«Le Quotidien» à Ajdabiya : Une ville meurtrie… mais désormais libre





Des mouches à perte de vue dès l’entrée Est de la ville. Ajdabiya empeste l’odeur des cadavres décomposés et la chair brûlée. Une ville terrassée, meurtrie, mais désormais libre.
De notre envoyée spéciale à Ajdabiya, Fatma BEN DHAOU OUNAÏS
Journée ensoleillée à Benghazi… Pas vraiment l’idéal pour aller voir des cadavres décomposés. La veille, les insurgés ont fini par donner l’assaut contre les forces de Kadhafi à Ajdabiya les chassant de la ville. Une bataille remportée, célébrée comme une grande victoire par les révolutionnaires libyens qui avaient perdu, pendant plusieurs jours, le contrôle de cette ville stratégiquement importante, située à 160 km au sud de Benghazi.
Sur la route, les blindés détruits par les bombardements de «la coalition» sont toujours là en plein désert, et des dizaines d’ambulances afflûent à Benghazi, en provenance d’Ajdabiya, transportant les corps et les blessés.
Une heure et demie plus tard, on s’arrête devant une longue file de voitures.
Avec la reconquête d’Ajdabiya par les insurgés, des centaines de Libyens se sont précipités vers la ville, certains pour regagner leurs maisons qu’ils avaient fuies lors des violents affrontements, d’autres par simple curiosité. Devant l’entrée Est de la ville, c’est la fiesta. Des Libyens, en liesse, venus de Benghazi distribuent des boissons et des sucreries. Avec les tirs en l’air, les klaxons, et le déchaînement de cris, on ne pourrait pas se tromper: on est bien à l’entrée d’Ajdabiya.
L’odeur de la mort
Emportée par les scènes de liesse, c’est l’odeur nauséabonde qui me fait revenir à la réalité. «C’est l’odeur des cadavres décomposés… le matin, nous avons enterré des dizaines de corps, mais il en reste encore quelques-uns… Regarde par exemple de ce côté, là où il y a la foule. C’est le cadavre d’un mercenaire» me dit un insurgé fièrement perché sur ce qui reste d’un blindé des forces de Kadhafi, en montrant du doigt un rassemblement d’hommes à quelques dizaines de mètres. Il n’avait même pas besoin de m’indiquer l’endroit pour que j’y arrive. Pour trouver un cadavre à Ajdabiya, il suffit de bien «sniffer». Et de suivre les essaims de mouches. Je réussis à me frayer un chemin entre les dizaines de curieux, venus contempler la mort de près et je me trouve face à une tête dans un état de décomposition horriblement avancé. Pendant une fraction de seconde, je reste ébahie, mais je me rends compte, aussitôt, que je n’ai ni le temps d’être choquée, encore moins le temps de m’évanouir. Il faut prendre les clichés nécessaires et avancer. Des scènes comme celles-là, il y en a encore beaucoup.
Une ville fantôme
Plus loin, c’est un blindé encore en feu. Les bombardements de «la coalition» ont réduit les chars et les lance-missiles des forces de Kadhafi en grosses épaves. Les engins épargnés par les bombardements ont été délaissés par les miliciens du « colonel » avant leur retrait d’Ajdabiya. «Il n’y a même pas eu de combats acharnés. Alors que nous avancions, les forces de Kadhafi se retiraient petit à petit. Il y a eu juste quelques petits affrontements et quelques problèmes avec les snipers postés sur les toits des maisons. Au petit matin, la ville était totalement ratissée», me lance l’un des «chebab».
En fait, selon plusieurs sources, après le bombardement de la base de communication à Tripoli par l’aviation occidentale, les brigades de Kadhafi qui se trouvaient sur le front ont perdu le contact avec leur commandement et ont été privés de tout ravitaillement, ce qui les a contraints à se retirer sans grande résistance.
L’euphorie était telle pour les insurgés que Hamed El Hassi, porte-parole de «l’armée de la libération de la Libye», s’est déplacé en personne à Ajdabiya pour rendre hommage aux militants. El Hassi a eu droit à un bain de foule qu’il n’oubliera pas de sitôt.
Au centre-ville d’Ajdabiya, j’ai eu l’impression d’être dans une ville fantôme. Commerces fermés, maisons cloîtrées… seuls les insurgés en liesse et l’odeur de la mort rodent dans les rues de la ville. Devant l’hôpital El Mgaryeff, unique centre hospitalier dans la ville, des dizaines de Libyens consultent les interminables listes de blessés collées sur la façade du bâtiment. Chaque famille à Ajdabiya a offert un martyr à la révolution. La guerre est peut-être finie. Reste à panser les plaies


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com