Le compte à rebours pour une attaque terrestre contre la ville a commence : Tobrouk en état d’alerte maximum





Après les massacres perpétrés par les forces de Kadhafi à Ajdabiya, c’est la ville de Tobrouk, poumon de la Résistance, qui se trouve dans le collimateur du «guide».
De notre envoyée spéciale à Tobrouk, Fatma BEN DHAOU OUNAÏS


Tobrouk est d’humeur maussade. La nuit précédente, les coups de feu, les tirs de roquettes et les explosions assourdissantes dans tous les coins de la ville, célébrant le vote en faveur d’un embargo aérien contre la Libye, se sont poursuivis jusqu’à l’aube. La quantité d’armes utilisées par les fêtards était digne d’une guerre mondiale. Du jamais vu.
Mais après la fête, c’est l’imminence d’une attaque terrestre des forces du pouvoir libyen contre la ville de Tobrouk qui rafle l’attention des habitants, notamment avec la coupure du réseau téléphonique sur toute la ville, la plongeant dans l’isolement total.
Selon les analystes, Kadhafi essayera de mettre la main sur Tobrouk et de fermer les frontières égypto-libyennes, ce qui lui permettra d’isoler Benghazi et de la priver de son unique source de ravitaillement.
Dans le camp d’entraînement situé à quelques kilomètres du centre-ville, M. Jomaâ Khamis Al Abidi, ancien haut responsable sécuritaire qui s’est rallié aux insurgés et qui dirige actuellement le camp, s’active à donner les dernières directives à ses frères d’armes. Tous les insurgés qui partent en renfort de Tobrouk à la zone ouest sortent de ce camp. Ici, des centaines de volontaires affluent chaque jour, pour bénéficier d’une courte initiation à l’utilisation des armes lourdes. Trois jours maximum, et le combattant est fin prêt pour le front.
«Nous nous attendons à une agression terrestre imminente de la part des forces de Kadhafi et la plupart de nos combattants sont sur le qui-vive. Après la bataille de Ajdabiya, les forces du pouvoir essayeront d’avancer avec les chars vers Tobrouk. Mais nous nous tenons prêts et il y aura des surprises pour eux le long de la route» déclare M. Al Abidi au «Quotidien». Et d’ajouter: «Tous mes combattants sont en place. La chute de Tobrouk bloquera le ravitaillement sur toute la Libye. Nous résisterons pour faire échouer ce plan».
Sur le timing de la résolution sur l’embargo aérien contre la Libye, M. Al Abidi ne cache pas son amertume: «Si cette décision avait été prise plus tôt, au début des événements, elle aurait été mille fois plus efficace. Maintenant, grâce aux pilotes qui changent d’itinéraire de vol et se rallient à nous, nous possédons des avions de chasse. Mais de toutes les manières, les capacités aériennes de Kadhafi restent majoritairement supérieures aux nôtres et un embargo est toujours utile».
Dans la grande cour du camp, les lance-roquettes et les lance-missiles trônent sur des camionnettes de police, alors que les balles tirées pendant les entraînements jonchent le sol.
Des volontaires en tenues de combat bleues font des va-et-vient en attendant que commence la séance d’entraînement. Pour eux, la question n’est plus une affaire de changement de régime. C’est désormais un combat de vie ou de mort.
Tous les habitants de Tobrouk le disent. Par les mots parfois. Par les tirs en l’air souvent.
Parce que le seul langage que parlent désormais les gens, dans cette ville où chaque citoyen a son Kalachnikov, c’est le langage des armes. Ceci fait peur, mais il faut bien le dire : c’est la guerre en Libye.




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com