Vu en France : Libye : les ambiguïtés arabes





L’attitude de la Ligue arabe, de l’Union africaine ainsi que les commentaires d’une partie de la presse du monde arabe ont de quoi troubler les opinions occidentales…
De notre correspondant permanent, François Bécet
Il y a une semaine encore, une partie de la presse des pays arabes critiquait les pays occidentaux qui ne se précipitaient pas au secours des insurgés libyens qui payaient de leur sang leur quête de liberté. Nous étions, nous Occidentaux, accusés de soutenir les dictateurs qui nous fournissaient du pétrole. L’Europe et l’Amérique répondaient qu’ils appelaient au départ de Kadhafi qui avait perdu sa légitimité, qu’ils prenaient des sanctions économiques et politiques. Insuffisant, car sur le terrain, l’armée et les mercenaires du colonel poursuivaient leur avancée mortelle vers Benghazi. Les opinions occidentales étaient partagées entre la nécessaire assistance à des personnes en lutte contre la dictature et le sentiment que c’était d’abord aux pays «frères» de réagir, de secourir. Le souvenir de l’Irak, le présent de l’Afghanistan…
Avant de s’engager, les Occidentaux voulaient au moins une approbation de la Ligue arabe qui tardait à se décider. Malgré quelques voix contre, la Ligue arabe ouvrait la porte à une résolution du Conseil de sécurité. Une décision remarquable saluée à Paris comme à Washington. Aussitôt la 1973 votée, la France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis l’appliquaient, empêchaient Kadhafi d’écraser Benghazi. Et le secrétaire général de la Ligue, l’Egyptien Amr Moussa faisait marche-arrière et refusait les bombardements, ne voulant que la zone d’exclusion…
Celui qui devrait briguer la présidence au Caire ne veut pas qu’on le soupçonne d’être trop lié aux Occidentaux, il sait que l’opinion reprochait à Moubarak d’être une marionnette de Washington. L’intérêt personnel avant l’intérêt du monde arabe, avant la liberté?... Même si l’Egyptien est quelque peu revenu à une meilleure acceptation de la résolution onusienne, on ne peut que constater l’ambiguïté des positions du monde arabe. Ambiguïté ou hypocrisie? Il n’est pas besoin d’être un grand stratège pour savoir que pour établir une zone d’exclusion aérienne, il faut d’abord détruire les moyens de communication et les défenses antiaériennes. Et la 1973 insiste sur la protection des civils. Serait-elle assurée si on laissait les blindés avancer, les troupes au sol massacrer?
Toujours le pétrole
L’Union africaine, qui dénonce l’intervention, exige une solution pacifique et se réunira dans quelques jours, n’affiche-t-elle pas une impuissance coupable, elle qui laisse la Côte d’Ivoire s’enfoncer dans le pire des chaos?
Cette hypocrisie, ces relents d’anti-impérialisme, ces accusations d’invasion ou de croisade ont de quoi faire réfléchir aux Etats-Unis, en Europe et notamment dans une France qui se divise sur l’immigration, la place de l’Islam et où le Front national progresse.
Si la coalition est tiraillée, les gouvernements arabes sont également mal à l’aise et la presse traduit cette gêne en prenant des positions très tranchées. Un exemple : si l’Algérie appelle «une nouvelle fois à la cessation immédiate des hostilités et des interventions étrangères et ce afin d’épargner la vie de nos frères libyens», le journal Le Soir écrit le contraire et se demande s’il fallait «attendre en silence que le dernier habitant de Benghazi soit exposé aux missiles ou au gaz».
En Tunisie où la solidarité et l’aide aux réfugiés libyens est exceptionnelle, la presse se divise. Al Chourouk estime que l’intervention des Occidentaux «va souiller la bataille du peuple libyen contre la junte corrompue». Sur la même ligne, Assabah explique leur action par «leur appétit pour le pétrole libyen». On n’y va pas, c’est à cause du pétrole, on y va, c’est toujours à cause du pétrole… La Chine qui condamne l’intervention ne lorgne-t-elle pas sur ce pétrole?
Heureusement, certains éditorialistes, dont Lotfi Touati de votre Quotidien, ont une vision plus exacte de la situation, des crimes de Kadhafi et de la «priorité absolue» de la protection de la population civile.
Cela dit, une question cruciale demeure: serait-il possible de se contenter d’un cessez-le-feu qui laisserait le colonel meurtrier au pouvoir?


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com