Témoignage prémonitoire sur la révolution : Ben Brik président (4)





Nous publions depuis mercredi 30 mars, et quotidiennement, le livre de Taoufik Ben Brik intitulé «Ben Brik président». C’est un ouvrage écrit en 2002 sous la dictature de Ben Ali et qui constitue un témoignage prémonitoire sur la révolution tunisienne.
Le soir, au cœur de la médina, la vieille ville arabe, alors que le jour de l’investiture s’est tu, les rues pleines d’ordures et d’ombres proposent de la bière et des prostituées. Le ciel s’étend comme un drap sale, les façades sont tachées par le smog des bus et les mendiants tremblent de froid et de faim sous un lampadaire de pacotille.
Chez Fritchou, un bar clandestin, les bavardages vont bon train. On sert de la Celtia, du Mornag et de la boukha... sur l’avenue Bourguiba, les gargotes attirent ceux qui fuient femmes et enfants, avec leur jus de carotte et leur sandwich à la harissa.
La nuit est tombée sans une étoile dans le ciel. Le vent décoiffe les cheveux et gifle la peau avec cruauté. Le rugissement des bus s’est arrêté. Les vendeurs à la sauvette se sont retirés avec leur fourbi pour regagner leurs pénates à El Kabaria, ou Melassine.
C’est l’heure où les zabratas se donnent rendez-vous près de la place du théâtre municipal, au bar-restaurant Tonton Ville. Des hommes engoncés dans des complets usés et sombres se déplacent avec prudence sur le trottoir de la rue Ibn Khaldoun. On dirait des chiens. Ils avancent le dos voûté, se cachant le visage dans leur barbe pouilleuse. Lorsqu’ils atteignent la porte de Tonton Ville, ils entrent furtivement.
Il est tard. A l’intérieur du bar, des prostituées font du tapage en défilant sur un podium imaginaire. Aucun des clients ne se décide à mettre la main au portefeuille et elles finissent par s’en aller, l’air maladif et le regard cruel et triste.
Sur la table du milieu, il y a un soupçon de vie. Quatre hommes remplissent un Promo Sport. «Deux tournées, Ange!» Les traits empreints de lassitude, ils fument et boivent du mauvais alcool. «Je n’ai personne qui crie, je viens ici et je picole» , dit un type au visage tailladé de coups de couteau, une vraie carte géographique. «Pour parler, ça, on parle! De tout et de n’importe quoi. Le Ben Brik? Je m’en tape complètement», lance un compère dans un ricanement sinistre.
Un pédéraste salue avec affectation: «bayeuu». Il s’assied à l’une des tables, près des toilettes, et demande qu’on lui offre un verre. «Ici on voit toujours les mêmes gueules», dit un chômeur, micheton, originaire du Kef et parieur de tiercé.
Plus tard, l’avenue Bourguiba ondule doucement sous les ombres qui la parcourent. Sur la place Barcelone, on entend encore le bruit des bus qui viennent du Sud. Un homme maigre à capuche accueille les clients du Rzouga, un bar clandestin et déglingué, où on joue au noufi, baccara local. Une grosse dame avec des «tips» dorés dans les cheveux distribue les cartes. Il y a sept tables réservées aux joueurs qui, tout en tentant leur chance murmurent avec animation, boivent un vin dégueulasse et tripotent les cuisses de leurs gonzesses: leurs p’tits lots.
En face du commissariat, le septième, on écoute une musique de taulard: «Ou goulou l’ommi ma tibkich ya el minfi». Au cinquième étage d’un immeuble, ni laid ni beau, une ampoule jaune devient le phare qui guide l’ivresse des noctambules solitaires. Un maquereau à la voix bienveillante et aimable apprend à des vampires qu’il existe un endroit pour boire du sang et converser à ces heures tardives: «Allez au Taouss». Il souffle ici, à cet endroit, quelque chose qui ressemble au soufre, où les âmes s’enflamment. C’est la vingt-cinquième heure. Sur le trottoir de la rue de Rome, un chien galeux mord des sacs-poubelles. Adossés au mur du gouvernorat, trois ivrognes se partagent une bouteille de Sidi Saïd. On rit aux larmes.
Tunis City qui ne rigole jamais, qui n’a plus de bancs pour stopper la montée de la drague, est ravagé par un «c’est pas la peine!» Goliaaaaath...
Professionnalisme et pragmatisme
Triangle Génération Humanitaire est une organisation de solidarité internationale créée en 1994 et dont le budget en 2009 est de 11, 840 millions d’euros dont près de 1,360 million d’Euros de valorisation de dons en nature. «Travaillant dans le concret : urgence, réhabilitation et développement», elle participe aux actions dans «des situations inacceptables de précarité de populations en souffrance, telles que la pauvreté ou les conditions de conflits, ou de catastrophes naturelles. C’est donc de l’aide d’urgence et du développement qu’il s’agit, avec l’intégration d’une approche de développement durable». Plusieurs centaines de milliers de personnes, en Asie et en Afrique, ont ainsi pu bénéficier des interventions de Triangle qui n’est pas un bailleur de fonds, mais un partenaire de plusieurs organismes internationaux connus, dont le haut comité des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) et le Service d’aide humanitaire de la Commission européenne (ECHO).


Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com