Islam: la grande bonté de Copé





Pour expliquer le débat sur l’islam, le patron de l’UMP écrit «à un ami musulman». Une lettre qui ne convainc pas les représentants des six grandes religions qui lui demandent de renoncer.
De notre correspondant permanent, François Bécet
Elle est belle, parfaite la lettre de Jean-François Copé «à un ami musulman» publiée sur le site de L’Express. Consensuelle, fraternelle, elle explique à l’ami qui n’aurait rien compris aux intentions du président et du patron de l’UMP que ce «fichu» débat programmé pour le 5 avril n’a rien de politique et qu’il ne doit pas s’inquiéter. Au contraire, tout est fait pour «rassembler. Pour vivre mieux ensemble. (…) Notre objectif est d’alléger le fardeau qui pèse sur les épaules des musulmans de France». Il faut, poursuit l’ami de l’ami détruire cette idée partagée par «beaucoup de nos compatriotes» que « la communauté musulmane est une menace». Il y a «ignorance, méconnaissance de l’autre».
Sans doute, mais qui a fait pousser les germes de cette hostilité? Pas seulement le Front national, mais aussi le président qui a rapproché délinquance et immigration, depuis que ses proches redoutent une invasion due au vent de liberté qui s’est levé en Tunisie. Ils ont présenté l’islam comme un problème… Et c’est le gentil Copé qui dit que «pour nous faire renoncer, on aura tout tenté : manipulations, insultes, intimidations…» Mais qui stigmatisait, celui qui refuse le débat ou celui qui l’impose? Et d’ailleurs, est-ce au cours de ce bref débat — sans doute une demi-journée et presque à huis clos— que l’on pourra apporter cette connaissance, ce respect?
Avec ce débat qui cible l’islam, ses promoteurs ne prennent-ils pas les musulmans pour des enfants qu’il faut guider, encadrer, à qui il faut fixer des règles? Une autre stigmatisation, un signe évident d’incompréhension…
Persuadé que l’islam constituera un des thèmes majeurs de la présidentielle, Jean-François Copé veut aplanir le terrain en apportant des «solutions» qu’il soumettra au gouvernement au soir du 5 avril. Elle pourrait porter sur les prières dans la rue, les prêches en arabe, la formation des imams, le financement des mosquées, la cuisine halal dans les cantines ou encore l’islam et le sport ou la conduite dans les hôpitaux. Notons qu’exiger des prêches uniquement en français serait discriminatoire et revient à suspecter l’arabe. Sur notre territoire, des offices se font dans de nombreuses langues…
Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement supérieur, interrogée hier sur France Info a apporté une drôle de pierre à cet édifice bancal: elle a suggéré la création d’«un diplôme sur la laïcité et les principes républicains». Que ne va-t-on pas inventer!
Dans une déclaration commune publiée hier par Le Parisien, les représentants des six grandes religions en France – catholiques, protestants, orthodoxes, musulmans, juifs et bouddhistes — s’opposent au débat du 5 avril «sans aucun esprit polémique ou partisan». Ils reconnaissent que «le débat est toujours signe de santé et de vitalité», que «le dialogue est toujours une nécessité» mais estiment qu’«il nous paraît capital, pendant cette période préélectorale, de bien garder sereinement le cap en évitant amalgames et risques de stigmatisation». Militant «ensemble pour une laïcité de bonne intelligence», ils poursuivent: «n’ajoutons pas de la confusion dans la période trouble que nous traversons».
Jean-François Copé a encore beaucoup de lettres à écrire…


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com