«Rissala ila ommi» (Lettre à ma mère) : Désarroi et mélancolie





Sur un texte et une mise en scène de Salah Ben Youssef Felah, la pièce (Rissala ila ommi» (Lettre à ma mère) a été jouée récemment au «Quatrième art». Son discours anticipait-il sur la révolution tunisienne?
Cette pièce a été créée bien avant la révolution et semble, en effet aujourd’hui, être en phase avec celle-ci. Mieux encore, son concepteur se retrouve-t-il comme un visionnaire, après ce que vient de vivre le pays? Le désarroi et la mélancolie, voire l’aspiration au changement total, filtrent et en filigrane. Tragi-comédie, cette «Lettre…» Arrive à bon port. On écoute son contenu, et en voix off, presque à la fin du spectacle. Ce dernier, joué par cinq personnages féminins et masculins, est une suite de tableaux, en paroles et en mouvements, sur une scène presque nue.
Le corps y occupe une place primordiale. Les dialogues sont une tempête d’expressions de déchirement, d’amour avoué ou inavoué, de clins d’œil à une réalité quotidienne vécue, mais exaspérante. On se perd, parfois, dans des histoires qui ne semblent pas être en rapport, l’une avec l’autre. Le symbolisme s’y ajoute et s’y invite. C’est le théâtre de l’extravagance et de la parole libre, qui prévaut. Qu’y a-t-il à comprendre? Tout? Rien? Ou presque rien? Certes, le spectacle est visuel; où les acteurs bougent et occupent toute la scène et même l’avant-scène, jusqu’à croire qu’ils vont venir jouer aux côtés du public! La rupture avec les formes du théâtre classique a été consommée. Elle est ici reconsommée, pour dire très fort le dur propos de l’ennui et du ras-le-bol!
Entre ombre, pénombre et lumière, se tissent et se racontent des histoires de couples, de vies, de chagrin, d’amour et de haine. Le verbe y est grinçant, par moments. De la tragédie, on accède facilement à la comédie qui reste d’un humour froid. Un enchaînement rapide du sentiment de joie, à celui de tristesse. Un chassé-croisé où l’on passe allègrement d’un sentiment à l’autre. Cela se situe aux antipodes des sentiments, des sensations. Et cela va très vite avec ces hommes et ces femmes qui se retrouvent souvent côte à côte, alignés, ou en «bouquet». Ils sont parmi nous, ils vivent parmi nous. Le rideau ne s’est pas levé pour qu’on les retrouve là, devant nous. Ils font partie, en fait, de toute la salle. Sont-ils un échantillon de notre société d’aujourd’hui? La mère est-elle la mère génitrice, ou la mère-patrie? Autant de questions qui se posent et que semble poser cette pièce d’une heure, qui a été jouée par Nourhène Bouzaïène, Aïda Bessamra, Naoufel Bahri, Maher Aouachri et Mohamed Chaâbène et la compagnie Buffalo Art.


Lotfi BEN KHELIFA




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com