Une nuit dans le camp de Choucha : Mémoires d’un réfugié





Ces réfugiés sont une majorité qui passe transitoirement par le camp de Choucha. Ce camp qui compte désormais plus de 16 mille personnes dont la plus grande partie d’entre eux, des Bangladais, a une vie nocturne un peu spéciale.
De notre envoyé Mohamed M’DALLA
Depuis le 21 février dernier, ils sont déjà plus de 120 mille réfugiés à avoir traversé la frontière libyenne du côté de Ras Jedir... Jeunes la plupart du temps, ils arrivent épuisés et dépouillés de tous leurs biens; téléphones, argent, ordinateurs portables et mêmes vêtements de valeur.
Dès leur arrivée, ils découvrent cette nouvelle vie et s’y adaptent: la vie d’un réfugié.
La vie nocturne du camp est la plus intéressante. En fait, ça commence avec des longues files d’attente pour le dîner. Des files de 500 mètres de long qui zigzaguent entre les tentes en attendant le dîner. Une attente qui dure, pour les malchanceux et retardataires. Une heure, deux heures, et même trois heures. Cela si on ne vous dit pas: «Il ne reste plus rien». Si tu es fatigué, tu peux t’asseoir et te reposer un peu. Une fois que tu as pris ton plat, ne cherche pas de table, tu es en plein désert. Tu seras donc obligé de manger en plein air, et c’est pareil pour les toilettes.
Quelques moments, et on reprend le chemin des tentes. Pas très bien organisées, à l’intérieur, il y a de 6 à 8 personnes.
Une fois dedans, chaque groupe se crée sa propre occupation, selon la culture et les traditions de son pays. Les Somaliens passent le plus de temps possible en famille. Les Soudanais qui tiennent le jour leurs commerces de montres, de rasoirs et de tout ce qui se vend, préfèrent les jeux de cartes. Les moins bavards sont les Bangladais, ils parlent tout bas, et se reposent un peu plus tôt que les autres.
A partir de minuit, l’activité dans le camp diminue. Mais 8 km plus loin, au niveau du point de passage de Ras Jedir, les événements s’accélèrent. De plus en plus de sans-papiers proviennent de l’autre côté. Ils arrivent épuisés, dépouillés de tous leurs biens.
Cette soirée-là, la situation était assez mouvementée. Les réfugiés qui arrivaient par vingtaines, étaient effrayés. Ils avaient une grande peur dans les yeux,
Mais, chose bizarre, tout le monde se contente de dire que «tout va bien, il n’y a rien, je n’ai rien vu».
Les plus bavards parmi les arrivants sont, sans aucun doute, les Tunisiens et les Algériens, racontant ce qu’ils ont pu voir en cours de route, en plus des milices de Kadhafi et des bandes de pillards, qui les traqueraient sur le territoire tunisien s’ils révélaient leurs agissements.
Vers 2 heures du matin, c’est un événement, un jeune Malien arrive. Le visage terrifié, il tremblait de froid. Vêtu d’un pantalon et d’une petite chemise, les pieds nus. En nous approchant de lui, on peut voir ses larmes: «c’est un massacre que je viens de vivre hier et avant-hier», hurle-t-il, je n’y retournerai jamais». En fait, c’est l’un des rares à dire la vérité. D’après lui, «des bandits pro-Kadhafi tiraient sur toute personne qui avait la peau noire. Sans aucune pitié, ils ont massacré mes camarades et ont pris tout ce que j’avais, même mon passeport», nous confie-t-il. Redoutant une vengeance des milices de Kadhafi, tous les arrivants de Libye avaient à peu près la même réponse: «Tout va bien, il n’y a rien de l’autre côté», à tel point qu’on commence réellement à croire qu’il ne se passe rien de l’autre côté de la frontière.
Cette nuit, quelques centaines de personnes fuyant des accrochages en provenance de Tripoli sont arrivés en masse, dont un grand nombre de Maliens et des Bangladais. Ils arrivaient épuisés et n’avaient sur eux que leurs vêtements, et encore, si on ne les leur avait pas pris.
Même si certains organes humanitaires redoutent une catastrophe humaine, il faut rassurer, qu’il n’y a pas encore le feu. Mais ça risque bien de le devenir si ces réfugiés ne sont pas rapatriés dans les plus brefs délais, avec le risque d’un nouvel afflux.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com