Vu en France : Croissance en hausse, moral entre deux eaux





La production redémarre et le premier trimestre sera bon, mais si le moral des industriels est à la hausse, celui des ménages replonge. La crainte d’une sévère inflation car les prix explosent.
De notre correspondant permanent, François Bécet
Malgré la flambée des matières premières et du pétrole, malgré les tensions géopolitiques dans le monde arabe, les signaux économiques sont plutôt bons quoique contradictoires. Côté positif, il faut noter que l’accélération de la croissance au quatrième trimestre 2010 (0,4%) se confirme, elle pourrait dépasser mes 0,7% au premier trimestre et atteindre les 0,9%, soit, se félicite Bercy, une croissance supérieure « à la moyenne de longue période ».
Autre bonne nouvelle : le moral des industriels a progressé de trois points par rapport au mois de février et se situe à son plus haut niveau depuis la fin de 2007. Les carnets de commandes se remplissent à nouveau et l’investissement industriel progresse. Si la production n’est pas encore revenue à ses niveaux d’avant la crise, l’écart se resserre. En enregistrant ces résultats prometteurs, la France s’inscrit dans la tendance mondiale.
L’optimisme doit cependant être tempéré car il reste bien des points noirs à éliminer avant que l’horizon s’éclaire:
- le niveau du chômage reste préoccupant. La baisse de 0,1 en février n’est pas significative et, si l’on observe une baisse du chômage des moins de 25 ans, on note une forte hausse du chômage des femmes et une progression du nombre de chômeurs seniors et de longue durée. De quoi s’inquiéter alors que l’âge de la retraite recule. Le président ne pourra sans doute pas gagner sa «bataille de l’emploi» avant 2012, d’autant que Pôle emploi supprime des postes (1800 cette année) et des agences (400).
- la progression du pouvoir d’achat s’est nettement ralentie en 2010, passant à 0,4% contre 0,8% en 2009. De nombreux Français ont puisé dans leurs économies pour financer leurs achats et le taux d’épargne, qui reste élevé à 15,6%, a baissé de 0,5%
- le moral des ménages a baissé de deux points en mars. Ils ont moins peur du chômage mais davantage de la montée de l’inflation. L’Insee constate que «leur opinion en matière d’inflation future s’élève fortement (+15 points) pour atteindre un niveau inobservé depuis juillet 1995».
Quand on voit l’avalanche de hausses qui ne cesse de tomber sur nos porte-monnaie, on comprend cette inquiétude. La quasi-totalité des produits alimentaires et non alimentaires va augmenter en moyenne de 2% dans les prochains jours, du fait de la flambée des matières premières. Certains produits connaîtront une hausse beaucoup plus forte: 20% pour la farine, 10 à 20% pour le café, 4 à 8% pour le beurre, 5 à 10%pour les pâtes alimentaires… Michel-Edouard Leclerc, patron des magasins du même nom, qui n’a pas participé aux négociations entre les distributeurs et les formateurs estime que la hausse moyenne sera en réalité de l’ordre de 3 à 3,5%. Et rien ne dit qu’une nouvelle vague de hausses ne frappera pas avant la fin de l’année.
Les Français font également face à la surchauffe de leurs factures énergétiques. Le prix des carburants a perdu quatre centimes en moyenne depuis une semaine, les tarifs d’EDF devraient exploser au cours des prochaines années, peut-être + 30% d’ici à 2015. C’est tout au moins ce que réclame le patron d’Electricité de France, Henri Proglio, pour, dit-il, ne pas «brader» son patrimoine et financer les investissements nécessaires. La libéralisation du marché de l’énergie va pénaliser sévèrement les consommateurs !
Eric Besson, le ministre de l’Industrie, a démenti toute hausse importante, assurant qu’il n’y aurait qu’une «légère augmentation». On a du mal à le croire.
Tout cela pousse la majorité des économistes à penser que l’embellie de la croissance au premier trimestre ne se maintiendra pas.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com