Evocation : Il y a un an disparaissait Fayçal Karoui





Son saxophone s’est tu à jamais, le 19 mars 2010. Voilà une année maintenant. Malgré sa courte vie. Fayçal Karoui a su être très fructueux. Il compose pour le théâtre, crée un répertoire pour les enfants, relooke les «El Azifet», orchestre de son épouse Amina Srarfi, et brille au saxophone à travers ses différents passages dans les grandes manifestations (JCC, SMSI, Festival de Carthage…).
En 2008, c’est sur la musique de Fayçal Karoui que le festival de Carthage ouvre sa saison. «Lamma ou zahou», spectacle du metteur en scène Béchir Drissi, était le fruit de toutes ses recherches: une musique novatrice, un souffle jeune et une nouvelle lecture de la musique tunisienne et arabe. Fayçal Karoui a, en effet, jonglé avec les phrases mélodiques et les nouvelles structures rythmiques. Il regardait toujours très loin et visait l’universalité.
La vie lui a souvent joué de mauvais tours. Comme ce fameux septembre 2001 où il devait assurer la clôture des jeux méditerranéens. Il crée un orchestre de 120 musiciens qu’il dirige d’une main de maître, mais le destin en a voulu autrement. Les événements du 11 septembre font basculer ce projet et le travail monstre de deux mois de répétitions et d’une générale tombe à l’eau. Un coup très dur dont il ne s’est jamais remis.
Musicien hors pair et compositeur talentueux, Fayçal Karoui avait plus d’une corde à son arc, il était également un excellent pédagogue. Treize années durant, il enseigne au conservatoire Kaddour Srarfi, où il crée une nouvelle méthode d’apprentissage des modes, jugeant la méthode enseignée comme archaïque. Il applique donc son procédé et travaille avec un noyau d’enfants qu’il initie aux modes tunisiens et orientaux. Son savoir, il le transmettait avec amour et passion. Il crée également une méthode pour saxophone et autres instruments de cuivre, faisant des émules à jamais assouvis. Aux côtés de ses chansons pour enfants, il compose pour l’Orchestre Junior du conservatoire des pièces instrumentales, utilisant une écriture moderne qui respire le 21e siècle.
Il est triste que cet artiste émérite ait été boudé par la direction de la musique du ministère de la Culture qui jugeait que les œuvres de Fayçal Karoui ne rentraient pas dans les normes de la nomenclature de la musique tunisienne. C’est pour cela que plusieurs pseudo artistes ont profité des subventions du ministère laissant l’amertume et le désarroi à la crème du pays.
Enfant de son pays, il décède la veille de la fête de l’indépendance laissant derrière lui quatre des plus beaux hymnes du répertoire de la chanson patriotique tunisienne («Tounes watanon wa majd», «Tounissal majd», «Min kamari Carthage», «Hymne à la femme arabe»).
L’orchestre El Azifet prépare actuellement un spectacle hommage à Fayçal Karoui qui sera présenté au mois d’avril au théâtre de la ville de Tunis. Toutes les pièces choisies sont signées et arrangées par Fayçal Karoui.


Amina SRARFI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com