Vue en France : Les cantonales et la stratégie de Sarkozy





Le président pense avant tout à 2012 et à la manière de reconquérir les électeurs qui sont passés au FN. Ce qui explique son «ni-ni». 
 De notre correspondant permanent, François Bécet
Pas sûr que Nicolas Sarkozy ait été surpris et gêné par le résultat désastreux pour l’UMP du premier tour des cantonales. Parce que, pour lui, son désamour avec les électeurs est dû beaucoup plus à la crise et à ses effets qu’à sa personne et à sa politique. Et parce qu’il a déjà arrêté sa stratégie pour 2012. Persuadé que l’élec­tion présidentielle se jouera à droite, il veut redonner tout son sens au clivage gauche-droite et ne pas désespérer les Français qui ont porté leurs suffrages sur le Front national.
En décrétant le «ni-ni», pas d’alliance avec le FN, pas de front républicain, le président qui a remonté les bretelles de son Premier ministre qui avait exprimé une position plus favorable en faveur du vote pour la gauche, sait parfaitement où il va. Le «ni-ni» équivaut à une autorisation donnée aux électeurs de droite de choisir le candidat de l’extrême droite. Ce faisant, Sarkozy tente un pari, qu’il pense gagner en 2012: en montrant qu’il comprend le mécontentement d’électeurs qui l’avaient élu en 2007, en refusant de les condamner et donc de diaboliser le parti des Le Pen, comme l’avait fait Jacques Chirac, il pense qu’à l’issue de la campagne présidentielle, il les ramènera vers lui après leur avoir démontré que les propositions frontistes n’étaient pas bonnes pour le pays.
C’est pour cela qu’il a lancé, énervé, à Nathalie Kosciusko-Morizet, qui a annoncé son intention de voter pour le PS dimanche, que «les arguments de fonds sont plus importants que les postures politiques». Pour le président, il importe d’abord de montrer que l’UMP, ce n’est pas le PS, que l’UMPS chère au FN n’existe pas.
Le chef de l’exécutif est conforté dans son analyse par un sondage de l’Ifop qui indique que 77% des sympathisants du mouvement populaire sont d’accord avec son «ni-ni» et que l’électorat populaire l’approuve au contraire des membres des professions libérales et des cadres supé­rieurs. Le président est également convaincu que le PS, sans candidat et sans programme, ne profite pas de la baisse de l’UMP – les résultats le confir­ment— et que la gauche ne pourra donc pas l’inquiéter dès lors qu’il aura récupéré ses brebis parties brouter sur les terres frontistes.
Le PS n’a évidemment pas la même analyse. Il constate qu’il est largement devant l’UMP et que les réflexes d’union jouent pleinement pour le second tour: même si des désaccords n’ont pu être surmontés avec les Verts, Mélenchon, le grognon de gauche, a appelé aux désis­tements en faveur du PS. Espoir donc conforté pour 2012. Et les socialistes enfoncent le clou. Pour François Hollande, «désormais la page de Sarkozy est fermée (…) nous sommes dans une fin de règne». Le strauss-kahnien Jean-Christophe Cam­badélis voit «une crise de régime qui af­fleure».
Tout cela n’est bien sûr pas figé et les résultats de dimanche peuvent encore faire bouger les lignes, modifier les choix. En effet, comment vont réagir les élus et militants du Mouvement populaire en cas de sévère amplification de la défaite?




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com