Le pluralisme gagne le patronat : Naissance de l’Union des commerçants et industriels libres





Un groupe de jeunes hommes d’affaires a jugé plus facile de créer une nouvelle organisation patronale au lieu de tenter de réformer l’UTICA, devenue quasiment inaudible en raison de sa proximité passée avec l’ancien régime.
Après les partis politiques et les syndicats ouvriers, le vent du pluralisme qui souffle fort sur la Tunisie nouvelle vient de gagner le patronat. Une nouvelle organisation patronale viendra bientôt jouer des coudes avec l’Union Tunisienne de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat (UTICA) sur le terrain de la représentation des employeurs. Cette organisation portant l’appellation de l’Union des Commerçants et Industriels Libres (UCIL) a été créée récemment à l’initiative d’un groupe d’hommes d’affaires, dont Mouldi Drine et Tarek Chérif. Ces hommes d’affaires ont jugé plus judicieux de créer ex-nihilo un syndicat patronal que d’essayer de remettre la vieille UTICA sur les rails. «Nous ne sommes ni avec, ni contre l’UTICA. Nous estimons qu’il est beaucoup plus facile de créer une nouvelle centrale que de réformer l’UTICA devenue tellement lourde et bureaucratique avec ses statuts qui empêchent, à ce jour, de voter pour un nouveau président parmi la jeune génération », ont précisé les fondateurs de la nouvelle organisation patronale dans un communiqué de presse publié récemment.
Tout en saluant les tentatives de leurs collègues restés à l’UTICA de réformer de l’intérieur cette organisation créée depuis 1947, les fondateurs de l’UCIL affirment que le deuxième syndicat patronal en Tunisie aspire à devenir «un interlocuteur de poids de l’administration, des établissements financiers, de la douane et des syndicats». Pour ce faire, l’UCIL mise sur un mode de gestion basé sur des élections libres des structures dirigeantes et la concertation permanente sur les divers problèmes qui se posent.
Tentative de sauvetage
L’UCIL qui ambitionne de tenir son congrès constitutif avant la fin de l’été 2011, après l’élection de ses structures locales et régionales, se dit contre le capitalisme sauvage. Elle précise également qu’elle entend œuvrer pour redorer l’image de marque de l’homme d’affaires, ternie par l’avidité et la cupidité de certains entrepreneurs, et pour défendre les droits des salariés à un travail décent.
En face de la nouvelle organisation patronale, l’UTICA traverse la plus grave crise de son histoire. Depuis la révolution du 14 janvier, l’organisation est presque inaudible en raison de sa proximité passée avec l’ancien régime. Une opération sauvetage du premier syndicat patronal tunisien est, toutefois, en cours depuis quelques semaines. Regroupés au sein d’un comité baptisé «Sauvons l’UTICA», des responsables nationaux et régionaux de l’organisation ont accusé le Bureau exécutif d’être compromis avec l’ancien régime et la famille du président déchu. Dans un communiqué publié récemment, ces «réformateurs» ont noté que les différentes structures nationales et régionales de l’UTICA ont été infiltrées par le Rassemblement Constitutionnel Démocratique (RCD), rappelant que 10 membres sur 18 du Bureau Exécutif sont des élus RCD à la Chambre des députés et à la Chambre des Conseillers.
Pour faire sortir l’organisation de la grave crise qu’elle traverse, le comité «Sauvons l’UTICA» plaide pour la démission du Bureau Exécutif et la constitution de trois commissions composées de représentants des différentes fédérations professionnelles et des Unions régionales: une commission chargée de la gestion des affaires courantes de l’UTICA, une autre chargée de la révision des statuts et du règlement intérieur de l’organisation et une troisième chargée du renouvellement des structures aux niveaux national, régional et local et de l’organisation du Congrès national.
Le comité appelle également à l’ouverture de l’organisation aux jeunes chefs d’entreprises et à la mise en place d’une nouvelle gouvernance dans les structures nationales et régionales, basée sur la transparence, le respect de l’opinion différente et la démocratie interne.


Walid KHEFIFI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com