Olivier Piot : Chronique d’une révolution non annoncée





Grand reporter aux journaux «Le Monde» et «Le Monde diplomatique», Olivier Piot nous dévoile des fragments de la genèse de «La Révolution tunisienne: dix jours qui ébranlèrent le monde arabe».
Il a été le premier journaliste français à fouler le sol tunisien, en pleine révolte sociale. Arrivant le 6 janvier 2011, à l’aéroport Tunis- Carthage, après avoir convaincu la rédaction de son journal, Olivier Piot a choisi de ne pas déclarer sa qualité de journaliste. «Je me suis rendu déjà quatre fois auparavant en terre tunisienne et je savais que le pays est verrouillé par un régime policier et sécuritaire», nous a déclaré Olivier Piot qui, lors de l’enregistrement des bagages à l’aéroport, s’est déclaré «touriste» exerçant dans l’enseignement.
Arrivant lors de la matinée du 6 janvier, avec tout un plan de travail, il a dû parcourir le territoire tunisien, en quête de réponses à «ses questions journalistiques». Alors, accompagné par son guide et complice Mohamed Khemili (militant de l’opposition tunisienne), il a fait la tournée de Sousse, Sfax, Tozeur, Redeyef, Moularès, Metlaoui, Gafsa, Bir El Hfay, Sidi Bouzid, Lessouda, Menzel Bouzaiene, Meknassy et Mezzouna avant de quitter la Tunisie le soir du 13 janvier.
Chroniques des jours inoubliables
«Je suis allé à la rencontre des gens dans ces régions, à l’écoute des syndicalistes. Alors et pour des raisons de sécurité et pour que ma mission ne soit pas avortée, j’ai dû signer mes deux premiers reportages sous le pseudonyme de Adnane Ben Yahmed. Il y avait tellement des histoires et des faits à relater et des analyses à faire, raison pour laquelle j’ai choisi après mon retour de mettre noir sur blanc les témoignages que j’ai recueillis lors de mes multiples déplacements et discussions. A vrai dire, en arrivant à Tunis, je n’ai jamais imaginé que je serais un témoin de ce processus décisionnel qui s’est accéléré jour après jour entraînant la chute de Ben Ali», a expliqué Olivier Piot, lors d’une rencontre-débat organisée à la librairie Clairefontaine de Tunis.
« La Révolution tunisienne : dix jours qui ébranlèrent le Monde Arabe » est l’intitulé de cet ouvrage que son auteur, Olivier Piot, a voulu qu’il soit une chronique de ces moments décisifs procédant le 14 janvier 2011. Edité par «Les petits matins», l’ouvrage retrace dix journées historiques. «Aujourd’hui, tout le monde parle et reparle de la Tunisie post-révolutionnaire mais rares sont les écrits qui traitent de ces jours qui ont changé l’histoire de la Tunisie mais aussi de toute la région. C’est un essai pour garder vivace dans la mémoire ces dix jours décisifs», a souligné l’auteur, avouant qu’il n’a jamais pensé que le mouvement de contestation pouvait atteindre la capitale, engendrant la chute de Ben Ali et de son système. «Le 13 au soir, en rentrant, et lors de la réunion de la rédaction, j’ai été sûr que Ben Ali va tomber mais je n’ai pas pu deviner quand. C’est peut-être dans quelques heures, dans quelques jours ou même dans quelques mois. Il a grillé toutes ses cartes», a-t-il raconté, faisant l’analyse des quatre moments capitaux qui ont ponctué cette révolution populaire et spontanée.
N’oublions pas les racines
«La Révolution est comme un arbre. Elle a commencé par une indignation locale à Sidi Bouzid, c’est dans cette terre qu’elle a plongé ses racines, dans les classes défavorisées et les régions marginalisées. Avec le soulèvement des autres régions, l’arbre s’est développé», a-t-il souligné en guise d’analyse de la Révolution tunisienne, définissant quatre moments forts qui font à son avis la différence avec la Révolution égyptienne: un 1er qui coïncide avec la révolte de Sidi Bouzid, un 2e marqué par la participation des classes moyennes, un 3e par l’adhésion de la bourgeoisie et un 4e temps aux couleurs sociopolitiques d’où le célèbre slogan de «Ben Ali dégage».
Olivier Piot a fait remarquer que durant des années, l’opposition tunisienne a été obligée ou a appris à cohabiter avec le système de Ben Ali et que cette alliance a fait que le peuple soit toujours absent. «Contre toute attente, la Révolution tunisienne a réinjecté un acteur spontané qui est le peuple qui sait pourquoi il se bat et sait ce qu’il veut», a-t-il ajouté faisant des clins d’œil à la révolution égyptienne sans oublier la révolution française et russe. « Le cas égyptien est très différent car c’était un mouvement contre Moubarak alors qu’en Tunisie le mouvement a atteint une certaine maturité avant de devenir une vraie révolution. »
Pour l’avenir, le journaliste a tenu à préciser qu’il faut que les médias s’impliquent davantage pour répondre aux bonnes et urgentes questions posées au quotidien.


Imen ABDERRAHMANI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com