Salem Kawakbi au «Quotidien» : «L’intervention militaire en Libye était nécessaire»





L’impact des révolutions arabes sur le monde arabe et le Proche-Orient ainsi que l’intervention militaire contre Kadhafi étaient au cœur de l’entretien accordé par le politologue syrien Salem Kawakbi au "Quotidien".
Quelles seront les conséquences des révolutions arabes sur le conflit israélo-palestinien?
Je préfère parler du conflit arabo-israélien parce que je considère qu’il reste à l’ordre du jour, même si certains pays arabes ont déjà signé des accords avec Israël. On a bien constaté qu’Israël était très soucieux à propos des derniers développements de la situation au Proche-Orient. Il a même exercé des pressions sur l’administration américaine pour l’inciter à ne pas aller jusqu’au bout dans le changement à la tête du pouvoir en Egypte. Il y avait des rumeurs qui ont été rapportées par la presse israélienne sur des aides israéliennes à Kadhafi via son fils pour qu’il se maintienne au pouvoir.
La question qui se pose est de savoir bien évidemment ce qui motive la crainte des Israéliens
Les propos d’un historien israélien donnent un élément de réponse à cette interrogation. Il a dit en effet que l’Etat hébreu ne sera plus l’îlot de la démocratie dans la région mais il sera l’îlot de la barbarie. On sait bien qu’Israël est dirigé par une majorité d’extrême droite qui a exprimé son inquiétude vis-à-vis de ce qui se passe dans les pays arabes, notamment en Egypte, étant donné les accords de paix et la question de Rafah où le régime de Moubarak jouait le rôle de policier pour les Israéliens.
Quelles répercussions auront ces changements sur les pays arabes?
Les révolutions arabes auront, certainement, des répercussions sur les pays arabes dits « de refus » comme la Syrie qui a maintenu sa population sous une chape de plomb durant des décennies en raison de l’état de guerre avec Israël. Chaque fois qu’il y avait des revendications démocratiques ou sociales, le régime syrien l’avortait au berceau sous prétexte de ce conflit.
Les révolutions qui ont eu lieu en Tunisie et en Egypte ont démontré qu’il valait mieux être démocrate pour faire face à l’ennemi israélien.
Les dirigeants syriens ont commencé à bouger dernièrement parce qu’ils avaient conscience que le fait de maintenir l’état d’urgence au pays pendant quarante-huit ans sous prétexte d’un conflit, qui n’a rien donné, est inconcevable.
Ces changements serviront-ils la cause palestinienne?
L’autorité palestinienne s'est rendu compte que le peuple palestinien a son mot à dire. C’est pourquoi Mahmoud Abbas a décidé d’aller rencontrer les dirigeants du Hamas à Gaza pour éviter un soulèvement populaire.
D’autre part, le président américain Obama aura, aujourd’hui, des arguments forts à sa disposition pour dire aux Israéliens qu’il ne peut plus leur trouver des excuses pour justifier leurs actes car la rue arabe a son mot à dire et il faut qu’Israël revoie ses politiques et ses stratégies dans la région. ?a n’empêche que la situation reste très critique à Gaza car les dirigeants du Hamas, à mon avis, gèrent très mal la situation et le mouvement est devenu très impopulaire chez les Gazaouis.
Quel avenir pour la ligue arabe après ces révolutions?
La ligue arabe est, pour moi, une coquille vide. Elle a appelé à soutenir la résolution de l’ONU pour protéger le peuple libyen et le lendemain, Amr Moussa, qui veut se présenter aux élections présidentielles en Egypte, a dénoncé l’opération militaire de la coalition. L’avenir de la Ligue arabe n’est pas encore clair. Nous avons, maintenant, seulement deux ou trois régimes qui représentent véritablement leur peuple.
Que pensez-vous de l’intervention militaire contre le régime libyen ?
C’est malheureux de le dire, mais l’intervention militaire en Libye était nécessaire et je trouve du mal à comprendre ceux qui s’interrogent sur le recours à une intervention militaire contre le régime de Kadhafi en faisant référence au silence de la communauté internationale pendant l’offensive israélienne contre la Bande de Gaza en 2008. Je trouve que c’est un faux débat car ne pas intervenir à Gaza ne veut guère dire laisser les Libyens seuls sous les bombes de Kadhafi. S’il y avait d’autres solutions qui pouvaient protéger les civils libyens, je serais au premier rang contre une intervention militaire comme je l’avais fait pendant l’invasion américaine de l’Irak.
Au cas où Kadhafi résisterait à cette opération militaire, quel sera l’impact sur la région?
Khadafi n’est pas fou, au contraire il a été très servi par cette accusation de folie et par les médias occidentaux. Il a préféré apparaître sur des chaînes télévisées occidentales pour s’adresser à l’opinion publique européenne qui semble peu informée sur la situation en Libye.
Kadhafi a parlé d’Al Qaida, de l’immigration clandestine et du trafic de drogue qui sont des sujets qui inquiètent les Européens moyens qui n’ont pas une connaissance approfondie. Il a même gagné des sympathisants en Europe. En plus, l’accuser de folie donne une légitimité à ses actes.
Tout le monde se souvient du discours de Kadhafi au lendemain de la chute du régime de Ben Ali où il a presque insulté le peuple tunisien. En cas où il se maintenait au pouvoir après cette tourmente, il sera capable de tout faire pour se venger de la Tunisie qui représente pour lui l’étincelle de la révolte des Libyens.
Peut-on parler d’une révolution syrienne, après les dernières manifestations à Deraa?
La situation en Syrie est plus complexe qu’ailleurs. Tout développement de la situation actuelle à Deraa risque d’être plus violent et moins accepté par la majorité de la population syrienne qui se méfie beaucoup des conflits ethniques.


Propos recueillis par  Jalel HAMROUNI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com