Sit-in à El Hamra : Le théâtre dans tous ses états





Ils ont été nombreux à adhérer au combat de l’équipe d’El Hamra contre toutes formes de marginalisation. Quoi de plus expressif que le silence ! Détails.
Le silence du ministère de la Culture et de la sauvegarde du patrimoine pèse lourdement sur ces artistes qui ont voué leur vie au théâtre. Bien que les autorités aient annoncé la date du 2 avril pour une consultation sur le 4e art, les artistes n’ont pas encore pu retrouver l’espoir d’un lendemain meilleur. Que du flou! Que des généralités et des monts de promesses! Tout le monde parle politique. Nombreux sont ceux qui se sont glissés dans la peau des analystes politiques, avec l’expansion des partis politiques; des partis qui ont évoqué tout dans leur programme sauf la culture. Aujourd’hui, l’art en Tunisie vit une situation pitoyable due à la période de flottement.
Au théâtre El Hamra, les artistes aussi bien que les amis de l’espace ont choisi depuis jeudi de marquer une position et de rompre ce silence, cette indifférence. Il y a de quoi s’inquiéter! «Il y a des silences qui sont de dangereux explosifs», a écrit Daniel Pennac et il a parfaitement raison.
Il y a du monde à El Hamra…
Il est déjà 16h05 et pourtant il y avait du monde : des artistes de divers horizons et un public de différentes générations qui ont répondu présent à cet appel de soutien des artistes tunisiens afin d’aider à l’éveil des autorités culturelles.
«Faites comme chez-vous. Moi, je vais aller me préparer pour la représentation de ce soir. Vous avez une carte d’accès libre. Si quelqu’un me cherche, je serais sur scène», a annoncé la comédienne et la dramaturge Leila Toubel pour prendre après la direction de la scène. Une séance de manucure s’impose pour que l’artiste soit prête au grand rendez-vous de ce soir.
Et elle n’a pas été la seule à entamer les répétitions pour une soirée qui se veut exceptionnelle. Et pour cause ! Pour bien marquer cette indignation et exprimer leur colère, l’équipe de la pièce « The End » a choisi de jouer mais sans texte, c’est-à-dire de présenter une version muette de cette création qui a fait le tour des plus prestigieuses scènes théâtrales à Dakar, Ramallah, Damas, Beyrouth, Ouagadougou…
Non à la marginalisation
Alors que Leila Toubel, Bahri Rahali, Rym Hamrouni, Bahram Aloui et Ousama Kochkar travaillaient sur le fignolage de cette version muette, Ezzeddine Ganoun, le metteur en scène discute avec l’assistance des motifs de cette action contestataire. Pas loin, et autour de la table placée au centre de l’entrée, des débats ont été lancés. Des cercles d’analyse et de commentaire de l’interview du premier ministre Béji Caid Essebsi, donnée la veille et diffusée sur les trois chaînes de télévision tunisiennes mais également de la situation du secteur théâtral déjà fragile.
Les débats s’enchaînent et les artistes, considérés par certains parmi la majorité silencieuse, ont attendu cette soirée où le silence est grand. Et en silence l’équipe de «The End» a joué, choisissant de laisser éclairé, trois jours et trois nuits, l’espace d’El Hamra… Durant ces trois jours, les artistes garderont leurs costumes et leur maquillage de théâtre pour dire non à cette nonchalance administrative, non à ceux qui croient que l’artiste est une voix de plus dans les urnes…
Il est à noter que la représentation théâtrale de ce soir sera également muette. Et ça mérite la découverte. Seule adresse : 28, rue El Jazira- Tunis.

Imen ABDERRAHMANI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com