir objectif, ouvert à tous les apports, pluriel et avec pour unique point de concordance l’identité arabo-musulmane», explique notre interlocuteur.
L’étape exceptionnelle que vivent la Tunisie et le monde arabe paraît donc, aux yeux des instigateurs de ce projet ambitieux, propice sinon impérative pour son lancement.
Pour une école néo-khaldounienne?
La dénomination khaldounienne de ce Centre, autant qu’elle propose une certaine lecture implique des risques d’exclusion cognitive et méthodologique. Mouldi Yousfi s’en défend à moitié. Selon ce sociologue, l’approche qu’a instiguée Ibn Khaldoun, fondateur de la sociologie comme c’est généralement admis, bien qu’ayant besoin d’actualisation et de reconsidération inévitables, n’en demeure pas moins un référentiel paradigmique et méthodologique au vu de l’aire géocivilisationnelle d’étude. «Après des siècles de négligence de l’apport de ce grand penseur, les tentatives de la Nahdha arabo-islamique moderne dans le Machrek comme dans le Maghreb qui ont repris cette dynamique spécifique n’avaient pas totalement abouti, pour des causes tant exogènes qu’endogènes».
Vaste chantier, aux dimensions quasi-titanesques, les enjeux de ce Centre stratégique semblent ne pas épouser que des contours purement académiques; la Tunisie de demain, voire la région toute entière, en tireront profit... ou auront à en pâtir, si cas contraire il y aura.


Mounir BOUDALi




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com