Vu en France : Relance du débat sur le nucléaire





Les accidents dans les centrales japonaises après le séisme inquiètent et suscitent des interrogations sur la sécurité des centrales nucléaires. Les écologistes réclament un référendum.
De notre correspondant permanent, François Bécet
Et si cela arrivait chez nous, nos 19 centrales et 58 réacteurs sont-ils bien protégés? Le risque de catastrophe nucléaire au japon après le séisme d’une puissance de 9 sur l’échelle de Richter a relancé le vieux débat sur la sécurité. Ministres et écologistes sont montés au créneau, les premiers pour rassurer, les seconds pour dénoncer.
Ministre de l’Energie et de l’Industrie, Eric Besson a commencé, dimanche, par minimiser le danger au Japon en déclarant qu’il n’y avait pas de «risque majeur de catastrophe nucléaire pour l’instant». La situation étant moins maîtrisée qu’il ne le disait, le ministre a reconnu hier que la situation était «préoccupante» et qu’on ne pouvait pas écarter la possibilité d’une catastrophe. Toutefois, il a indiqué que «toutes les centrales françaises ont été conçues en intégrant le risque sismique et le risque d’inondations».
Ministre de l’Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet est allée dans le même sens en assurant que les centrales sont préparées à faire face aux pires catastrophes nucléaires intervenues depuis un siècle et qu’une mise à niveau était réalisée «tous les dix ans». NKM a cité l’exemple de la centrale alsacienne de Fessenheim qui «a été dimensionnée pour résister à un séisme d’une puissance cinq fois supérieure au tremblement de terre le plus important jamais survenue dans cette zone, qui s’était produit en 1356 à Bâle». Ce qui signifie que la centrale pourrait ne pas résister à un séisme d’une magnitude de plus de 6,4 étant donné que celui de 1356 est estimé à 6,2 et qu’un degré de plus correspond à trente fois plus d’énergie et dix fois plus d’amplitude. On sait qu’un fort séisme aura lieu…
Les écologistes demandent depuis des années la fermeture de Fessenheim en service depuis 1977. La dernière demande, faite par une association transfrontalière suisse, allemande et française, vient d’être rejetée par le tribunal administratif de Strasbourg qui a considéré qu’il n’y avait «aucun facteur de risque» suffisant.
Les écologistes – Cohn-Bendit, Eva Joly, Cécile Duflot, Nicolas Hulot et autres—, Greenpeace, dortir du nucléaire tirent la sonnette d’alarme estimant qu’on ne dit pas toute la vérité…Sur France Inter, Nicolas Hulot a déclaré que «le nucléaire doit faire l’objet, a minima, d’un débat national» car «on ne peut pas remettre le sort de l’humanité dans une vulgaire et tragique roulette russe». Pour les adversaires du nucléaire, ce qui arrive au Japon peut arriver chez nous, «les Japonais sont aussi forts en technologie que nous».
Un débat mais pas de sortie avant longtemps
La majorité des éditorialistes de la presse quotidienne souhaitent un tel débat car le «risque zéro» n’existe pas. Mais s’il faut revoir les normes de sécurité, il faut également être réaliste, souligne ces éditorialistes: la France, pays le plus nucléarisé du monde par rapport au nombre d’habitants, ne peut pas sortir immédiatement du nucléaire qui lui fournit la majorité de ses besoins énergétiques. Avant de procéder au référendum réclamé par les écologistes, il faudrait développer d’autres énergies renouvelables. Cela demanderait des années, au moins une génération.
L’inquiétude a gagné pratiquement toute l’Europe. 16 des 27 pays de l’UE abritent des centrales nucléaires. Hier à Bruxelles, l’Autriche qui a banni l’énergie de l’atome en 1978 a réclamé des vérifications sur les quelque 150 réacteurs en service. Aujourd’hui à Bruxelles, les autorités nationales de sûreté nucléaire et les industriels se réunissent pour tirer des leçons des accidents japonais. Si une catastrophe se produit sur l’archipel nippon, elles seront sévères.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com