Ezzedine Saidane : «Un potentiel d’investissement énorme en Tunisie»





Le rapport entre la démocratie et le développement en Tunisie après la révolution et le futur de l’économie tunisienne face aux transformations politiques, tels sont les axes de la rencontre de M. Ezzedine Saidane avec «Le Quotidien».
La démocratie vacille quand il n’y a pas de développement et vice-versa. Attendez-vous à un flux des investissements dans un état réellement de droits et des entreprises?
Un Etat de droits est un Etat qui favorise un environnement sain et un potentiel pour l’investissement et pour l’investisseur qui cherche des conditions qui ne peuvent pas être réunies sans l’existence d’un environnement démocratique. Le développement et la démocratie sont ainsi intimement liés malgré les contres-exemples qui existent dans le monde, notamment la Chine qui a une croissance très forte en l’absence de la démocratie.
Que faut-il faire dans l’urgence pour booster le développement?
Il ne doit pas y avoir d’urgence dans la situation actuelle de la Tunisie. La seule urgence, à mon avis, c’est de protéger les acquis de l’économie tunisienne et pas, forcément, par la conception d’un nouveau modèle économique qui peut rendre la transition vers la démocratie beaucoup plus difficile au moment où on arrive à identifier une solution politique et on parvient à une Constitution qui nous convient.
Il faut protéger ce qui existe de l’économie tunisienne pour pouvoir reconstruire par la suite selon un nouveau modèle.
Le développement régional est désormais une priorité nationale. Quels seraient les secteurs porteurs compatibles avec le développement dans les régions et éventuellement les niches à valeur ajoutée qu’on pourrait exploiter?
Il est clair aujourd’hui que certains secteurs comportent une capacité d’emplois très élevée et qui correspondent exactement aux besoins de certaines régions de la Tunisie. Le secteur de l’agriculture moderne a une capacité élevée d’emploi, même l’emploi des cadres, et un pouvoir créateur de répartition de richesse très important. L’agriculture représente, donc, un secteur primordial pour le développement régional. La technologie de l’information est, aussi, un secteur porteur. Les jeunes tunisiens ont manié à merveille leurs talents dans l’utilisation des nouvelles technologies malgré la répression de l’ancien régime.
En plus, il est évident que l’intégration régionale avec les autres pays du Maghreb Arabe aura lieu, car elle favorise une croissance économique importante et permet l’accroissement des investissements directs étrangers qui ne peuvent pas être significatifs sans l’intégrité régionale qui fournira un marché attractif, près de trois cent millions d’habitants, pour les investisseurs étrangers.
On s’accorde à penser que le développement économique est tributaire du bon comportement du système financier. Faut-il réformer, justement, notre système financier pour accompagner cette dynamique de développement?
C’est une nécessité. Avec la faiblesse de notre système financier et la manière avec laquelle il a été exploité par les familles proches du président déchu a fait que ce moteur principal de la croissance économique est, aujourd’hui, malade et il faut le réformer au niveau de la structure et au niveau de l’approche.
Le loyer de l’argent en Tunisie coûte cher, ce qui peut handicaper l’investissement. Quel est votre avis à ce sujet?
On ne peut juger le loyer de l’argent qu’à la lumière de l’inflation parce qu’il faut s’assurer que le taux d’intérêt doit être positif. Aujourd’hui, les dépôts au niveau des banques sont épargnés d’une façon négative, ce qui représente un grand danger parce que la base de dépôt de notre système bancaire est en train de disparaître en faveur d’un excès de consommation. Nous devons développer l’épargne à un niveau minimum de taux d’intérêt positif et nous devons également développer l’investissement sans trop le charger de coup financier.
Quelles sont les conditions à réunir pour faire de Tunis une place financière régionale voire internationale?
Nous sommes très loin pour le moment pour parler de ce sujet. Il faut analyser, d’abord, la convertibilité comme étant une question d’offre et de demande du «dinar». Il n’y aura suffisamment de demandes que si l’économie tunisienne est capable de dégager assez de biens et de services vendables et exportables à un niveau de qualité et de prix acceptables et si l’économie tunisienne se met à dégager convenablement d’opportunités d’investissement étrangers, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.
Si on réussissait à développer un nouveau modèle de croissance et à passer à un niveau de croissance beaucoup plus élevé que celui qu’on a connu au passé, on pourrait réfléchir à Tunis comme étant une place financière pendant cinq ans.
L’emploi est l’autre priorité nationale. Comment créer dans l’urgence des nouveaux postes d’emploi?
Il ne faut pas créer d’emplois d’une façon artificielle, car c’est beaucoup plus dangereux. La seule façon pour créer des postes d’emploi est par l’investissement. Il faut trouver les moyens pour relancer le plus vite possible l’investissement local et étranger.
Il y a un potentiel d’investissement énorme qui attend la réussite de la transition démocratique en Tunisie et dès qu’ils y auront la certitude, ils vont investir massivement dans notre pays.

Propos recueillis par Jalel HAMROUNI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com