«Le Quotidien» à Benghazi : La mort… rode partout





Entre deux barricades, il y a un blindé stationné en pleine rue à Benghazi. Après une première tentative des forces de Kadhafi d’entrer dans la ville, et «le réveil» des cellules dormantes des comités révolutionnaires, c’est l’alerte générale. Une rafale de balles par-ci, une détonation par-là, à Benghazi, seule une chose est garantie : les nuits blanches.
De notre envoyée Fatma BEN DHAOU OUNAÏSO
N’essayez surtout pas de dormir à Benghazi… A moins d’ingurgiter une bonne dose de somnifère, vous passerez la nuit à compter les moutons entre deux déflagrations dont vous ne connaissez ni l’endroit, ni l’origine. De la gymnastique cérébrale que vous finirez par prendre du bon côté. Mais comme «le bon côté», c’est parfois pas facile à trouver dans une ville en état de guerre, vous serez obligé de regarder un feuilleton égyptien à dormir debout, pour ne pas trop y penser. Et ça ne marchera même pas.
De prime à bord, Benghazi vous paraît stressée. Les insurgés qui surveillent l’entrée de la ville ont une drôle de mine. Des visages indéchiffrables, des regards inquisiteurs… et des jeunes en position de tir, qui au moindre geste suspect ne réfléchiront pas deux fois avant d’appuyer sur la gâchette.
Mais ce barrage sécuritaire qui surplombe l’entrée Est de Benghazi n’est pas le seul. Dans les rues, il faut pratiquement faire des zigzags, s’arrêter chaque 500 mètres, et se plier aux fouilles minutieuses pour pouvoir passer.
L’entrée des forces de Kadhafi par le côté ouest de Benghazi, vendredi et samedi derniers, juste avant les frappes aériennes des «forces alliés», a, en fait, multiplié le climat de suspicion dans cette ville qui s’attend à une attaque à chaque moment.
«Les frappes des forces alliées sont survenues à la dernière minute. Si l’arsenal des milices de Kadhafi n’avait pas été démantelé par ces frappes, le tyran aurait brûlé les habitants de Benghazi vifs. Les miliciens que nous avons capturé nous ont avoué que le pouvoir libyen leur a donné l’ordre de massacrer tout homme de Benghazi âgé de plus de 10 ans et de violer toutes les femmes», m’affirme Salah Geith, un des insurgés qui vient tout juste de rentrer du front d’Ajdabiya.
Un danger nommé comités révolutionnaires
Quand une rafale de balle retentit, Salah me dit: «ça doit être un échange de tirs entre nos jeunes et les comités révolutionnaires. Ces derniers ont reçu l’ordre d’entrer en action et voilà que depuis quelques jours, ils terrorisent les habitants de Benghazi, en tuant des gens à bout portant. C’est pour cette raison que nous avons redoublé de vigilance».
Les comités révolutionnaires, tout le monde en parle à Benghazi. Il y a deux jours, une de ces milices a tué Mohamed Mustapha Nabbous, un journaliste libyen, tout juste âgé de 29 ans, propriétaire d’une station radio. Tous les jours, plusieurs membres des comités révolutionnaires, à la solde de Mouammar, sont tués à leur tour, d’autres arrêtés. Des milliers d’autres circulent encore plongeant Benghazi dans la terreur. Seuls les échos sur les frappes aériennes de la coalition atténuent la pression.
Sur la place Tahrir de Benghazi, chef-lieu de la révolution populaire, où des milliers de Libyens se réunissent chaque soir, les drapeaux français sont constamment brandis par des manifestants en liesse aux cris de «one, two, three, viva Sarkozy ». Même le garçon d’à peine 10 ans qui vend de petits drapeaux français sur une grande artère de la ville, parle politique et trouve des mots pour exprimer sa gratitude envers «le pays qui a empêché Kadhafi d’anéantir Benghazi». Parce qu’à Benghazi, les frappes aériennes de la coalition sont considérées comme un cadeau du ciel. Le plus précieux que la révolution ait reçu dans ce pays où la population est massacrée à coups de missiles Graad.
Alors que Benghazi retient son souffle, et bloque ses entrées par les blindés, le nombre des journalistes étrangers s’amoindrit de jour en jour. Dans le centre de presse situé à deux pas de la place Tahrir, je regarde David, un journaliste français travaillant pour TF1 et je lui dit sur un ton ironique: «Journaliste…. et Tunisienne de surcroît… Moi, c’est pas de chance». Il sourit et me dit: «Et moi alors !!!».


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com