Témoignage prémonitoire sur la révolution : Ben Brik président (2)





Nous publions depuis mercredi 30 mars, et quotidiennement, le livre de Taoufik Ben Brik intitulé «Ben Brik président». C’est un ouvrage écrit en 2002 sous la dictature de Ben Ali et qui constitue un témoignage prémonitoire sur la révolution tunisienne.
On ne va pas voter pour un mendiant. Quand même! Relax, mon frère. J’ai bien compris. ?a se voit, ça s’entend, ça se sent même, non? J’ai vingt-quatre heures pour quitter la ville. Et vous ne dites pas ça pour rire. Mais ça arrive, vous savez, que des amuseurs aient envie d’être la risée de tout le monde. La position très comique de celui qui caresse son ventre en poussant des cris et des miaulements frénétiques, vous connaissez?
Pour la photo, je me suis dit 51% me suffisent. Le raz de marée, faut pas y compter. Je table sur les voix des régions makboub saadha à la chance renversée. La mêlée, j’adore ça! Allez, les petits gars, on va les bouffer. J’ai engagé dans cette affaire un lopin de terre où ne pousse que la terre que j’ai héritée d’une mère qui n’a pas encore décidé de passer de vie à trépas. Je ne possède rien d’autre, ni toit, ni automobile, ni chien, pas même le nid de quelque gentilhommière campagnarde. Pour le fisc, y a rien à éplucher.
Comme saheb el himar, l’homme au baudet, j’ai glané le plat pays, à bord d’une quat’cent quat’ bâchée abonnée aux crevaisons. Du sabotage. C’est bon pour la campagne. Splendide! Mon comité, un ramassis de vieux débris, des cannes d’aveugles et des éponges à tout siffler.. Y avait Abderrahmane El Kefi, le rhapsode, célèbre pour sa complainte (la patience est divine et le retour à Dieu est inscrit... quant aux hommes et au monde d’ici-bas, qu’ils touchent mon...).
Shamoun, le poète immoral qui chante tout ce qui se passe sous la ceinture et qui dit (...) que c’est difficile de faire au-dessus (tes dents de grêle, tes yeux noyau d’olive, je t’ai désirée d’un désir de misère, je t’ai plaquée contre moi, ton sang a bleui), Abouzarda, le musicien célèbre pour sa ballade Targ Essid, le chant du lion, la danseuse Zahoua, à la croupe de catin, Ahmed Ould Oum Taouss, le cavalier à l’alezane dorée qui s’est enfoncée dans l’oued, Sebti, le barbeau du quartier et Farzit le tambourin du village qui divulgue: «Ya salek wa salek, il paraît que Ben Brik est un ...».
Comme les conteurs arabes, j’allais de souk en souk: souk El Jemâa, le vendredi, à Thala, souk Essibt, le samedi à El Galaâ, souk El Ahad , le dimanche à Dahmani, souk Ithnin, le lundi, à Tajérouine, souk Thlat, le mardi, à El Krib, Souk Lirbâa, le mercredi, à Jendouba, souk Lakhmis, le jeudi, à Boussalem.
J’ai fait marcher la poésie, la danse, le chant et le conte. Je me faufilais à travers leur méfiance. Ils rient. Ils pleurent . Ils parlent. Ils votent pour moi. Bigoualeb wa reb, de bon cœur...
«Je les ai eus. Sans promettre quoi que ce soit. Paraît que c’est une de mes conneries (genre : que nul n’impose son rêve à des millions) qui les a fait trémousser. Au prochain rendez-vous, je leur poserai un lapin empaillé pour voir si ça marche à tous les coups. Salam?


A SUIVRE
Editions Exils




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com