La petite guerre Copé-Fillon





La défaite aux cantonales et le débat sur l’islam ont, une nouvelle fois, envenimé les relations entre les deux hommes. On parle d’apaisement mais un clash n’est pas à exclure entre le patron de l’UMP et le Premier ministre.
De notre correspondant permanent, François Bécet
Qu’est-ce qui est le plus important, le débat sur la laïcité et l’Islam ou l’augmentation de 20% du prix du gaz en un an? Jean-Louis Borloo, sans poser directement la question, y répond clairement affirmant que la hausse est «inacceptable» et que «c’est sur des sujets comme ça sur lesquels il faut que le chef du gouvernement reprenne la main et amplifie son action». Toujours la droitisation de l’UMP, cette stratégie de l’UMP qui divise le mouvement populaire.
C’est dans ce contexte et au lendemain d’un désaveu sans appel des Français que le débat sur l’islam refait parler de lui et exacerbe la rivalité entre Jean-François Copé et François Fillon, deux hommes qui ne se sont jamais beaucoup appréciés. Lundi soir, sur Canal+, le patron de l’UMP ne s’est pas fait prier pour critiquer le Premier ministre à propos du débat sur la laïcité ou sur l’islam, il lui a reproché sa «posture» et de ne pas «jouer collectif».
Hier matin, l’explication a été houleuse en présence de Nicolas Sarkozy lors du petit déjeuner du mardi de la majorité à l’Elysée. François Fillon a estimé qu’il n’est «pas possible d’exposer ses différends avec le Premier ministre ainsi à la télévision» et que «le parti doit soutenir l’action du gouvernement et le Premier ministre». Jean-François Copé a maintenu ses propos, regrettant seulement qu’ils aient «paru excessifs». Et il a poursuivi : «J’ai souhaité mettre les pieds dans le plat. Un lendemain d’élection, c’est le moment de se dire des choses. Avec Fillon, on s’est dit les choses, l’heure est maintenant à l’apaisement». Pour combien de temps?
Selon les participants à ce petit déjeuner, le président n’a pris parti ni pour l’un ni pour l’autre. Mais il reste sur la même ligne, c’est-à-dire la droitisation, le débat sur les thèmes majeurs du Front national. Les amis du Premier ministre ne sont pas prêts à oublier : dénonçant «un coup de poignard dans le dos», le député Etienne Pinte a réclamé la démission de Copé avant qu’il ne soit «le fossoyeur de l’UMP».
Alain Juppé a mis en garde contre les divisions : «Les cantonales, ce n’est pas la bérézina mais c’est un signal : ou on se rassemble ou on se suicide». Pour le porte-parole de République solidaire, le parti de Dominique de Villepin, la seconde hypothèse est la bonne: «L’UMP est morte» a-t-il déclaré. Un avis de décès partagé par le socialiste Jean-Christophe Cambadélis : «Ils sont dans la décomposition».
Ce n’est pas la première fois que Fillon et Copé petit-déjeunent ou déjeunent ensemble pour aplanir des différends… jusqu’à la prochaine dispute. Ils se sont affrontés sur les questions de sécurité, les expulsions de Roms, le débat sur les 35 heures, le statut de la fonction publique, la hausse de la TVA, sujets mis en avant par Copé et ses amis.
Le patron de l’UMP, qui trouve le Premier ministre irritable et suffisant, se vante d’avoir l’appui du président: «Sarkozy veut un parti qui débatte. J’ai l’aval total du président pour lancer des débats». Pourtant Copé et Sarkozy ne s’aiment guère au fond, mais ils ont besoin l’un de l’autre. Copé vise la présidence en 2017 et pour cela il a besoin de se constituer des réseaux, d’avoir le parti avec lui. En échange de la direction de l’UMP, il s’est engagé à rouler loyalement pour Sarkozy, à l’aider à se faire réélire. Des intérêts communs… Estimé par les députés, relativement populaire auprès des Français, Fillon est donc un rival à éliminer. D’où les incidents…
Un jour ou l’autre, il faudra bien que le président s’en mêle…


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com