Raffaella Del Sarto, chercheuse à l’Université d’Oxford : «Les changements dans le monde arabe offrent une opportunité pour établir la paix dans la région»





Dans son entretien avec «le Quotidien», Mme Raffaella Del Sarto, chercheuse à l’Université d’Oxford, met l’accent sur le conflit au Proche-Orient à la faveur des bouleversements qui secouent le monde arabe.
Quelles répercussions auront les changements intervenus dans le monde arabe sur le conflit au Proche-Orient?
Il est encore tôt pour parler de ce qui va se passer au Proche-Orient. En Egypte, c’est encore les militaires qui tiennent le pouvoir et Omar Souleymane qui a toujours coopéré avec Israël n’est plus sur la scène. De plus, aussi bien en Israël que dans les territoires palestiniens, les réactions semblent très similaires. D’un côté, les Israéliens sont très concernés par ce qui se passe dans le monde arabe, notamment en Egypte, et d’un autre côté, nous avons remarqué que le Hamas n’était pas très content de ces changements vers la démocratie, car les dirigeants de ce mouvement ont perdu leur popularité, en particulier à Gaza, et en cas de déroulement
d’élections dans les territoires palestiniens, ils vont certainement les perdre. Pour le Fatah, les choses sont les mêmes après l’échec des négociations et la multiplication des concessions pour les Israéliens.
Il y a des voix en Israël qui appellent à revoir toute la politique de l’Etat hébreu tandis que le gouvernement joue la carte de la peur qui marche beaucoup mieux avec la population israélienne en ce moment particulier. Ça sera donc le bon moment pour les Palestiniens pour développer une stratégie pacifique contre l’occupation israélienne qui sera soutenue par l’opinion publique occidentale qui a changé après les révolutions tunisienne et égyptienne. Cette stratégie ne serait pas possible sans l’unification du Fatah et du Hamas et l’abandon de la violence.
Y aura-t-il des changements géopolitiques et géostratégiques au Proche-Orient après les révolutions qui ont eu lieu dans la région ?
La période de transition en Tunisie et en Egypte est très sensible et fragile. Cette atmosphère de démocratie dans le monde arabe donnera naissance à des forces plus anti-israéliennes. Le rôle de la communauté internationale est très important dans cette phase pour pousser les deux parties du conflit israélo- palestinien et en particulier Israël à faire la paix. La société civile arabe aura aussi un rôle primordial à jouer.
Ces changements serviront-ils la cause palestinienne?
Il est difficile de répondre à cette question et on ne peut pas faire de prédictions sur ce genre de sujet. Aujourd’hui, les changements exigent des réflexions. En Israël, il y a une prise de conscience de la gravité de la situation, surtout après les derniers événements en Syrie et au Bahreïn où l’intervention iranienne était très flagrante. Ces changements offrent une opportunité très particulière pour établir la paix dans la région.
Comment voyez-vous l’avenir de la Ligue Arabe après ces changements?
Même après la chute des régimes tunisien et égyptien, la majorité reste entre les mains des autres régimes au sein de la Ligue arabe. Ces régimes vont résister à ce vent du changement qui souffle sur la région du monde arabe. L’Arabie Saoudite et d’autres pays de Golfe, n’ont pas hésité à envoyer leurs forces pour réprimer les manifestants qui revendiquaient des réformes au Bahreïn. Par ailleurs, Amr Moussa a déjà entamé sa campagne électorale pour la présidentielle en Egypte depuis son poste de secrétaire général de la Ligue arabe. Je crois, face à tout cela, que les peuples dans le monde arabe auront leur mot à dire.

Propos recueillis par Jalel HAMROUNI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com