«Le Quotidien» rend visite aux prisonniers de guerre capturés par les insurgés libyens : Argent, drogue et désillusion





Ce sont les soldats de Mouammar… Militaires, membres des brigades sécuritaires, mercenaires, ils étaient payés pour massacrer les Libyens. Pourtant, certains d’entre eux disent qu’ils croyaient servir la patrie ! Tombés entre les mains des insurgés, ils se confient… à moitié.
De notre envoyée spéciale à Benghazi, Fatma BEN DHAOU OUNAÏS
Regard vide, traits fatigués, mine soucieuse… son nom est Ali Mohamed, il est originaire du Tchad et «jouit» de la nationalité libyenne depuis 4 ans.
Quand il entre dans la grande salle dans cette ancienne prison pour mineurs, transformée en centre de détention pour les combattants kadhafistes capturés par les insurgés, il a l’air tellement effondré qu’il n’arrive même pas à lever la tête en avançant.
Avec ses mules en plastique et sa maigre silhouette, il n’a rien d’un combattant. Pourtant c’en était bien un, selon ses propres dires. «On m’a donné la nationalité libyenne et embrigadé depuis 4 ans. J’ai eu droit à plusieurs avantages dont une voiture et un salaire mensuel de dix mille dollars» avoue-t-il. Dix mille dollars par mois… ce montant est une aberration en soi, dans un pays où certains ne touchent pas plus de 100 dinars (70 dollars) pour tout salaire mensuel.
Ali a été capturé dans les alentours de la ville d’Ajdabiya, il y a quelques jours. Avant de commencer sa mission, il a reçu des ordres bien précis. «On nous a dit de tirer sur tout ce qui bouge dans les quartiers résidentiels… nous étions payés pour tuer et violer. On nous a même fourni du Viagra, de l’alcool et des stupéfiants», affirme-t-il d’une voix presque inaudible, comme quelqu’un qui ne veut même pas entendre ce qu’il dit.
Un sniper haut gradé
A côté de Ali, un homme d’une soixantaine d’années cache mal sa peur. Lui, c’est un Libyen… un vrai. Il s’appelle Mohamed Alaeddine Hnich, ingénieur spécialisé dans le déminage, promu au rang de général au sein de l’armée libyenne. Et c’est un des «Kadhedhfa», la tribu de Mouammar. Hnich a été arrêté par les insurgés à l’entrée ouest de Benghazi, le fameux samedi où les forces de Kadhafi avaient essayé d’investir la ville. Il affirme qu’on l’a envoyé détecter d’éventuels champs de mines à Benghazi, pour préparer le terrain aux soldats du «guide». Il affirme aussi qu’il n’était pas concerné par les tueries, qu’il n’avait même pas d’arme et que son rôle se limitait à déminer la ville. Pourtant tout le monde à Benghazi connaît l’histoire de l’arrestation de ce général, vidéo à l’appui. Hnich a, effectivement, été arrêté à l’entrée ouest de Benghazi. Il était perché sur un arbre et avait une arme. Tout porte à dire qu’il ne faisait pas que détecter des mines. Se mettre sur un arbre avec une arme, il n’y a que les snipers qui font ceci.
Regrette-t-il d’avoir eu un rôle, direct ou indirect, dans tous ces massacres en Libye? A l’entendre parler, on n’arrive même pas à en être sûr. Seule une chose est certaine : cet homme enveloppé d’une tenue militaire a la trouille. C’est une évidence.
Vérité et mensonges
Des militaires comme le général Hnich, il y en a beaucoup — quoique de simples soldats — dans ce centre de détention extrêmement surveillé par les insurgés, qui prennent le soin de déplacer les prisonniers d’un endroit à un autre, pour qu’on ne réussisse pas à les aider à fuir.
Mansour Mohamed Ali, un réserviste, a été arrêté à Ras Lanouf. Il jure que ses supérieurs lui avaient affirmé que la Libye fait face à des mercenaires à la solde de forces étrangères voulant détruire le pays. «Je me suis rendu compte par la suite que c’était complètement faux, mais c’était trop tard», dit-il. Cette histoire de soldats induits en erreur, qui n’ont jamais entendu parler d’une révolution populaire en Libye et qui croyaient servir la patrie, est constamment relatée par les Kadhafistes arrêtés par les insurgés. Intox ou info? Un peu les deux. Contrairement aux mercenaires et aux membres de brigades sécuritaires, les militaires ont eu droit à une explication avant d’être poussés sur la ligne de front. On leur a dit qu’ils faisaient échouer un complot étranger, mais ils ne pouvaient pas être aussi bornés pour croire à une telle histoire. En choisissant d’y croire, ils arrivaient peut-être à se sentir moins coupables.
Adessalem, lui, s’est trouvé, à un moment donné, incapable de croire à une histoire pareille.
Il dit s’être rendu volontairement aux insurgés, à Ras Lanouf, au moment où il a découvert qu’il ne faisait que tirer sur des femmes et des enfants sans défense. «Je ne pouvais plus continuer… c’était au-delà de mes forces», affirme-t-il.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com