Un référendum pour le mode de scrutin





Par Nadia GHRAB (*)
La Révolution a insufflé en nous une formidable énergie, nous tirant d’un état proche de la léthargie ou de la dépression collective. Cette énergie et cet enthousiasme, nous en avons grandement besoin! Pour construire une société démocratique, parce que... la démocratie ne se décrète pas, elle se construit patiemment. Pour remettre sur pied l’économie du pays. Pour assainir le fonctionnement de ses structures. Et surtout pour inventer un modèle nouveau de développement, centré sur la personne humaine et non sur le profit. Pour bâtir un projet de société qui donne corps aux aspirations et au rêve de tous ceux qui ont fait la révolution, en particulier des jeunes. Un projet de société qui assure le bien-être social de tous, et qui permette aussi à chacun d’exprimer ses potentialités créatrices et de les mettre au service de la collectivité, par le biais de son travail et de ses autres activités. Nous constatons avec tristesse que l’énergie libérée par l’événement révolutionnaire est en grande partie gaspillée dans des conflits de personnes, des chamailleries sur des questions secondaires, et dans la création d’une multitude de petits partis, centrés sur des individus plutôt que sur des projets.
Le dernier sujet de conflits, qui embrase les esprits, est celui de la composition du conseil de l’instance supérieure pour la réalisation des objectifs de la révolution, de la réforme politique et de la transition démocratique.
La Commission de la réforme politique a pour mission principale de préparer des élections honnêtes et transparentes pour une Assemblée constituante. Cette mission comprend une composante politique et une composante technique. La commission d’experts présidée par M. Yadh Ben Achour peut légitimement assurer la tâche technique, sa compétence étant reconnue de tous. Pour la partie politique, le conseil de l’instance supérieure récemment nommé est censé représenter tous les partis et toutes les composantes de la société civile. Bien qu’il soit composé d’un nombre important de personnalités compétentes et respectables, la désignation de ces membres comporte forcément une part d’arbitraire qui, par définition, ne peut qu’entraîner des contestations de tous bords. L’avantage des élections est précisément de pallier le côté contestable des désignations, si l’on recherche une quelconque représentativité.
Pour calmer les esprits, on nous dit que la commission est ouverte à «tout le monde». Cette affirmation sympathique ne peut cacher son caractère démagogique qui joue sur l’ambiguïté inhérente à l’expression «tout le monde». On nous dit aussi que cette commission n’a qu’un rôle consultatif. Quelle est alors l’instance qui assumera le rôle de décideur politique? M. le Premier ministre? M. Ben Achour? Quels que soient la compétence et le sérieux de ces deux personnes, cela reviendrait à priver le peuple de son pouvoir de décision. Le fondement même de la Révolution a été le formidable besoin de démocratie exprimé par tout le peuple. Souhaitons-nous oui ou non lui donner le véritable pouvoir de décision politique? Personne n’a le droit de «protéger» la révolution ou de veiller à réaliser ses objectifs, que le peuple lui-même et les représentants qu’il aura démocratiquement élus. Alors commençons tout de suite! Pourquoi ne pas soumettre la décision politique pour le mode de scrutin, à un référendum où l’avis de chacun serait pris en considération? On pourrait poser une seule question, avec un choix entre deux réponses: Souhaitez-vous un mode de scrutin:
a- Uninominal, majoritaire à deux tours?
b- Sur liste, avec représentation proportionnelle?
On pourrait poser une deuxième question très simple sur le découpage des circonscriptions. En proposant deux tailles de circonscription, l’une petite, l’autre plus grande. La commission technique aurait un rôle à jouer en amont du référendum et un autre en aval. En amont, il s’agirait d’expliquer d’une manière très claire et pédagogique, la plus objective possible, le fonctionnement, ainsi que les avantages et les inconvénients de chacun des deux modes de scrutin. Et de la taille des circonscriptions, si on choisit d’inclure la 2e question dans le référendum. En aval, la commission devra mettre en forme les textes concrétisant la volonté politique du peuple. C’est ainsi que les experts se mettront réellement au service du peuple qui, lui, sera souverain dans sa volonté politique. Une campagne d’informations intensive serait conduite durant les deux semaines précédant le référendum, à travers tous les medias. A la télévision, une courte émission, avant ou après les infos, expliquerait avec des mots très simples et des illustrations le fonctionnement ainsi que les avantages et les inconvénients de chacun des choix proposés au référendum. Le climat de sérénité induit par ce processus démocratique devrait permettre à l’ensemble des forces politiques et aux citoyens qui le souhaitent de consacrer leur énergie aux questions de fond, c’est-à-dire à la construction d’un projet de société, tâche qui demande de l’imagination et beaucoup de travail dans un climat paisible. Il est vraiment urgent que les partis se dotent de programmes sérieux, élaborés en concertation avec les citoyens. Quant à la date des élections pour l’Assemblée constituante, la date du 24 juillet sera probablement difficile à tenir. Pourquoi ne pas fixer les élections à la date du 14 janvier 2012? Ce serait une manière joyeuse de fêter le premier anniversaire de notre belle révolution!


(*)Citoyenne tunisienne




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com