Au village de « Touba » en Cisjordanie : Les écoliers condamnés à l’isolement





Les enfants de Touba, village palestinien au sud de Cisjordanie, sont prêts à affronter toutes
les difficultés afin d’achever convenablement leur scolarité. Même s’il s’agit d’un isolement du monde entier et d'une agression quotidienne… Reportage
Comme c’est beau de voir tes enfants se réveiller tôt le matin, se préparer et aller à leur école. En toute sérénité et quiétude, ils prennent le bus qui les conduira vers l’école. Mais ce qui n’est pas courant, c’est de voir des enfants escortés par des militaires de l’ennemi. Cette chose paraît très bizarre. Des enfants condamnés à ne plus rejoindre leur école sans être accompagnés par des soldats. Ceci n’est pas un conte de fée, mais bien une réalité quotidienne que vivent les enfants de la localité de « Touba » au sud d’Al-Khalil en Cisjordanie. Il leur est impossible de rejoindre leurs classes sans être « protégés » par des militaires israéliens qu’ils accompagnent, lors des patrouilles, pour aller à leur école.
Chaque matin, ils sont une dizaine à attendre le passage d’une patrouille israélienne qui les guidera vers l’autre bout d’un chemin assiégé par des colonies juives sur les deux bords de la route. L’accompagnement des membres de l’armée occupante est, pour ces enfants, à la fois un problème et une solution.
Parcours du combattant
En réalité, l’histoire n’est pas si simple que cela a l’air. Ces enfants sont interdits de joindre l’école, sans l’accompagnement de soldats israéliens. Parfois ces gamins ne parviennent pas à passer de l’autre côté, puisque leurs « gardes du corps » ne viennent pas à temps. En fait, la localité de Touba, qui n’est pas sous le contrôle de l’autorité palestinienne, est encerclée par des colonies juives, et le chemin qui mène à l’école passe inévitablement par ces colonies, il existe un second chemin mais ce dernier est très difficile à traverser. Il faut faire plus de 15 kilomètres et ce chemin est réservé uniquement pour les bêtes. L’autre chemin, celui qui croise les colonies juives est plus pratique car il est seulement à 3 kilomètres, mais il n’est plus possible d’y passer qu’avec les militaires israéliens. D’ailleurs, les habitants de « Touba » sont presque isolés du monde et c’est la seule route qui mène vers la ville palestinienne la plus proche.
En d’autres termes, la route vers le monde extérieur que traversent les habitants de Touba est un parcours du combattant, une route boueuse et difficile à pénétrer.
Agression quotidienne
Malgré ça, elle est considérée comme une issue de secours par ces habitants envahis et agressés quotidiennement par les colons juifs.
Les enfants de Touba sont prêts à assumer ces agressions afin d’achever convenablement leur scolarité. Les Toubiens sont donc condamnés à vivre tout le temps accompagnés de l’armée occupante. Ils sont quotidiennement exposés aux agressions.
Une fois arrivés à leur école, leurs soucis se renouvellent. Comment retrouver le chemin du retour ? Même l’accompagnement des militaires israéliens ne les épargne pas des agressions. D’ailleurs, la présence des soldats sert plutôt la sécurité des colons israéliens que celle de ces écoliers palestiniens.
Situation difficile
La situation est bien plus grave que ça, les militaires sont autorisés à arrêter et agresser chaque personne qui traverse ce passage sans avoir l’autorisation du responsable militaire de la région. De toute manière, chacun de ces jeunes, ou du moins la plupart d’entre eux, était un jour ou autre victime d’une agression quelconque de la part des colons ou même des militaires qui assurent leur protection. C’est pourquoi le directeur de l’école impose à ces écoliers de ne quitter l’école que lorsqu’ils sont accompagnés par des inspecteurs étrangers qui s’assurent de leur sécurité. Ainsi, la contrainte de passer la nuit à l’école est très fréquente, en l’absence des militaires israéliens, qui tardent parfois à venir. Les soucis de la sécurité de ces écoliers ne sont pas séparés de la sécurité des habitants de Touba. Mais le problème est que les inspecteurs sont interdits d’accompagner ces enfants, puisque cette route se trouve dans une zone militaire fermée et l’accès à cette route est interdit à tout civil sans qu’il soit autorisé et accompagné par des soldats, ce qui est très difficile.
Chaque fois que les colons, aperçoivent une personne ayant les traits d’un Arabe, ils ne tardent pas à s’acharner sur elle et l’agressent. En effet, depuis quelques jours, un jeune palestinien a été victime d’agression à l’arme blanche de la part quatre colons juifs. Il est actuellement à l’hôpital d’Al Khalil, son état est critique.
Tous les moyens sont bons
pour étudier
Pour les Israéliens, tous les moyens sont bons pour empêcher, ou au moins perturber la scolarité des Palestiniens. Mais ces enfants, malgré leur jeune âge, sont prêts à vaincre toutes les difficultés pour avoir une formation convenable, même si ça passe par des agressions quotidiennes. Et la question de la sécurité de ces écoliers qui est une priorité pour les associations humanitaires, les enfants de Touba en font une seconde priorité et est devenue leur pain quotidien.
Droits de l’enfant
Faut-il rappeler que la Convention universelle relative aux droits de l’enfant prétend reconnaître et protéger les droits spécifiques des enfants dont l’article 2 qui assure que «les Etats parties signataires prennent toutes les mesures appropriées pour que l’enfant soit effectivement protégé contre toutes formes de discrimination ou de sanction motivées par la situation juridique, les activités, les opinions déclarées ou les convictions de ses parents, de ses représentants légaux ou des membres de sa famille»…


Pour le "Quotidien"Abderrahmen YOUNES Journaliste palestinien




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com