Le nuage radioactif Fukushima survole l’Europe : Tunisie: la météo rassure





Le nuage radioactif lié à l’accident nucléaire au Japon est arrivé en Europe mercredi dernier. Il a survolé la France. Quelle sera sa prochaine «escale»? Sommes-nous menacés? Le point.
Mercredi dernier, le nuage radioactif Fukushima a «rendu visite» à l’Europe. Toutefois, une «très faible» radioactivité a été mesurée en Suède. Elle aurait atteint un taux maximum de 0,3 milli becquerel. Un taux, paraît-il, négligeable et sans aucun danger ! De son côté, la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (Criirad), en France, a assuré que les risques de retombées radioactives du nuage de Fukushima sont, a priori, « négligeables » en métropole.
Compte tenu de notre emplacement proche de l’Europe et de la France, il est totalement légitime de se poser des questions quant aux risques de voir ce nuage survoler notre territoire! Pour avoir des réponses tranchantes sur la question, «Le Quotidien» a contacté la météo Tunisie. Un responsable a adopté un ton très rassurant. «La Tunisie n’est, en aucun cas, menacée par ce nuage. Nous sommes en contact permanent avec les centres internationaux de météorologie et je peux confirmer que le problème ne se pose même pas pour nous. D’ailleurs, les Français eux-mêmes ne sont pas inquiétés». A notre demande, notre interlocuteur a même refusé de nous révéler son identité. Tout ce que l’on sait, c’est que le standard nous a orientés vers le poste 2010. Et Monsieur d’ajouter: «A quoi bon vous révéler mon identité, si l’on a remarqué la moindre anomalie, on aurait pris l’initiative de contacter les médias, notamment le journal «Le Quotidien». Je pense que le sujet ne mérite même pas qu’on en parle dans la presse!»
C’est donc à peine si on arrive à tirer quelques vers du nez ! Mais doit-on se fier à ces propos rassurants et dormir sur nos lauriers? Doit-on croire qu’en dépit de son passage sur Monaco, ce nuage bourré de radioactivité demeurera inoffensif, «freinerait-il» à nos frontières?! Où est-ce que ce nuage ou panache aurait un «cerveau» qui lui ordonnerait de rebrousser chemin avant de survoler la Tunisie?!  En tout cas, comme le dit le dicton, «il vaut mieux prévenir que guérir» ! Donc, s’il y a le moindre risque, les Tunisiens ont le droit d’être informés. Ne serait-ce qu’à titre préventif.
Certes, le rôle des médias n’est nullement celui de diaboliser et de semer la panique, mais il vaut mieux se tenir aux aguets…juste au cas où …!
Les retombées d’une explosion nucléaire sont loin d’être un problème minime sans conséquences ! Il s’agit d’une véritable menace sur la santé. D’ailleurs l’on parle aussi de contamination de poissons et d’êtres humains qui ont été de passage au Japon… Mais positivons, après tout, pas de nouvelles, bonnes nouvelles ! L’on souhaite vivement que la Tunisie soit épargnée ! Mais, franchement, on ne peut pas se défaire de l’impression du déjà vu…
En effet, il y a plus de trente ans déjà, la France a opté pour un message officiel rassurant en ce qui concerne la catastrophe de Tchernobyl. Ensuite une grande polémique a éclaté et certains ont été tenus pour responsables de désinformation concernant cette affaire !
Aujourd’hui encore, plusieurs controverses tournent autour des retombées de la catastrophe de Tchernobyl sur la France. Jusqu’à présent des recherches sont en cours. Certains adultes  atteints aujourd’hui de cancer de thyroïde et étant enfants en 1986 ont porté plainte pour la désinformation quant aux conséquences de la radioactivité de Tchernobyl ! En parallèle, la France maintient aujourd’hui encore le même discours rassurant quant au nuage Fukushima !
Tchernobyl, flash-back
Le 30 avril 1986 dans un bulletin météorologique d’Antenne 2, l’on dit que la France est protégée du «nuage».  Une polémique s’ensuit, souvent résumée par «le nuage s’est arrêté à la frontière». Le journal «Libération» affirme que «les pouvoirs publics ont menti en France» et que «Le professeur Pellerin a fait l’aveu». Par la suite, le professeur Pellerin porte plainte pour diffamation contre différents médias qui ont affirmé que le Pr. Pellerin avait déclaré que «le nuage de Tchernobyl s’est arrêté à la frontière française». N’ayant jamais prononcé cette phrase, le Pr Pellerin a gagné tous les procès en première instance, en appel et en cassation.
L’on souhaite que la Tunisie soit vraiment épargnée ! Et l’on espère également que les autorités compétentes informeront immédiatement les médias si l’on remarque le moindre soupçon d’un éventuel danger !

Abir C.


Le Directeur général du CNSTN : «Le rayonnement de Fukushima est trop diffus pour nuire»
Organisme officiel, le Centre national des sciences et technologies nucléaires suit de très près l’évolution du dossier Fukushima, 2e plus grave accident de l’histoire du nucléaire après Tchernobyl. Le professeur atomiste Mourad Telmini, directeur général du Centre, fait le point pour « Le Quotidien ».
Que s’est-il réellement passé à Fukushima ?
Toutes les données à caractère purement scientifique nous parviennent directement au Centre au fur et à mesure de l’évolution de la situation de la centrale atomique de Fukushima, au Japon et tout autour. C’est à travers l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) que les rapports nous parviennent et non pas autrement. Cette instance comprend, à Vienne aussi, un centre spécialisé dans les situations de crise qui s’appelle Incident and Emergency Centre (IEC). Le premier de ces rapports date du 11 mars à 19h45, et le dernier en date est du 24 mars (date de l’interview de M. Telmini, NDLT) à 6h30 du matin. Ce rapport comprend 13 pages de mesures techniques de tous les réacteurs de la centrale; température, pression, fuites et tous les autres détails.
En réalité, l’incident est circonscrit et il n’y a pas eu de catastrophe. Le public doit savoir que Fukushima ne pouvait pas être comme Tree Mile Island (1976) ou Tchernobyl qui a explosé (7 sur l’échelle d’INES -International Nuclear Event Scale, graduée sur 7) en pleine activité. Nous avons pu en tirer les enseignements. Fukushima, lui, s’est arrêté à 5; c’est un arrêt automatique ainsi programmé dans le cas d’une secousse tellurique et en une seconde, sa productivité s’est abaissée à seulement 5%. Le problème était dans le refroidissement des circuits, car après 10 mn du tsunami le système a été endommagé et le tout est devenu sous pression. Il y a eu explosions dans les réacteurs 1 puis 2 suite à des réactions d’hydrogène produit avec l’oxygène environnant mais l’essentiel étant qu’aucun réacteur n’a fusionné. Le professionnalisme des Japonais leur a permis de bien gérer la crise et aujourd’hui, il ne reste que très peu de radioactivité sur le site… Mieux, à part quelques techniciens irradiés mais sans danger, il n’y a eu aucune mort d’homme.
Mais l’opinion craint toujours l’imminence d’un nuage contaminé…
Il y a des protocoles internationaux qui traitent de la diffusion de la radioactivité dans l’atmosphère. Après l’accident de Fukushima, les stations du monde entier n’arrivent pas à mesurer de seuils anormaux, tellement cette radioactivité est faible. Il y a réellement un problème lexical, sémantique à propos de ce soi-disant « nuage » ; la réalité est beaucoup plus simple : des particules extrêmement faibles en dessous des seuils de détectabilité ; autant dire un fût de pétrole dans un océan !
La Tunisie projette de construire une centrale nucléaire, y a-t-il des risques ?
Le CNSTN avec la STEG ont été chargés de mener l’étude de faisabilité du projet, la décision devrait être prise fin 2011, mais la conjoncture ne s’y prêtant pas, ce serait probablement ajourné à 2013. Après la Révolution, plus d’opportunités seront sûrement données au débat politique au sein de la société.

Propos recueillis par : Mounir BOUDALI


Craignez-vous d’éventuelles répercussions du nuage radioactif sur la Tunisie?
Rachid Yakoubi (Employé) : «Pour renoncer au programme nucléaire en Tunisie»
«Il y a une grande peur du risque simultané que la pluie tombe en même temps avec l’arrivée du nuage radioactif. C’est un scénario catastrophe: il y a le risque que notre agriculture soit contaminée par la radioactivité. Ce problème survenu au Japon est un argument de plus pour que l’Etat renonce au programme d’implantation d’une centrale nucléaire en Tunisie. Les risques de ce genre de centrales même très sécurisées sont plus importants que prévu. En plus, la Tunisie peut se passer de ce programme qui peut être remplacé par exemple par une centrale solaire».
Hamza Landolsi (Elève) : «La crédibilité est mise sur la sellette»
«On peut aborder la question de deux manières: il y a la crédibilité des experts d’un côté et les grands mensonges dans l’histoire des accidents nucléaires de l’autre. Actuellement, on ne peut pas savoir si les experts dans le domaine du nucléaire ont raison ou pas en minimisant les éventuels effets du nuage radioactif sur notre pays. Mais ce ton nous rappelle celui que les experts européens ont utilisé pour mentir à l’opinion publique lors de l’accident de Chernobyl. J’espère que nos experts auront raison cette fois et que le nuage radioactif n’aura pas l’effet d’une bombe à retardement sur la santé humaine».
Imed Fattoumi (Professeur) : «La distance intervient»
«L’augmentation du taux de radioactivité ne peut être que négative sur la terre et la santé des hommes. Mais si on fait un raisonnement logique, le résultat sera minime. Il faut rester vigilant face à ce danger venu du ciel, même si la distance qui nous sépare du Japon intervient sur ses répercussions. Certains estiment que les produits de la mer seront affectés; or, pour la Tunisie je ne vois pas où sont les risques pour les consommateurs».

Ibrahim BOUGOTTAYA




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com