Quand l’UGTT remplace le 26-26





Par Ali BEN HACHEMI (*)
Jusqu’au 14 janvier 2011, les grosses sociétés, surtout les multinationales, étaient appelées, pour se protéger, à payer l’impôt qui ne figure sur aucun livre de compte, à savoir la mensualité du 26-26 qui s’élève parfois à quelque 1500 dinars pour les sociétés qui comptent plus de mille employés. Les sociétés qui se hasardaient à refuser de payer cette extra taxe risqueraient de se voir harcelées par l’UGTT, la CNSS, le fisc, l’inspection de travail et s’il le faut par les services de contrôle de l’hygiène qui vont les matraquer jusqu’à l’épuisement.
Même les épiceries du coin n’ont pas échappé à cette règle, l’une d’elles du côté de la Cité Romana fut obligée de fermer boutique, car son propriétaire a refusé de payer la somme de 300 dinars par mois.
Les entreprises tunisiennes ont trouvé dans la formule du 26-26 le meilleur moyen d’échapper aux contrôles. Du coup, tous les employés de certaines sociétés, du directeur financier au jardinier, sont payés sur la base de 250 dinars par mois. Ils recevront par la suite une enveloppe contenant leur vrai salaire moins la somme indiquée sur leur fiche de paie. Cette formule communément connue sous le nom de «barrani» semble plaire à tout le monde sauf au fisc, la CNSS et l’UGTT.
Cette dernière a beau essayer de renverser la situation sans succès, car elle avait devant elle un adversaire redoutable, le 26-26 qui tirait sa force du président déchu lui-même. Maintenant que le 26-26 a cessé d’exister depuis le départ de son protecteur, l’UGTT s’empresse de rattraper le temps perdu. Elle cherche par tous les moyens à ce que tous les employés de toutes les sociétés, surtout les étrangères, soient syndiqués. Non seulement l’UGTT va assurer une rentrée d’argent considérable pour chaque cotisation qui s’élève à 12 dinars par an pour chaque employé, mais en plus elle va pouvoir disposer d’antennes auditives et émettrices dans chaque établissement. Ces délégués syndicaux vont lui permettre de tout contrôler à distance. Et qui va songer à s’attaquer à ces caïds qui vont semer la terreur auprès de la direction générale? Car chaque fois qu’un chef d’entreprise essaie de les mettre en place, c’est la panique totale et l’annonce d’une grève générale qui s’ensuivent.
Il y a aussi la possibilité de soudoyer, moyennant quelques avantages en nature ou en espèces, ces représentants de la centrale ouvrière, une pratique très courante auprès des entreprises tunisiennes; mais les sociétés off-shore réprimandent cette manœuvre, car chaque sortie d’argent est comptabilisée, et il n’est pas question de manipuler les comptes pour satisfaire les caprices d’un délégué syndical véreux.
Cette intransigeance de la part des sociétés off-shore peut parfois les amener à la dérive et c’est ce qui est arrivé dernièrement à une multinationale belge implantée en Tunisie depuis 1985. Ce groupe de sociétés spécialisées dans la confection des vêtements de sécurité assure le bonheur de quelque 1180 employés qui risquent de se trouver au chômage pour de bon, eux qui voulaient améliorer leur situation alors que plusieurs milliers de chômeurs n’avaient pas de situation. Les grévistes exigeaient, entre autres revendications, une augmentation du salaire de 70 dinars pour chaque employé et une participation dans les bénéfices de la société. Une augmentation pareille des salaires, dans ces moments difficiles, engendrerait une dépense supplémentaire par mois de quelque 82000 dinars. Une somme que peu de sociétés dans le monde sont capables d’assurer.
L’UGTT est consciente qu’une telle augmentation n’est pas envisageable, mais pour sa part elle met la barre très haut en exigeant le maximum pour obtenir en fin de compte dans les pires des cas au moins le minimum. Ce que l’UGTT semble ignorer, c’est que la situation financière du groupe belge est loin d’être reluisante. Depuis une décade ou plus, le groupe songe à délocaliser vers d’autres régions du globe où la main-d’œuvre abondante est moins chère comme dans le Bangladesh, le Sri Lanka ou l’Indonésie où le groupe dispose de plusieurs sites de production.
Quand l’UGTT fut questionnée par le journal le Quotidien sur ces grèves annoncées ici et là, M. Ali Romdhane, secrétaire général adjoint, considéré comme le numéro deux après Jerad, a répondu que l’UGTT n’invente pas l’action revendicative mais l’encadre, ce qui revient au même. Les délégués syndicaux au sein des entreprises étrangères poussent les employés à manifester contre leur patron, soit pour demander des augmentations de salaire, ou bien pour limoger quelques têtes qui ne leur plaisaient pas et devant le refus des patrons d’obtempérer à ces revendications puériles, ils décident la grève générale.
L’on peut se demander si le moment est bien choisi de pousser les sociétés étrangères vers la sortie. Des sociétés qui assurent de l’emploi permanent à des milliers de Tunisiens qui ont tant besoin de travailler pour pouvoir vivre dans la dignité. Car seul le travail peut assurer à l’homme ce qu’il désire. Les quelques dinars en plus revendiqués par les grévistes vont-ils améliorer leurs conditions de vie ? Que va gagner l’UGTT en rendant la vie insupportable à ces investisseurs étrangers ? Est-ce ainsi qu’on va sauvegarder les acquis de la révolution ?
(*) Cadre tunisien
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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com