Un blessé de la bataille de Zenten soigné en Tunisie : «Grâce aux guet-apens, nous avons récupéré de l’armement lourd»





Plusieurs blessés libyens sont actuellement soignés dans des établissements sanitaires en Tunisie. L’un d’eux, venant de subir la veille une intervention chirurgicale, a raconté au Quotidien les péripéties de la bataille de Zenten qui s’est prolongée plus d’une semaine.
Si vous nous parliez un peu de vous et des raisons de votre ralliement à la révolution.
Je suis originaire de Zenten. Je suis âgé de 44 ans. J’ai servi jusqu’en 1995 dans l’armée régulière. J’ai combattu même au Tchad. J’ai rallié la révolution en réaction aux atrocités commises par les sbires de Gueddafi contre la population civile de Benghazi.
Pourquoi la bataille de Zenten a-t-elle eu autant d’échos en dehors de la Libye?
Il faut d’abord comprendre les spécificités humaines et géographiques de la ville de Zenten qui se trouve sur la table du Djebel Nefoussa à 160 kilomètres au Sud de Tripoli et à deux cents kilomètres du poste frontalier de Dh’hiba. Pour ce qui est de la composition de sa population de 30.000 habitants, elle compte près de 4.000 réservistes de l’armée ayant servi même au Tchad comme moi. Une bonne partie a rallié la rébellion et sait manier les armes. Nous comptons près de deux mille hommes dans nos rangs. Certains possèdent même de l’armement léger. Les troupes de Gueddafi ont encerclé la ville des quatre côtés et la bataille a commencé à la fin de février. Elle se prolonge depuis cette date. Au départ, les combattants n’avaient que des kalachnikovs et des fusils anciens et essayaient de tendre des guet-apens aux soldats réguliers afin de récupérer de l’armement. Les hommes de la révolution ont gagné toutes leurs batailles contre l’armée de Gueddafi. La notoriété de la bataille de Zenten vient du fait qu’il s’agit d’une véritable bataille où les deux parties ont utilisé de l’armement lourd.
Et comment avez-vous obtenu cet armement lourd?
Comme je l’ai dit, les troupes de Gueddafi laissent derrière elles tout leur matériel lourd en se repliant. Lors de la bataille du lundi 14 mars au Sud de Zenten où j’ai été blessé, nous avons récupéré trois chars et en avons détruit deux. Nous avons également récupéré des lance-missiles Graad et des mitrailleuses lourdes ‘quatorze et demi’ en plus d’une quantité de munitions. Par ailleurs, j’ai été blessé alors que je maniais une mitrailleuse lourde.
Il y a donc eu beaucoup de morts des deux côtés!
Oui, nous avons perdu treize hommes. Les troupes de Gueddafi ont perdu une vingtaine de soldats au moins. Mais je tiens à signaler que nous avions cherché à éviter cette effusion de sang en envoyant une mission de négociateurs pour demander à cette unité de s’éloigner du verger que les soldats cherchaient à occuper à dix kilomètres au Sud de la ville. Comme l’unité de Gueddafi a refusé de se replier, nous avons réussi à les éloigner à des dizaines de kilomètres.
Comment se présente la situation humanitaire dans cette région du Sud-Ouest et sur le Djebel Nefoussa ?
La situation humanitaire est difficile partout en Libye. Elle l’est davantage à Zenten et les autres villes révoltées du Djebel Nefoussa comme Kikla ou Nalout, car les troupes de Gueddafi ne permettent plus aux réseaux d’approvisionnement alimentaire de passer. Pour ce qui est des blessés, nous ne pouvons pas les diriger vers l’hôpital de la ville voisine de Guériane, encore sous le contrôle des pro-Gueddafi. Il y a des risques que les mercenaires achèvent les blessés. Nous sommes donc obligés d’aller vers les villes proches de la frontière tunisienne. Mais elles ont des moyens limités. Le corps médical local fait ce qu’il peut. Pour moi, on m’a fait des points de suture mais ma situation s’est compliquée. J’avais des éclats d’obus dans l’abdomen et le corps médical ne pouvait m’opérer. Ils ont donc décidé de m’envoyer en Tunisie.
Qui décide du transfert des blessés en Tunisie?
Le corps soignant préfère bien sûr les transférer en Tunisie mais ce n’est pas toujours possible. J’ai été blessé le lundi 14 mars et je n’ai été exfiltré que le jeudi 24 mars. Deux autres blessés étaient avec moi dans le même convoi. L’un d’eux est de Zenten, une balle lui a fracturé l’avant-bras. L’autre, de Kikla, a reçu une balle dans la jambe gauche. Il va de soi que le convoi formé d’une ambulance et d’une voiture n’est pas passé par la frontière. Il a dû emprunter les voies des passeurs clandestins. Il faut en plus utiliser une autre voiture pour faire l’éclaireur et nous renseigner si le parcours est sécurisé. Une fois arrivée en Tunisie, l’ambulance est chargée de médicaments et de produits alimentaires.
Est-ce que vous comptez revenir prochainement en Libye ?
Oui, il suffit que je me rétablisse pour que je revienne en Libye. J’ai hâte de retrouver mes compagnons d’armes. Je veux vivre ces moments historiques inoubliables.

Interview conduite par Mourad SELLAMI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com