Vu en France : La stratégie de Sarkozy en question





Au lendemain de la défaite, plusieurs voix à l’UMP demandent au président de changer de stratégie. Pour l’instant, Nicolas Sarkozy s’y refuse.
De notre correspondant permanent, François Bécet
Le PS gagne quelques départements mais ne triomphe pas car il perd 2% en voix par rapport à la vague rose de 2004, le FN confirme sa percée mais ne réussit pas son pari de gagner au moins dix sièges devant se contenter de deux élus, l’UMP chute lourdement mais se console en affirmant que «le recul de la majorité est moins important qu’annoncé». Ces données traduisent les résultats des cantonales mais l’essentiel n’est pas là, l’essentiel c’est que ce scrutin connaît un perdant, Nicolas Sarkozy dont la stratégie n’a pas fonctionné. Des électeurs de droite se sont encore éloignés de lui, la preuve la plus marquante est la défaire de son amie Isabelle Balkany dans son fief des Hauts-de- Seine, là où l’ex-ami Patrick Devedjian sauve son siège et où le «dissident» de Neuilly, Christophe Fromantin est élu.
Le discours officiel de la droite, mis au point à l’Elysée, consiste à dire que la défaite, si elle dénote «un profond malaise», «une colère populaire», ne peut être attribuée au programme du président mais à la crise mondiale qui a affecté sa mise en œuvre et dont on commence tout juste à sortir. Cette explication ne satisfait pas tout le monde. François Baroin, le protégé de Jacques Chirac rallié tardivement à Sarkozy a fait entendre sa différence et mis les pieds dans le plat en déclarant qu’il fallait «certainement mettre un terme à tous ces débats» sur l’Islam et la laïcité, «s’écarter de tout ce qui peut de près ou de loin donner l’impression de stigmatiser. La majorité doit «revenir sur des valeurs profondément républicaines». Cet avis semble plus ou moins partagé par Alain Juppé, Gérard Larcher, président du Sénat, Bernard Accoyer, président de l’Assemblée nationale ou Dominique Paillé, l’ancien porte-parole de l’UMP. Sur Europe 1, ce dernier a indiqué que «Nous sommes à l’UMP un certain nombre, notamment ceux qui appartiennent à la famille radicale et centriste, à avoir tiré la sonnette d’alarme. La politique de droitisation menée par le parti et la majorité ne correspond pas aux aspirations de nos concitoyens». Comme Baroin, il estime que leurs attentes sont concentrées sur l’emploi, le pouvoir d’achat, le logement et l’avenir des jeunes.
A l’Elysée, Nicolas Sarkozy, soutenu par Jean-François Copé, ne l’entend pas de cette oreille. Pas question, au moins pour l’instant de changer de stratégie. Hier matin, le président a mis en garde ces voix critiques: «Ceux qui mettent en cause la famille politique sont ceux qui ne se battent pas pour elle, et ceux qui voudraient mettre en cause l’unité de notre famille ne le feront pas avec notre complicité». Le président visait surtout Jean-Louis Borloo qui s’apprêterait à quitter l’UMP pour rassembler les centristes autour de sa personne. Un moment favorable à cette idée, Nicolas Sarkozy a changé d’avis en se persuadant que la présidentielle se jouerait à droite et qu’il aura besoin de toutes les voix de droite et du centre au premier tour. Sa stratégie reste donc de ramener au bercail les voix égarées du côté du FN. Pour faire mentir les sondages qui l’éliminent du second tour sauf si Ségolène Royal est la candidate du PS.
Cette fronde n’est pas totale, elle ne porte que sur la stratégie, l’orientation, le programme. Baroin comme Paillé soutiennent toujours que l’actuel président est le meilleur candidat possible pour 2012, qu’il sait affronter les campagnes électorales et se montrer rassembleur. Sans doute mais la lutte va continuer autour des thèmes de campagne pour changer une politique que 75% des Français jugent «mauvaise» selon un sondage BVA, ce qui constitue «un nouveau record d’impopularit黅
Les yaourts de Marine Le Pen
Au PS, on veut continuer sur la lancée, développer le programme et convaincre. Pour Martine Aubry, les Français «ont ouvert la voie du changement». Il ne faudrait pas que la bataille des primaires soit source de désunion. François Hollande, qui restera à la tête de la Corrèze, devrait faire acte de candidature dans les prochains jours. Et Martine Aubry, qui répète qu’elle ne sera pas candidate si DSK se présente, recevoir le soutien d’une cinquantaine de députés.
Marine Le Pen voit son parti «s’installer durablement dans la vie politique» et conteste que le vote en sa faveur soit un «vote de désarroi». Pour elle, c’est de plus en plus un «vote d’adhésion» qui va lui permettre de rassembler lors des prochains scrutins — législatives et présidentielle – «des gens de gauche, de droite et des patriotes». Elle se déclare prête à abandonner l’étiquette FN: «Le rassemblement portera un nom de rassemblement. Le plus important, ce n’est pas la forme du pot de yaourt mais ce qu’il y a dedans».


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com