Kadhafi, Sarkozy, Guéant et les cantonales





Pour une fois, le président français est unanimement salué pour sa défense des insurgés libyens. Cela servira-t-il à l’UMP pour les élections de ce dimanche ?
De notre correspondant permanent, François Bécet
Depuis jeudi soir et le vote de la résolution du Conseil de sécurité de l’Onu, on attend, on espère des frappes qui stopperont le colonel libyen menteur et massacreur. Entre tergiversations et hésitations, entre souvenirs d’Irak et crainte de l’hostilité d’une partie des rues arabes, les Libyens mouraient et l’aide risquait d’arriver trop tard, au moment où le dictateur aurait maté les derniers insurgés… Théoriquement, la résolution ne permet que de protéger les populations –encore faut-il qu’il en reste !- et non de renverser le tyran. Pourtant, tel est bien l’objectif de Sarkozy et d’Obama. On ne peut pas envisager de frapper du côté de Tripoli et de laisser Kadhafi y parader. Intervenir sans aller jusqu’au bout n’aurait guère de sens. Mais sans ingérence, c’est aux Libyens qui n’osaient pas affronter les balles et obus du colonel de se manifester. La force qui se crée à l’appel de la France n’a absolument pas à faire de révolution. Et qu’on ne parle pas trop de pétrole, d’intérêts économiques au nom desquels l’Occident faisait la cour au dictateur: les insurgés, les démocrates n’auraient-ils pas besoin de vendre leur or noir, n’auraient pas besoin de signer des contrats pour développer leur pays?
Toute la classe politique s’est rangée derrière Nicolas Sarkozy qui mérite des félicitations. Parti seul à l’assaut du colonel, il a dû d’abord, isolé, reculer mais il a su réagir et jouer plus collectif pour arracher cette résolution 1973. Bayrou, Fabius, Cohn-Bendit saluent le vote et le travail de Paris. Il n’y a que Mélenchon qui estime que «dire merci à Nicolas Sarkozy, ça sèmerait la confusion» car l’initiative en revient au Parlement européen et donc à lui. Le grognon de gauche devrait vérifier les dates, il verrait que le président français demandait déjà zone d’exclusion et frappe avant les eurodéputés…
Bravo Sarko, mais cela servira-t-il aux candidats de l’UMP aux cantonales dont le premier tour se déroule aujourd’hui ? Certains ont soigneusement évité de prononcer son nom, d’évoquer le bilan du gouvernement. La cote, au plus bas, du président peut remonter, mais les cantonales sont bien loin de Benghazi et une grande partie des Français ne souhaitaient pas d’intervention militaire.
Ces cantonales -2026 circonscriptions renouvelables – constitueront le premier test «grandeur nature» pour Marine Le Pen. Concrétisera-t-elle sur le terrain sa montée dans les sondages? Le FN est présent dans les trois-quarts des cantons et n’a aucun conseiller général sortant. En 2004, il avait obtenu 12,13% en moyenne au premier tour. Il s’était ensuite effondré: 4,29% aux législatives de 2007 et 6,8% aux Européennes de 2009. Il avait rebondi aux régionales de l’an dernier avec 11,42% au premier tour. Les résultats dépendront beaucoup de l’abstention qui s’annonce forte.
Enjeu important aussi pour François Hollande qui devrait indiquer son choix pour 2012 après le second tour. S’il est largement élu, si la droite est sévèrement battue, le socialiste qui monte pourra contester la première place à Dominique Strauss-Kahn.
La première de Guéant
Parmi les facteurs qui pourront jouer aujourd’hui dans les urnes figure la première sortie marquante de Claude Guéant, le nouveau ministre de l’Intérieur: «Les Français, à force d’immigration incontrôlée, ont parfois le sentiment de ne plus être chez eux, ou bien ils ont le sentiment de voir des pratiques qui s’imposent à eux». C’était jeudi sur Europe 1. Le lendemain, le digne successeur d’Hortefeux a confirmé: «Je ne regrette rien parce que je pense que c’est ce que les Français pensent». Qu’il arrête de penser pour nous. Tollé à gauche, plainte d’associations pour «provocation à la haine, à la discrimination et à la violence» et sourire ironique de Marine le Pen qui invite le ministre à devenir membre d’honneur du FN. Au gouvernement, François Baroin explique que le mot important est «incontrôlée, ce n’est pas tout le reste et tout le tintouin qu’on en a fait». Aux électeurs de juger, d’apprécier cette manifestation de la volonté du président de jouer avec les peurs, de flatter l’électorat frontiste pour tenter de le récupérer.
Autre idée malvenue de l’UMP, la création d’une Union des musulmans de France formée de musulmans favorables à la majorité et au débat proposé par Sarkozy et Copé. L’UMP qui veut promouvoir l’intégration, l’épanouissement des femmes françaises musulmanes… parle de «monde musulman» et de «personnalités franco-musulmanes» comme si musulman était une nationalité. Après avoir estimé que l’emploi du terme «franco-musulman» ne pose aucun problème, Olivier Stirn, secrétaire national de l’UMP à la diversité, a affirmé qu’il «ne se reconnaissait absolument pas dans le terme de franco-musulman qui ne correspond à aucune réalit黅
Ne serait-il pas temps d’arrêter de manipuler l’islam en France, de transformer la religion en enjeu électoral.
Une dernière remarque: si empêcher les Libyens de se faire tuer constitue un devoir moral, pourquoi ne s’intéresse-t-on pas au sort des Bahreinis, des Yéménites ou des Ivoiriens?


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com